L’air du changement

Comment faut-il lire le discours inaugural du premier ministre Philippe Couillard ? Si le ton était à l’apaisement, les mots furent sans concession. Les défis posés interpellent tout le monde ; les solutions, elles, sont plus ciblées. Et si des changements de culture se font heureusement jour, des a priori demeurent. Alors, déception ou révolution à l’horizon ?
 

L'entrée en matière de Philippe Couillard dans son discours inaugural a été parfaite de décence et d’attention. Pauline Marois méritait que soit souligné son passage comme première femme première ministre du Québec. Cette courtoisie trouva d’autres échos dans le discours livré par le premier ministre libéral, prêt à entendre les idées de ses adversaires, à les associer à ses projets, à promouvoir le respect, ce que symbolise parfaitement la tenue prochaine d’un forum sur l’intimidation, qu’il présidera. Mais la politesse ne doit pas occulter la rude bataille dans laquelle s’engage ce gouvernement. Les défis financiers du Québec sont réels, mais les prendre à bras-le-corps doit-il être synonyme de passer la tronçonneuse ? C’est une crainte réelle quand on voit ce gouvernement se fixer l’objectif fou d’atteindre l’équilibre budgétaire en un an.

 

En débat lors de la campagne électorale, le chef libéral avait lancé au chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, que si ses constats quant à l’état des finances publiques étaient bons, ses solutions allaient provoquer le chaos. La même remarque vaut pour le nouveau premier ministre. À mettre la barre du redressement budgétaire trop haut, trop rapidement, c’est sa crédibilité, donc la confiance des citoyens envers les institutions publiques, aussi évoquée dans son discours, qui sera mise en cause.

 

Pour arriver à ses fins, M. Couillard insiste toutefois sur le changement de culture qu’il veut mettre en place. Dans le passé, de tels mots sont restés sans suite. Peut-être en ira-t-il différemment cette fois. Après tout, le premier ministre ne fait pas que demander un effort aux citoyens, il l’accompagne de la promesse d’une plus grande transparence, notamment en revisitant les lois touchant l’accès à l’information. Si chacun peut arriver à suivre le coût et le détail de programmes ou de projets, le cynisme envers ces gouvernants qui nous demandent de nous serrer la ceinture pendant que les petits amis et les voyous s’engraissent diminuera d’un cran. Ou de deux. Les coupes, urgentes pour M. Couillard, trouveront peut-être là une cohérence. De toute manière, savoir est nécessaire.

 

Changement de culture encore que cette façon de parler des villes, dont on reconnaît le statut d’acteurs plutôt que de « créatures », mot que Philippe Couillard souhaite « bannir ». À chacun ses responsabilités bien comprises. Changement heureux aussi de s’assurer constamment, par la voie d’une commission permanente, que les façons de faire de l’État sont pertinentes et appropriées. Ce suivi fin est porteur de plus d’espoirs d’économies structurantes et de modernisation que les centaines de millions à couper d’un seul coup.

 

Néanmoins, le discours tout économique du premier ministre ciblait surtout certains interlocuteurs : les innovateurs, les entrepreneurs, les PME. De leur prospérité dépend la croissance du Québec, a fait valoir M. Couillard. Fort bien. Mais qu’avait-il à dire aux plus démunis, aux laissés-pour-compte de la croissance ? Bien peu. Or ce sont eux qui ont le plus à craindre de l’épée de Damoclès des coupes à venir. Seront-ils aussi entendus que les gens d’affaires qui croulent sous la « paperasserie inutile », comme le disait M. Couillard, tout ouvert à leurs idées ? Quant au français, on a cru comprendre qu’il fallait limiter son importance aux frontières du Québec, puisque le monde appartient à l’anglais et aux « autres langues ».

 

Enfin, l’ouverture a aussi ses limites partisanes : « Notre gouvernement représente la stabilité. » Ou encore : il croit en la diversité et en la nécessité de l’immigration. Façon de laisser entendre qu’une gouvernance péquiste est à la limite de la légitimité, ou qu’elle aurait cherché à réduire l’immigration (ce fut le contraire). Un nouvel air ne peut donc être exempt de fausses notes ?

11 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 22 mai 2014 06 h 31

    Soins de fin de vie

    Brièvement, le Premier ministre a parler de ceci.

