Docteur magouille

Lorsqu’il est arrivé à Montréal en 2004 pour diriger le Centre universitaire de santé McGill, Arthur T. Porter était une vedette. Cet expert auprès de la Banque mondiale et de l’Organisation mondiale de la santé venait de quitter le Detroit Medical Center pour, expliqua-t-il, des raisons politiques. Son mandat de redressement l’avait amené à se confronter avec tout le milieu médical et politique, et conduit après quatre ans à démissionner.

 

Pourtant, son passage à Detroit aurait dû nous alerter. Pour réduire le déficit, il avait fait appel à la sous-traitance, accordant un contrat d’un milliard de dollars pour la gestion d’hôpitaux à une firme dont il deviendra membre du conseil d’administration. Il a des participations actives dans une douzaine d’entreprises, dont un centre de traitement du cancer à Nassau où il draine les meilleurs talents en radio-oncologie de Detroit. Il s’y réfugiera en quittant Montréal. Bref, un champion en conflits d’intérêts.

 

Ces faits étaient connus puisque L’actualité médicale et Le Devoir en avaient fait état. Mais à cette époque, les médias n’en avaient que pour les problèmes du CHUM. On présumait que la communauté anglophone, qui réclamait son super-hôpital depuis plus d’une décennie, veillerait à ce que tout se passe selon les règles. Le conseil du CUSM n’a rien vu, subjugué par un super-manipulateur.

 

Ce fut « la plus grande fraude de corruption de l’histoire du Canada », de dire l’enquêteur de la Sûreté du Québec qui a réussi à démêler la façon dont Arthur Porter a manoeuvré pour que le contrat en PPP du projet du CUSM soit accordé à SNC-Lavalin aux dépens de l’autre soumissionnaire, l’espagnol OHL. Il avait mis ses hommes aux bons endroits, transmettait des informations privilégiées au président de SNC, Pierre Duhaime. Cette firme finit par obtenir une dérogation pour transformer un stationnement souterrain en stationnement extérieur, ce qui fit baisser le prix de 25 millions. Bingo ! A dû lancer le bon docteur en recevant la ristourne secrète de 22,5 millions qu’il attendait et qu’il partagea avec ses acolytes.

 

Il y a plusieurs morales à cette histoire. La première et la plus évidente est qu’il ne faut faire a priori confiance à personne. Pas plus d’ailleurs à ce nouveau mode de gestion des grands projets qu’est la formule miracle que devaient être les partenariats public-privé. Elle ne garantit le respect ni des coûts ni des règles du jeu. Et dans le cas présent, elle n’a pas permis d’avoir le meilleur projet. Enfin, elle démontre que la collusion et la corruption au Québec sont des phénomènes universels qui atteignent même les plus grandes entreprises et même les cénacles du haut savoir médical. C’est vrai, il y avait lieu de s’inquiéter.

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28 commentaires
  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 21 mai 2014 04 h 39

    Première erreur

    La première erreur a été de construire deux CHU. Un seul CHU aurait favorisé l'intégration des minorités à la majorité.

    • Lise Bélanger - Abonnée 21 mai 2014 07 h 52

      En effet, un seul mega hôpital est suffisant compte tenu du nombre de notre population. Il est ridicule de scinder en deux des services coûteux ce qui niuera à la qualité des investissements techniques.

      Les anglos profitent induement de leur situation pou l'unique raison que nous ne nous y opposons pas, surtout parce qu'aucun parti politique n'a eu le courage de nous défendre et de faire valoir nos droits.

      Tous les partis politiques québécois ont donné feu vert à cette escroquerie contre le peuple québécois.

      Quand nous aurons un gouvernement debout devant cette minorité gâtée, agressive, nous verrons que nous ne sommes pas un peuple aussi faible qu'on pourrait le croire.

    • Diane Boissinot - Abonnée 21 mai 2014 10 h 53

      Très d'accord. Un seul super centre hospitalier universitaire (CHU) aurait suffi.
      Diane Boissinot, abonnée

    • Michel Coron - Inscrit 21 mai 2014 13 h 46

      Un peu tard pour changer d'idée.

  • Michelle Martel - Abonnée 21 mai 2014 05 h 57

    Révoltant et décourageant

    Révoltant toutes ces histoires d'hémmoragie de NOTRE argent durement gagné. MAIS quand, on voit au nouvelles, le clip de l'enquêteur de la SQ qui nous dit que "ce fut la plus grande fraude de corruption de l'histoire de Canada" (23 millions) suivi du clip de Philippe Couillard, mentor du Dr. Porter, qui nous parle "d'austérité" et de "rigueur", (pour la classe moyenne bien sûr), on veut hurler de rage! Même rage que celle que je ressens quand le Ministère du Revenu du Québec me menace de tous les sévices de la terre si je ne leur envoie pas l'argent supplémentaire qu'ils sont prêts à tout pour venir extraire de mes poches. Peut on blâmer nos jeunes qui veulent quitter la Belle Province!

  • Martin Pelletier - Inscrit 21 mai 2014 06 h 21

    A beau mentir

    qui vient de loin.

    L'histoire de Porter en dit beaucoup sur ces étrangers qui débarquent ici bardés de diplômes et devant lesquels il faudrait dérouler le tapis rouge, sinon "on est repliés sur nous-mêmes" ou "on pratique le corporatisme".

    • Marie-M Vallée - Inscrite 21 mai 2014 07 h 34

      Ou encore pis, « nous sommes des racistes ».

  • Jean Claude Pomerleau - Inscrit 21 mai 2014 07 h 04

    Couillard ignorait-il le passé de Porter ?

    Le Devoir avait publié un texte sur le passage du Dr Porter au Centre Médical de Détroit. Un fiasco total avec le même modus operendi de magouille que pour le CUSM.

    Le ministre responsable du dossier du CUSM (et du fiasco CHUM), Philippe Couillard, a été un partenaire d'affaire de Porter et que ce dernier du fond de sa prison le considère encore comme un «ami inconditionnel».

    Comment croire que Philippe Couillard ignorait le passage de Porter à Détroit avant d'accepter sa nomination au CUSM ?

  • Jacquelin Beaulieu - Abonné 21 mai 2014 07 h 11

    Décourager pas bonnes gens .....

    Notre ministre de l'éducation ce bon doc Bolduc nous affirme solonnellement que les contribuables en ont eu pour leur argent avec ce projet en PPP !!!!
    Ce bon Bolduc était ministre de la santé a cet époque et il essai de se dédouaner de ses impairs ....
    Nous ne sommes pas au bout de nos peines avec ce tandem Bolduc-Couillard ......