cache information close 

La mauvaise piste

Et c’est parti, de la manière la moins scientifique qui soit, ce qui ne manque pas de sel pour un ministre de l’Éducation : cap sur l’anglais intensif en 6e année dans toutes les écoles du Québec, a dit Yves Bolduc. Il a vu l’effet sur ses propres enfants, cela lui suffit.

 

« On a assez fait d’études et de recherches », ajoutait-il dans l’entrevue au Devoir publiée samedi. Problème : ces études abondantes n’existent pas. On attend bien un rapport de l’École nationale d’administration publique sur le sujet, commandé par le gouvernement Marois, mais il n’a pas encore été déposé. Sinon, rien. Il faut d’ailleurs relire les propos de Charles Castonguay, spécialiste des données linguistiques, qui déboulonnait en mars dans nos pages les bienfaits du mythique projet-pilote mené au Lac-Saint-Jean. Il faisait voir que le pourcentage de jeunes bilingues dans cette région du Québec n’a pas varié avant, pendant ni après le projet, pas plus qu’il ne se distingue de celui des régions avoisinantes.

 

L’anglais intensif en 6e année est en fait une poudre aux yeux lancée par les libéraux, sous Jean Charest et maintenant sous Philippe Couillard, à des parents inquiets, qu’on a convaincus que la réussite de leurs enfants dans le « monde mondial » se résume à leur maîtrise de l’anglais.

 

C’est précisément parce qu’on est au Québec qu’il serait de la responsabilité d’un ministre de l’Éducation d’apaiser cette inquiétude : parents québécois, vos enfants baignent dans une telle anglophilie, anglomanie, anglo-chansons, anglo-Internet, anglo-jeux, anglo-vidéos, qu’ils absorbent de toute manière quotidiennement leur dose d’anglais. Il leur manque la méthode pour bien l’assimiler, ce à quoi servent les cours à l’école, mais ils n’ont pas besoin de surdose.

 

Au Québec, un ministre de l’Éducation responsable devrait plutôt s’inquiéter, et follement en plus, de la qualité du français des élèves et de leurs professeurs. Les chiffres ici sont clairs : la maîtrise n’y est pas et il n’y a pas de francomanie pour contrer le courant. Le ministre devrait d’ailleurs entendre le français comme une culture. Nous l’avons déjà écrit, c’est six mois de français intensif — grammaire, mais aussi romans, films, chansons du Québec et de la francophonie — qu’il faudrait instaurer dans les écoles. L’acculturation est en fait si présente que même la journée d’immersion culturelle en français qui se tenait récemment à l’UQAM à l’intention des étudiants d’écoles secondaires anglophones, afin de leur démontrer que le français, c’est l’fun, aurait du sens auprès des ados francophones !

 

Bien sûr, le ministre Bolduc comme le premier ministre Couillard disent aussi saluer l’importance du français. Mais que vaut le salut du bout des lèvres sans le geste pour l’appuyer ?

28 commentaires
  • Cyr Guillaume - Inscrit 29 avril 2014 04 h 58

    Effectivement mauvais piste!

    Pour la je ne sais combientième fois, cela corresponds en tout point à mon raisonnement. Ce n'est parce qu'on est bilingue anglais-francais/francais-anglais qu'on sera tout d'un coup plus intelligent, et que notre vie sera merveilleuse. Et encore une fois les fédéralistes et le PLQ s'en vont tout droit dans le mur en ignorant les autres langues plus importantes (et de loin) que l'anglais, tels le mandarin, l'espagnol, l'allemand, et l'arabe. Ouverture sur le monde? Oui, mais pas cet écrasement devant l'anglosphère à genoux, et encore en redemmander!

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 29 avril 2014 08 h 03

      Avec tout le respect, M. Guillaume..Vous divaguez!

      L'importance d'une langue tient à beaucoup plus de facteurs qu'au nombre d'individus qui parlent cette langue.

      L'importance d'une langue tient aux avantages que cette langue peut vous apporter...

      L'arabe est parlé par un milliard et demi d'individus...Mais l'arabe classique n'est parlé que par une infime partie d'intellectuels..De plus, chaque pays arabe a son dialecte...Plus important: les pays arabes sont en majorité en voie de développement et n'influencent que très peu les grands courants internationaux, économiques et monétaires...

      L'espagnol, majoritairement parlé en Amérique du sud , rentre aussi, dans la catégorie décrite ci-dessus...

      L'allemand est parlé essentiellement en Allemagne et Autriche et quelques rares enclaves; elle n'a pas de statut de langue internationale.

      L'impact du mandarin va être considérable...mais dans un demi-siècle!

      Vous pouvez tourner autour du pot autant que vous le voulez: l'anglais reste la langue internationale des réunions d'affaires, conférences scientifiques, politiques et commerciales, des règlements aériens etc...Le dollar américain reste encore la devise d'échange; ce qui donne le ton à la dominance de l'anglais...encore pour quelques décades!

      La France, sensible à ce que je viens de mentionner à commencer à donner certains cours universitaires en anglais...

      Refuser de voir ce fait, met les jeunes québécois en grand desavantage pour leur future carrière...

    • Gilles Théberge - Abonné 29 avril 2014 10 h 08

      Le problème avec votre position sans nuance Sol Wandelmaier, c'est qu'elle met tous québécois en grand désavantage à long terme.

