La violence étalée

Mais que faut-il donc aux conservateurs pour qu’ils mesurent dans toute son ampleur le scandale des disparitions et des assassinats de femmes autochtones au Canada ?

 

Vendredi, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) dévoilait à ce sujet un troublant rapport, fruit d’une collaboration exceptionnelle avec Statistique Canada et l’ensemble des services policiers du pays. On y lit noir sur blanc qu’en 30 ans, il y a eu 1181 meurtres et disparitions, soit deux fois plus que les chiffres qui circulaient jusqu’à maintenant. Une véritable « surprise », ont dit les représentants de la GRC, reprenant l’expression de leur grand patron, le commissaire Bob Paulson, qui avait présenté quelques-unes des données du rapport devant un comité parlementaire à Ottawa au début mai.

 

Mener une telle étude n’aura donc pas été vain. Les policiers eux-mêmes soulignent que cela aura permis de compléter le travail entrepris par l’Association des femmes autochtones du Canada, très cité dans le rapport, comblant « une importante lacune ». (Soulignons ici que le gouvernement Harper a coupé en 2010 la subvention qui permettait aux femmes autochtones de faire le décompte des disparitions…)

 

Mais, lit-on encore, toutes les données dévoilées sur quelque 20 pages ne sont que le début du travail. Il faudrait pouvoir pousser l’analyse par collectivité ; mieux cerner les facteurs qui mettent ces femmes à risque afin de « mobiliser non seulement les ressources policières, mais également d’autres moyens d’action [dans les domaines des services sociaux, de la santé, de l’éducation, etc.] ». Sans oublier les gestes immédiats : la GRC a par exemple annoncé qu’elle réexaminerait tous les dossiers non résolus.

 

Comment a réagi le ministre fédéral de la Justice, Peter MacKay ? Merci pour cette « étude exhaustive », mais comme on a déjà 40 études sur le sujet, « nous devons continuer à prendre des mesures concrètes maintenant, et non seulement continuer à étudier la question ». Le communiqué poursuit : « La collecte de renseignements et les discussions peuvent être utiles, mais les enquêtes policières, les nouveaux outils […] sont ce qui produit des résultats concrets. » Sans oublier les peines maintenant plus sévères en matière de meurtres, d’enlèvements, d’agressions…

 

Encore une fois, les conservateurs n’ont rien compris, réussissant à occulter tout le fond social du rapport de la GRC, pourtant guère reconnue pour ses approches sociologiques ! En fait, leur réaction n’a qu’un but : démontrer l’inutilité d’une commission d’enquête nationale sur le drame des femmes autochtones, commission réclamée depuis des années. Or toutes les données du rapport le crient : elle n’aurait vraiment rien de futile.

1 commentaire
  • François Dugal - Inscrit 16 mai 2014 22 h 21

    Le gouvernement canadien

    Le gouvernement Harper est majoritaire avec environ 40% des votes des canadiens et canadiennes; ainsi va notre parlementarisme de tradition britannique.
    Ils gouvernent comme ils veulent; ainsi va la vie dans le "plusse meilleur" pays du monde.
    Que tous ceux qui ne sont pas contents lèvent la main.