    Le projet de Loi concernant les soins de fin de vie sera ramené à l'ANQ d'ici très peu, «là où il était rendu» avant le déclenchement des élections, soit au processus du vote. Dit autrement, le vote aura lieu sur le PL-52 tel qu'adopté le 16 janvier dernier.

    Respectueux de tout ce travail parlementaire remarquable. Respectueux d'un très grand consensus social. Encourageant.

    J'y étais, hier, à l'ANQ. Touchant, d'être en ce lieu de démocratie.

    • Grace Di Lullo - Inscrit 22 mai 2014 08 h 34

      Félicitations à donner pour cette décision.
      Cela aurait été triste de tout jeter.Pour avoir regarder les travaux à la télévision,sur la chaîne de l'Assemblée nationale, ils étaient remarquable.

  • Marie-Thérèse Duquette - Abonnée 22 mai 2014 07 h 20

    Penser à tous

    Important, lorsqu'un chef d'État prend le pouvoir, qu'il n'oublie pas qu'il est dorénavant le responsable de tous les membres de cette nation. Je suis naivement surprise qu'au dela de l'intention de respecter ce qui a été prévu lors de la campagne électorale, on continue une fois au pouvoir de reprocher les affres actuelles aux actions posées par les prédécesseurs, même si leur passage a été bref. Tous les gouvernements le font... mais on oublie à chaque fois que ce n'est pas nécessaire. À vouloir accuser l'autre de tous les torts, on se trompe parfois et surtout on oublie que l'on a choisi de gouvener l'État, dans l'état où on le trouve.

    • Sylvain Auclair - Abonné 22 mai 2014 12 h 18

      M. Couillard n'est pas notre chef d'État, mais simplement de gouvernement (local). Le chef d'État, cest la reine. Nous vivons en monarchie, ne l'oublions pas.

    • Gilles Théberge - Abonné 22 mai 2014 16 h 15

      Monsieur Auclair à parfaitement raison. Nous sommes en Monarchie. Imposée certes mais l'État impose de force ce qu'il veut.

      Couillard pourrait être notre chef d'État si nous étions un pays comme il se doit, et que nous étions en République.

  • Marc O. Rainville - Abonné 22 mai 2014 07 h 22

    Vous allez voir

    Ils vont tenter de faire passer les nouvelles coupures à l'aide sociale en changeant le nom du programme. On parle du Revenu de citoyenneté depeuis des décennies. Les Libéraux pourraient bien être ceux qui nous livrent la marchandise rêvée. En dénaturant le produit, évidemment... Une personne seule à la Sécurité du revenu reçoit autour de $600.00 par mois. Le citoyen seul aura droit à combien, $375.00 ?
    Aux armes !

  • Marc G. Tremblay - Inscrit 22 mai 2014 08 h 53

    Les vrais affaires

    Si Mme Boileau exprime bien les craintes que les partis d'opposition se doivent de suivre à la trace, le discours inaugural du PM a aussi laissé entrevoir que "les plus démunis" continueaient de bénéficiers des divers programmes gouvernementaux tel que : garderie, congé parentaux, procréation, frais scolaires, tarifs d'électricité, etc., à prix modique, alors que les mieux nantis se verraient graduellement forcés de contribuer selon leur échelle de revenu annuel. "Yes we can".

    • Lise St-Laurent - Inscrite 22 mai 2014 16 h 54

      J'appuie votre commentaire puisque mon impression est la même que vous et les analystes politiques seront peut-être surpris de ce changement d'air au sein de cette 41e législature. Je crois que c'est de bon ton. "Yes we can" en effet!

  • Yvon Bureau - Abonné 22 mai 2014 10 h 54

    Un soulignement unanime

    «Pauline Marois méritait que soit souligné son passage comme première femme première ministre du Québec.»
    À presqu'à l'unanimité, tous applaudirent.

    J'y étais. J'ai applaudi, avec coeur et avec reconnaissance.

    Un beau moment de vie de courtoisie parlementaire.

    • Gilles Théberge - Abonné 22 mai 2014 16 h 16

      C'est toujours comme ça l'hypocrisie. On applaudit...

    • Louka Paradis - Inscrit 22 mai 2014 17 h 17

      Espérons que M. Couillard incitera la ministre Thériault à suivre cette bonne voie et à s'élever à la hauteur de vue exigée par ses deux fonctions : ministre de la Sécurité publique et Vice-Première-ministre. Disons qu'elle a un gros rattrapage à faire...