Moins avec moins

Comme prévu, le premier budget présenté mercredi par le ministre des Finances, Carlos Leitao, en est un de transition. Ceux qui le trouvent austère n’ont qu’à bien se tenir puisque c’est l’an prochain qu’on connaîtra la vraie nature de la bête.

Qu’on en juge : pour cette année, le gouvernement Couillard limite la croissance des dépenses consolidées à 1,9 %, y compris la santé, mais pour l’an prochain, on entend ralentir encore le rythme à 1,5 %.

 

En termes financiers, cela signifie qu’il faut comprimer les dépenses des ministères et organismes de 2,7 milliards cette année par rapport à la croissance normale des coûts attendue, et de 5,7 milliards l’an prochain.

 

Cela exigera nécessairement de revoir le modèle de gouvernement que nous connaissons. Car on ne parle plus de rigueur, mais d’austérité.

 

On comprend pourquoi le premier ministre Philippe Couillard a choisi de créer un comité permanent de révision des programmes, mais dans la réalité, on peut déjà prévoir que très peu de propositions seront jugées recevables par les électeurs… et par les élus eux-mêmes.

 

Compte tenu de l’expérience du passé dont la réingénierie de Jean Charest et le recours au secteur privé pour la gestion des projets d’infrastructures sont les exemples d’échecs les plus retentissants, il n’est donc pas interdit de se montrer sceptique quant à la capacité des libéraux à relever le défi qu’ils se sont eux-mêmes imposé.

 

Le même type de scepticisme est de mise au chapitre de la fiscalité que M. Couillard a promis de revoir de fond en comble. En réduisant dès maintenant l’impôt des PME manufacturières et plusieurs crédits d’impôt aux entreprises, le gouvernement précède les recommandations de la Commission sur la fiscalité présidée par le professeur Luc Godbout.

 

De cette commission qui n’a pas encore commencé ses travaux, il attend pourtant déjà qu’elle lui livre 150 millions de revenus supplémentaires cette année, et 650 millions l’an prochain sans qu’on sache comment.

 

Ira-t-on par la suite jusqu’à réformer la fiscalité dans le sens de ce que le professeur Godbout a déjà suggéré, soit en augmentant les taxes indirectes comme la TVQ tout en réduisant les impôts des particuliers et les charges sociales des entreprises ? Cela serait surprenant. Après tout, le Québec a déjà récupéré les deux points de TPS abandonnés par Ottawa et, à 15 %, la TVQ a atteint un plafond difficilement franchissable dans le contexte nord-américain.

 

Comme toujours, il existe un monde de différences entre ce premier budget Couillard et les promesses faites en campagne électorale. Non seulement l’équilibre budgétaire ne sera pas atteint à la date prévue, mais il faudra attendre 2017-2018 pour assister à la diminution de la taxe santé — si jamais elle diminue !. De plus, on ne parle plus d’ajouter 1,5 milliard par année au programme d’infrastructures. Quant au contenu du programme lui-même, les défenseurs du transport collectif devront ravaler leurs ambitions puisqu’à seulement 7,6 milliards en dix ans, on ne révolutionnera pas les transports au Québec.

 

Pendant la campagne, le candidat Couillard s’est engagé à contrôler les dépenses tout en relançant l’économie. Pour le moment, l’essentiel des efforts va au contrôle des dépenses. L’exercice est incontournable, certes, mais il faudra beaucoup plus pour contrer les effets de la crise démographique sur la croissance économique et les revenus de l’État. Ce plan à plus long terme, il n’existe toujours pas.

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8 commentaires
  • Normand Carrier - Inscrit 5 juin 2014 06 h 57

    Quel plan de croissance ?

    Il n'existe pas grand chose pour stimuler la croissance mais il faut s'y attaquer en priorité .... Dire que la venue des libéraux va stimuler la croissance et l'investissement est plutôt court car cela n'est jamais arrivé dans le passé ....
    Celui qui imprègne ce budget est le pitbull de ce gouvernement au conseil du trésor qui accompli ce qu'il a toujours préconisé : couper , couper et couper ..... Ce ministre cadre mieux idéologiquement dans la CAQ ......

  • Bernard Dupuis - Abonné 5 juin 2014 09 h 31

    Les antisouverainistes savent où ils s'en vont!

    Le candidat Couillard ne peut tenir ses promesses électorales et prouve que les antisouverainistes sont eux-mêmes incapables de générer la moindre prospérité économique à l’intérieur du Canada. La raison reste toujours la même depuis tant d’années. Le Québec évacue la moitié de ses taxes et impôts vers le gouvernement fédéral qui investit dans des domaines qui touchent peu ou pas du tout l’économie québécoise. Que ce soit la fonction publique fédérale, l’industrie des sables bitumineux ou l’industrie automobile concentrée dans une seule province canadienne, les investissements du gouvernement fédéral favorisent le Canada hors Québec. La province doit se contenter de l’assurance chômage ou de l’assistance sociale fédérale dument nommée «péréquation».

