Dur atterrissage

L’évasion héliportée de trois détenus dangereux à Orsainville a provoqué un dur atterrissage pour Lise Thériault dans son poste de ministre de la Sécurité publique. Non pas qu’elle aurait dû prévoir une telle chose dès son arrivée en poste fin avril. Mais depuis l’évasion spectaculaire de samedi soir, la ministre a été difficile à suivre. Et les questions sans réponse se multiplient sur cette histoire à la Mesrine qui mériterait une enquête.​
 

Lise Thériault, qu’on avait sentie en pleine maîtrise lorsqu’elle était aux commandes du ministère du Travail, a été difficile à suivre ces deux derniers jours. Les contradictions se multiplient : elle nous dit d’abord que la décision récente d’abaisser la cote de sécurité des présumés meurtriers Serge Pomerleau, Denis Lefebvre et Yves Denis était « questionnable », pour après révéler que c’était là l’ordonnance d’un juge. Elle affirme lundi que cette décision était publique, puis se ravise et révèle qu’elle fait l’objet d’une ordonnance de non-publication. Elle certifie que le matériel pour bloquer l’accès à un hélicoptère dans plusieurs prisons a été acheté pour ensuite se raviser ; rien de cela n’avait été acquis. Un jour, elle est loquace, le lendemain, elle rejette toutes les questions sur l’évasion en prétextant la même ordonnance de non-publication et le danger de faire avorter un procès. Bref, lundi, par ses commentaires, elle aurait violé l’ordonnance et mis le procès en péril ? La (vice-première) ministre est-elle en période de rodage ou est-ce cette invraisemblable affaire d’évasion héliportée qui la met devant des faits déroutants, voire des failles déconcertantes de notre système correctionnel ?

 

Comment, en effet, un aéronef aussi peu furtif qu’un hélicoptère peut-il atterrir dans une cour de prison qu’on présume hypersurveillée, cueillir ses « clients » et quitter les lieux de manière aussi rapide ? Comment cette sorte d’évasion a-t-elle pu se produire après celle de mars 2013 à Saint-Jérôme ? Comment les détenus ont-ils pu avoir eu accès à des ordinateurs et des téléphones cellulaires aussi facilement à l’intérieur de la prison ? Comment des détenus aussi dangereux peuvent-ils voir leur cote de sécurité abaissée ? La ministre Thériault de lundi avait toutes les raisons de qualifier cette décision de contestable, surtout que le complot d’évasion était connu des policiers. Qui a demandé cet assouplissement ? Habituellement, expliquait-on au bureau de la ministre mardi, c’est l’« établissement de détention » (jargon administratif pour « prison »…) qui fixe cette cote. Mais selon ce que la ministre (version loquace) a révélé lundi, c’est bel et bien le juge Louis Dionne qui, cette fois, l’aurait ordonnée. Si c’est le cas, il s’agit d’une curieuse ingérence, non, de la part de l’ancien directeur des poursuites criminelles et pénales ?

 

On comprend la Coalition avenir Québec d’avoir réclamé une enquête sur cette affaire. Celle-ci serait interne, mais ses conclusions seraient rendues publiques et étudiées en commission parlementaire. Depuis mars 2013, rien n’a été fait pour empêcher une autre évasion impliquant un hélicoptère. Estimant qu’il n’y avait aucun risque qu’un événement aussi spectaculaire se reproduise, le gouvernement a choisi de ne pas investir dans l’installation de filet ou autre mécanisme de protection. L’évasion de samedi et les dépenses qu’elle impliquera en recherche, en report de procès, etc. nous font comprendre qu’il aurait été plus rentable d’investir tout de suite dans l’installation de mécanismes anti-évasions aériennes. L’interdiction de vol, obtenue par la ministre, au-dessus de certains établissements semble un expédient peu convainquant. « On le voit venir [l’aéronef], c’est ça, la différence », a-t-elle expliqué mardi. Conclusion ? Avant, on ne voyait rien ?

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25 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 11 juin 2014 01 h 10

    Que penser de Stéphnne le ministre péquiste?

    Il est meilleur dans l'opposition. Mais on est distinct au Québec: on ne fait de mal à personne.

