À suspendre

n savait que le programme d’achat massif de tableaux blancs — jadis qualifiés d’« intelligents », aujourd’hui rétrogradés au rang d’« interactifs », TBI — a été lancé dans l’improvisation la plus totale en 2011. C’est le premier ministre Charest, à la surprise générale, qui avait annoncé, dans un discours d’ouverture, qu’avant 2016, chaque classe dans les écoles du Québec en serait dotée. Le milieu de l’enseignement l’a dit depuis : il n’en demandait pas tant, et aurait préféré utiliser à de bien meilleures fins les 240 millions de dollars qu’a coûté le programme.

 

Le rapport obtenu par Le Devoir au sujet de ce programme nous fait comprendre que la situation est encore pire. Commandé par le gouvernement Marois et effectué par Raymond Chabot Grant Thornton (RCGT), il contient des passages s’apparentant à un musée des horreurs : « Absence de suivi structuré et systématique de la part du CSPQ [Centre des services partagés du Québec] auprès des fournisseurs », « risque pour le MELS de rembourser des montants excessifs », « aucun contrôle suffisant n’est présentement exercé pour valider la conformité des dépenses dans les commissions scolaires », enveloppes « plus généreuses que nécessaire ». Autre élément douteux : la faible concurrence entre deux soumissionnaires seulement ; dont un a été représenté par un lobbyiste qui fit jadis partie de l’entourage de Nathalie Normandeau et de Jean Charest.

 

En mars 2012, lorsque l’affaire du lobbyiste avait éclaté dans La Presse, la ministre libérale de l’Éducation d’alors, Line Beauchamp, s’était indignée en Chambre : le CSPQ avait « fait un appel de qualification [auprès de] 14 fournisseurs reconnus », certifiait-elle. Le rapport la contredit et déplore la faible concurrence en place depuis le lancement du programme.

 

Celui-ci existe-t-il encore ? La confusion règne là aussi. Le gouvernement Marois avait annoncé sa suspension dès novembre 2012, au moment de commander le rapport à RCGT. Vendredi, le ministre de l’Éducation Yves Bolduc rétorquait qu’il était toujours en place. Des achats sont faits actuellement, nous a-t-il informés, promettant du même souffle d’appliquer toutes les recommandations de RCGT dès qu’il en aura pris connaissance. Cela ne suffit pas, ce rapport doit être rendu public en vertu de cette « transparence » chère au premier ministre.

 

Lancé sans études préalables, en l’absence de consultation des besoins du milieu de l’enseignement, ce programme mérite d’être suspendu sur-le-champ et réévalué. Surtout que la réelle efficacité de l’outil est loin d’être prouvée.

À voir en vidéo