La morale Harper

Les premiers ministres canadiens aiment, lorsqu’ils sont l’hôte d’un sommet du G8, mettre en avant un projet de nature sociale qui porte leur signature. Jean Chrétien avait cherché ainsi à réunir ses homologues autour d’un programme d’aide à l’Afrique. Stephen Harper, pour sa part, avait parrainé en 2010 l’Initiative dite de Muskoka sur la santé maternelle et infantile, qui s’était donné des objectifs ambitieux de réduction de la mortalité de 75 % et de 67 % respectivement d’ici 2015. Il avait réuni un peu plus de 7 milliards de dollars, venant du G8 et de la Fondation Gates.

 

Quatre ans plus tard, le premier ministre Harper n’a pas oublié ses engagements. Il a réuni cette semaine à Toronto un sommet pour faire le point. On est loin du compte. En fait, on est à mi-chemin de l’objectif, ce qui l’incite à presser ses partenaires à poursuivre leurs efforts, le Canada y allant d’un engagement supplémentaire de 3,25 milliards pour la période 2015-2020. Il faut reconnaître au premier ministre une détermination qui l’honore, mais avec quelques réserves en raison des restrictions morales faites aux destinataires de cette aide.

 

L’aide aux pays en voie de développement n’a jamais été désintéressée. Le Canada, comme tous les autres pays donateurs, s’est toujours assuré d’y trouver son compte, que ce soit économiquement par les contrats accordés à des firmes canadiennes, ou politiquement en cherchant à influencer la politique intérieure des pays aidés. Ici, le gouvernement Harper fait un pas de plus en intervenant dans le domaine moral en restreignant les interventions autorisées dans le domaine de la planification familiale et en refusant tout appui à la pratique d’avortements. On invoque dans ce cas une résolution de la Chambre des communes et le refus de certains donateurs, en fait les Gates, de soutenir des programmes favorisant la pratique d’avortements.

 

Ce refus n’est pas sans conséquence. Les avortements pratiqués dans des conditions sanitaires impropres représentent, selon l’Organisation mondiale de la santé, 8 % de la mortalité maternelle, généralement des adolescentes. Le gouvernement Harper ferme pudiquement les yeux pour les mêmes raisons invoquées par le pape Jean Paul II lorsqu’il condamna l’usage du condom comme moyen de prévenir le sida.

 

Les ONG qui sont sur le terrain ne demandent pas que lesdonateurs abandonnent leurs valeurs, mais qu’ils les laissentrépondre aux besoins exprimés dans plusieurs pays pour accroître les interventions en planification familiale, lesquelles comprennent, lorsque nécessaire, l’avortement. Se donner une posture morale comme donateur est réconfortant, mais cela n’est d’aucun réconfort pour ceux qui en ont besoin.