    • Normand Carrier - Abonné 11 juin 2014 07 h 09

      Il est a espérer que la ronde des blames au précédent gouvernement ne dureta pas trop longtemps comme les blames des libéraux pour la santé a duré neuf années et servi comme excuses pour leur impuissance a améliorer le système de santé .....
      Après tout un passage de 18 mois n'a rien de comparable a 15 années de pouvoir a la fin du mandat libéral .......

    • Louka Paradis - Inscrit 11 juin 2014 08 h 03

      Encore le réflexe imbuvable «c'est la faute des autres». Le PLQ est élu majoritaire : qu'il gouverne ! Basta des expédients pour tenter de sauver la face...

    • Chantale Desjardins - Inscrite 11 juin 2014 08 h 50

      Pour porter un jugement, il faut connaître tout le sujet et Madame Dionne devrait commencer par le début et se taire quand on manque de renseignements.

    • Simon Chamberland - Inscrit 11 juin 2014 10 h 21

      Pour que Bergeron donne son avis, il faudrait qu'il ait accès à toutes les données et Thériault ne veut rien dire.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 11 juin 2014 03 h 52

    … d’urgence !

    « Depuis mars 2013, rien n’a été fait pour empêcher une autre évasion impliquant un hélicoptère. » (Antoine Robitaille, Le Devoir)

    Rien ? Ni Protocole de concertation au cas où ?

    Ce qui fascine, de cette prestigieuse envolée évasive, se résume en peu de mots : Problème d’imputabilité et services collatéraux défaillants !

    En effet, on-dirait que la sécurisation des lieux dormait au moment de l’évènement et que les autorités concernées regardaient sans intervenir, juste comme pour voir ce qui va se passer!

    Incroyable problème à résoudre …

    … d’urgence ! - 11 juin 2014

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 11 juin 2014 05 h 03

    Souhaitons que ces évadés de prison n'utilisent pas leur nouvelle liberté pour terroriser ou faire du mal à autrui ... et encourageons les membres de la Sûreté du Québec: ils en ont grandement besoin.

    Trois dangereux criminels sont actuellement en fuite. Que feront-ils? À qui s'en prendront-ils? Y-aura-t-il d'autres victimes? J'espère que les membres de la Sûreté du Québec ne se décourageront pas: ils montent des enquêtes, arrêtent des criminels, participent aux accusations criminelles, collaborent avec la Couronne pour faire condamner les personnes arrêtées, au passage avertissent les autorités pénitentiaires de risques d'évasion, et...par suite d'inexpliquées négligences dans la gestion de prisons québécoises, ils doivent de nouveau courir après les personnes arrêtées... Ils font rire d'eux, nous faisons internationalement rire de nous, l'on ne nous dit rien...et il faudrait avoir confiance...Quel gâchis!

    • Guy Vanier - Inscrit 11 juin 2014 06 h 41

      On appel ça une république de banane..... Une autre confirmation!

    • Chantale Desjardins - Inscrite 11 juin 2014 08 h 51

      Au Québec, on manque d'argent pour réaliser des projets.

    • Gilles Théberge - Abonné 11 juin 2014 09 h 39

      Bien que globalement d'accord avec l'opinion de monsieur Lusignan je pense néanmoins qu'il faut rester modeste. On ferait rire de nous internationalement? Vraiment....?

      Si on était informé de toutes les évasions de prisonniers qui se produisent dans le monde, je suis persuadé qu'on serait en bonne compagnie.

      Tous les prisonniers presque, rêvent de s'évader.

      Par contre, les cafouillage de Thériault sont préoccupants. Je préfèrerais qu'elle disent simplement je ne sais pas, plutôt que de prétendre savoir et montrer par la suite qu'elle ne sait rien. Ce qui jette le doute à la fois sur sa compétence et son bon jugement.

  • Robert Beauchamp - Abonné 11 juin 2014 07 h 42

    Les tendances

    Elle était davantage en maîtrise comme ministre du travail écrivez-vous?
    C'est simple à comprendre , elle était portée par une tendance lourde qui indiquait la voie à suivre. Elle n'avait qu'à foncer tête baissée. Ici, c'est autre chose. Le jugement ici doit primer.

  • François Dugal - Inscrit 11 juin 2014 07 h 43

    Proverbe américain et chinois

    "Four more years" - Barack Obama
    (Encore quatre ans)
    "Pis quatre ans, c'est long" - Lao-Tseu