    Si le candidat Couillard avait voulu s’occuper des «vraies affaires», il aurait dû promettre qu’il allait récupérer les taxes et impôts québécois gaspillés par le gouvernement fédéral et les réinvestir dans l’économie québécoise afin d’en stimuler l’économie. Au lieu de cela, il préfère s’attaquer aux Québécois eux-mêmes et à leurs instruments socioéconomiques. La conséquence sera que les Québécois régresseront vers le sous-développement social et la pauvreté relative croissante.

    Si le candidat Couillard est en train de prouver que la prospérité économique n’est pas le fruit de la pensée magique antisouverainiste et si son ministre des finances prend plaisir à s’attaquer aux Québécois eux-mêmes et à leurs maigres ressources, c’est l’avenir même du Québec qui se précarise de plus en plus. Toutefois, cette précarisation n’est-elle pas en plein dans l’intérêt des antisouverainiste comme Messieurs Couillard et Leitao?

    Bernard Dupuis, 05|06|2014.

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 6 juin 2014 09 h 04

      M. Dupuis..Je constate que vous êtes totalement inconscient de la situation économique et fiscale du QC....

      L'Ontario a, cette année, un déficit qui semble terriblement haut..Mais ce qui compte est le rapport dette sur PIB...Ce rapport ne met pas l'Ontario en crise mais est très sérieux pour le QC...Sans les restrictions nécéssaires et l'atteinte du déficit zéro, les agences de notation vont rendre les emprunts pour servir la dette beaucoup plus chers et ce ne sera plus 11 milliards annuels pour servir cette dette mais facilement le double...

      Les 44 milliards que le QC envoit à Ottawa servent à couvrir les services diplomatiques, la banque centrale et gestion de la monaie, la poste, les services côtiers, l'armée, les postes frontaliers et douanes, les services aériens et ferroviaires et entretien des autoroutes fédérales etc..etc...
      Tous ces services devraient être reproduits à coûts plus élevés si payés par le QC seul...

      Vous oubliez de mentionner les subventions massives du fédéral pour l'aéronautique québécoise, pour l'industrie pharmaceutique et autres avec une majorité de PM qui venaient du QC les 40 dernières années...

      Je vois que votre raisonnement continue à tourner en rond, loin de toute réalité...

      Je ne vous ai pas entendu vous fâcher contre Marceau pour avoir cacher $4 milliards de déficit aux québécois pour favoriser la cause de son Parti!

  • Olivier Mauder - Inscrit 5 juin 2014 10 h 12

    Rengaine néolibérale

    On taxe encore les particuliers et on fait des cadeaux fiscaux aux entreprises. On cherche à réduire les dépenses sans aller voir du côté des recettes (paradis fiscaux, niches fiscales, etc.). Toujours la même rengaine néolibérale.

    Une fois qu'on fait bien peur au peuple, on le dépèce. C'est la technique des Chicago boys...

  • Robert Laroche - Abonné 5 juin 2014 11 h 27

    Voir aussi Mieux percevoir lle modèle de gouvernance qu'on cherche à nous imposer.

    " Cela exigera nécessairement de revoir le modèle de gouvernement que nous connaissons. Car on ne parle plus de rigueur, mais d’austérité."

    Certes las marges de manoeuvre du Québec sont mince mais devons nous pour autant nous aligner aveuglément sur le modèle du libre marché et de la prédominance du capital et des finances sans égard des conséquences à long terme de ce modèle sur l'écologie, le développement dérable, les sociétés humaines et l'héritage que nous laissons aux générations futur.

    Le modèle d'analyse que le gouvernement de M. Philippe Couillard applique aujourd'hui modèlise dans une certaine mesure le développement de la société québécoise au futur.

    Ce modèle économique de développement peut-être questionner quant aux conséqeunces à long terme de ces choix.

  • Benoit Toupin - Abonné 5 juin 2014 13 h 45

    Et pendant ce temps là, à Ottawa...

    Et pendant ce temps à Ottawa, des surplus surviendont en quantité d'ici peu... L'argent sera disponible pour les équipements militaires, les pipelines et la construction de prisons...; nombre de ces investissements vont profiter principalement à l'ouest; les investissements structurant pour l'ouest et la péréquation pour l'est. N'est-ce pas là l'illustration du danger que représente notre statut dans le Canada et notre propension à accepter que notre destin soit entre les mains des autres.

    Le déséquilibre fiscal toujours existant, le manque de sensibilité à l'égard des besoins particuliers au Québec, notre statut dans le Canada nous obligent à patauger dans les eaux troubles d'un budget sans véritable marge de manoeuvre.

    À force de laisser une grande part de notre destin entre les mains de d'autres, ne risquons nous pas d'être déposséder de notre avenir. Un de ces jours, pourrons-nous considérer notre avenir comme une vraie affaire et oser choisir avec courage de se prendre en main.