L’âge de pierre

Le maître ès cruautés de Boko Haram, soit la phalange islamiste qui veut instaurer la charia dans le nord du Nigéria, a décrété lundi que les 276 jeunes filles kidnappées le mois dernier subiraient les faits qui caractérisent l’esclavagisme, après quoi elles seraient vendues et condamnées au mariage forcé. Tout un chacun aura compris qu’Abubakar Shekau, le maître en question, avait opté pour la double peine. Mardi, il a été précisé que les gamines enlevées seraient octroyées avant tout aux membres de Boko Haram moyennant une somme de 12 $. Autrement dit, la sauvagerie a un royaume.

 

Celui-ci est enclavé dans le nord-est d’un pays gouverné par le seigneur ès inhumanités : Goodluck Jonathan. Élu président du Nigeria en février 2010, ce dernier a fait ces jours-ci ce qu’il fait si bien sur ce front depuis des lunes : de la figuration. Une fois de plus. On s’explique. Boko Haram s’attaque à des écoles fréquentées par des filles à des fins souvent pécuniaires depuis 2009. Et alors ? Jamais Jonathan n’a observé les devoirs que commande l’infâme. Le pire…

 

Le pire, c’est qu’il aura fallu que des pressions de l’étranger se fassent sentir pour que les autorités nigérianes mettent un bémol à leurs tergiversations, au demeurant inhumaines, et agissent. Cela s’est traduit comme suit : à la demande de Jonathan, le gouvernement américain va envoyer une équipe d’experts sur place pour repérer, si possible, des traces des adolescentes. Antérieurement à la requête formulée par Jonathan, celui-ci, sa femme ainsi que les autorités policières ont eu un comportement exécrable, pour rester modéré. Un, la figure de proue de la contestation des Nigérians a été arrêtée. Deux, la police a menacé des familles. Trois, la femme de Jonathan a estimé que ces dernières étaient en partie responsables du drame.

 

Et dire que Boko Haram signifie « l’éducation occidentale est un péché ». Elle est ainsi, selon eux, parce qu’elle ose accorder au sexe dit faible, à la moitié du monde, le droit à l’éducation, considéré par Shekau et les thuriféraires du Coran comme un passeport pour l’émancipation contraire aux diktats de ce dernier. Cette haine du progrès est la cause, parmi d’autres, du fléau suivant : 10 millions d’enfants ne vont pas à l’école. Selon l’ex-premier ministre britannique Gordon Brown et actuel envoyé spécial de l’ONU pour l’éducation des filles dans le monde, la peur que suscitent les exactions de Boko Haram est en partie responsable de ce fléau.

 

La conclusion ? Elle est simple. Qualifier les militants de Boko Haram de féodaux, c’est injurier le Moyen Âge, car ils sont restés à l’âge de pierre, soit l’âge de l’accouplement de la brutalité avec l’ignorance. Point !

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15 commentaires
  • Rafik Boualam - Inscrit 7 mai 2014 07 h 53

    pas loin

    Effectivement, nous avons affaires à des barbares dont la motivation est difficilement compréhensible. Mais avons-nous besoin de regarder loin, que dire des milliers de femmes autochtones qui disparaissent chez nous sans que personne ne s'en émeuve. Proverbe marocain: le dormadaire se bidonne toujours quand il voit que son congénère a une bosse, mais il n'est pas conscient qu'il en a une lui aussi.

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 7 mai 2014 20 h 20

      Oui, en effet, la situation des femmes autochtones, en fait de toutes les nations le composant, est vraiment grave, et je reste stupéfaite devant le manque de sensibilisation, voire le grand silence au sujet de ce qui peut être considéré une crise humanitaire.

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 7 mai 2014 20 h 27

      Par contre, ce qui se passe au Nigeria est loin d'être comparable à la situation des premières nations au Canada. Deux tragédies, mais de natures fort différentes.

  • Mario Jodoin - Abonné 7 mai 2014 08 h 39

    L'âge de pierre?

    «car ils sont restés à l'âge de pierre, soit l'âge de l'accouplement de la brutalité avec l'ignorance»

    S'il est vrai que de comparer ces gestes au Moyen Âge est une insulte à cette époque, il en est de même de cette comparaison avec l'âge de pierre.

    Dans un livre assez récent (Préhistoire de la violence et de la guerre), la préhistorienne Marylène Patou-Mathis démontre que cette association des sociétés préhistoriques avec la violence n'est qu'une construction erronée. Le Devoir avait d'ailleurs bien couvert la parution de ce livre à http://www.ledevoir.com/culture/livres/390943/l-ho .

    Bref, sans le vouloir, M. Truffaut, qui a cela dit pondu un excellent éditorial, contribue à perpétuer le mythe des origines violentes de l'être humain, alors que, sans altruisme et sans entraide, il n'aurait jamais réussi à survivre.

  • Gilbert Talbot - Abonné 7 mai 2014 09 h 44

    La pire barbarie c'est aujourd'hui qu'elle a cours.

    Ni le Moyen-âge, encore moins l'âge de pierre ne peuvent revendiquer autant de barbarie que ce qui se passe aujourd'hui. Il n'était pas question de génocide dans ces temps-là: ça commencé au 20ème siècle avec le génocide arménien commandé par les Turcs. Et que dire des deux guerres mondiales: les plus sales, les plus meurtrières, les plus destructrices de toute l'histoire de l'humanité. L'Islamisme politique radical de Boko Haram c'est le règne du pire machisme jamais exercé sur terre. Et pire: on l'endure!

  • André Le Belge - Inscrit 7 mai 2014 10 h 40

    Changement de philosophie

    Dans le monde musulman, le soufisme est de plus en plus remplacé par le salafisne djihadiste violent, cruel et impitoyable, propagé par des mouvements islamiques fondamentalistes (?) tels que Al-Quaïda...

  • jean-charles chebat - Inscrit 7 mai 2014 10 h 47

    Le Canada et le Québec comparables à Boko Haram?

    Le commentaire de M.Rafik Boualam me laisse pantois. Comparer le Canada et le Québec à Boko Haram est absurde sinon indécent.