Le beau risque

La société Groupe Investors a réussi un bon coup publicitaire en début de semaine, en lançant une hypothèque de trois ans au taux de 1,9 %. Un taux aussi bas force les concurrents à ajuster leur échelle de prix.

 

L’hypothèque en question n’a pas que des avantages puisqu’il n’est pas possible de geler ce taux variable en cas de hausse du marché ni de rembourser son hypothèque avant terme à moins de vendre sa propriété.

 

Par ailleurs, des clients très fiables d’institutions plus populaires comme Desjardins ont récemment obtenu un taux variable encore plus avantageux de 1,4 % pour un an au lieu de 2,94 % « après rabais » à l’intérieur d’un contrat fermé de cinq ans, sans perdre la possibilité de passer à un taux fixe ou de procéder à des remboursements anticipés.

 

À un niveau aussi bas, les propriétaires qui auront la sagesse de ne pas réduire leurs versements mensuels verront le montant du capital emprunté fondre à vue d’oeil.

 

Des taux hypothécaires aussi bas relancent le débat sur l’état du marché immobilier. Après quelques mois de ralentissement, il est possible, mais certainement pas souhaitable, que nous assistions à une nouvelle escalade des prix.

 

Cela dit, tout le monde ne profitera pas des taux très peu élevés avec le même bonheur. On pense aux nouveaux acheteurs qui doivent contracter une assurance hypothécaire la SCHL parce qu’ils ne sont pas en mesure de verser au moins 20 % du prix au moment de l’achat. À cause du resserrement des normes fédérales, certains d’entre eux se verront refuser l’accès au crédit si leur capacité de remboursement évaluée sur la base des taux fixes de cinq ans est insuffisante.

 

Il faut dire que cette mesure restrictive, comme les autres qui ont été adoptées depuis 2008 (l’amortissement maximum réduit à 25 ans, l’impossibilité de réhypothéquer son immeuble au-delà de 80 % de sa valeur, etc.), ont eu un effet bénéfique en réduisant le risque de défaut de paiement chez les acheteurs les plus vulnérables à une éventuelle remontée des taux. Cela ne se produira pas cette année, mais personne ne peut prédire l’avenir.

 

Le marché immobilier canadien est sorti indemne de la récession de 2008 et les prix ont même continué de croître.

 

Le ralentissement récent qu’on attribue à l’excédent d’immeubles mis en vente autant qu’aux mesures restrictives a ceci de bon qu’il redonne espoir aux jeunes acheteurs maintenus à l’écart par la hausse exubérante des prix enregistrée dans la dernière décennie.

 

Sans souhaiter une chute importante des prix qui sabrerait l’actif des ménages, on peut quand même s’attendre à ce que la correction se poursuive pendant quelque temps si la concurrence des banques ne vient pas perturber le marché outre mesure. Au plus grand bonheur des uns… et au malheur des autres.

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3 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 15 mai 2014 23 h 19

    1981

    En 1981, j'ai renouvelé mon hypothèque chez Desjardins à 22% pour un an; merci Desjardins.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 16 mai 2014 09 h 01

      Retour sur une autre époque et sur l'historique des taux de la Banque du Canada avec en 1981 cinq mois d'affilés a afficher du 19% et plus, et avec une pointe a 21% en août !

      http://www.bankofcanada.ca/wp-content/uploads/2010

    • Mathieu Bouchard - Inscrit 17 mai 2014 01 h 36

      En 1981, l'inflation s'est promenée entre 12 et 13 %, alors que de nos jours, c'est surtout entre 1 et 3 %, avec une moyenne à long terme garantie à 2 %, alors qu'à l'époque, on laissait l'inflation faire n'importe quoi.

      Pour une hypothèque à 22 % quand le coût de la vie augmente de 13 %, tu calcules 1,22 ÷ 1,13 = 1,0796 pour trouver que c'est seulement 7,96 % après avoir enlevé l'effet de l'inflation. C'est quand même beaucoup, mais on peut pas se permettre de pas en tenir compte.

      Ça, c'est seulement des moyennes d'inflation sur 12 mois, parce que si on prend l'inflation d'un mois terrible et qu'on la compose sur 12 mois, on peut trouver des cas de 17 %, 20 %, 22 % en 1980-1981.