      Les nuances, c'est la clé d'une position équilibrée. Parler anglais dans un contexte de travail, sans doute est-ce important dans certains secteurs d'Activité. Mais en réalité, cela concerne combien de personnes?

      La langue anglaise au Québec n'est pas un problème en soi. Mais elle veut occuper toute la place publique. Si le québec a pu définir que la langue française est la langue officielle, ça suppose qu'elle domine dans l'Espace public.

      La réalité du bilinguisme individuel au Québec c'est la suivante : Les anglais parlent anglais et les francophones parlent anglais. Autrement dit, le bilinguisme personnel est à l'avantage exclusif des unilingues anglophones.

      Et malheureusement il y a plein de gens comme vous, qui se promènent avec des sacs de poudre de perlimpinpin.

      Hier le Devoir nous révélait qu'au premier cycle universitaire un diplômé sur cinq sort avec un dipl;ôme tout en étant un analphabète fonctionnel.

      Probablement que cela ne vous dérange pas mais moi ça m'inquiète en maudit. pas mal plus que de savoir si le jeune qui demeure dans le fond du Lac St-Jean est bilingue.

      quand tu n'es pas capable de lire un texte et de le comprendre dans ta langue maternelle, je ne vois pas ce que tu ajoutes à tes compétences en maîtrisant une série de phrases clé en anglais au cas où tu rencotrerais un anglophone. Qui par définition est unilingue.

      Il y a aussi quelque chose qui s'appelle le respêct de soi. Ce qui apparemment n'effleure pas votre esprit universel...

      Le British Council a publié une étude dans laquelle il a établi que l'unilinguisme des anglais (Britanniques) est néfaste à long terme. Même eux reconnaissent qu'ils seront bientôt confrontés au fait que tout le monde entier ne parle pas anglais.

      Et ne veut pas nécessairement se laisser assujettir à sa domination qui ne dérange pas seulement les séparatist

    • Jean Richard - Abonné 29 avril 2014 11 h 55

      « Plus important: les pays arabes sont en majorité en voie de développement et n'influencent que très peu les grands courants internationaux, économiques et monétaires...
      L'espagnol, majoritairement parlé en Amérique du sud , rentre aussi, dans la catégorie décrite ci-dessus... »

      Ce n'est pas très solide comme argument. Pire, c'est même méprisant pour tous les non-anglophones de la planète.

      En quoi par exemple la culture arabe ou la culture hispanophone seraient-elles inférieures à la culture angloaméricaine ?

      À moins que nous ne limitiez la langue qu'à de simples mots inscrits sur des billets de banque, je crois que vous faites fausse route.

      Certes, en prenant possession, grâce à l'argent, des moyens de diffusion de la culture, les Angloaméricains ont érigé autour de nous une sorte de blindage. Deux exemples frappants, le cinéma et la télévision, deux médias grand public : ce n'est pas par hasard que la forte majorité des salles de cinéma au Québec appartiennent aux Américains, et ce n'est pas par hasard que les câblodistributeurs y vont d'une offre excessive en canaux angloaméricains et rien en d'autres langues (même quand ces câblodistributeurs n'appartiennent pas aux Américains).

      Le tout-à-l'anglais vers lequel on se dirige, loin de nous ouvrir les portes du monde, nous isole des influences extérieures non américaines.

      Quant à la langue internationale, ça n'existe pas. L'anglais n'est pas une langue internationale mais une langue impériale. C'est très différent. Il ne saurait y avoir d'internationalisme avec une monoculture. C'est totalement contradictoire.

    • Jacques-Olivier Brassard - Abonné 29 avril 2014 16 h 34

      @ Sol Wandelmaier

      Madame, vos écrits sont manifestes des effets nocifs d’un apprentissage inapproprié de la langue française.

      En prenant vos propos au pied de la lettre :
      « ce qui donne le ton à la dominance de l'anglais...encore pour quelques décades! »
      je suis heureux d’apprendre que cette dominance prendra fin d’ici dix jours. (décade = 10 jours, décennie = dix ans).

      Heureusement pour les anglophones, nous, les francophones sommes devenus, par la force des choses, experts en interprétation et finissons par les comprendre en dépit de leurs propos ambigus qui résultent d’une adaptation relâchée (sloppy) de la langue française dont l’anglais découle en très grande partie.

    • Cyr Guillaume - Inscrit 29 avril 2014 16 h 39

      Bien d'accord avec les interventions de messieurs Rcihard et Théberge, Mme Wandelmaier parle comme une vrai impérialiste ici! Si le fond de vos valeurs Mme ne s'arrête qu'à l'argent et à la ''culture'' anglosaxone, et bien sachez que ce n'est pas le cas pour moi! Non seulement le tout-à-l'anglais ne nous mènera nul part, mais en plus on se soumets volontairement à une culture qui dans le fond mange les autres, en imposant sa machine impérialo-capitaliste. Très peu pour moi merci. Je préfète la VRAI diversité, et la VRAI ouverture sur le monde, à savoir apprendre le plus de langues possibles en dehors de l'anglais. De plus ce n'est nullement le rôle de l'État Québécois de lessivé le cerveau de nos enfants avec cette absurdité d'immersion anglaise.

    • Cyril Dionne - Abonné 29 avril 2014 18 h 41

      Est-ce qu'on pourrait nous lâcher avec le mandarin ? La Chine est un pays qui va finir par imploser sous le poids d'une population qui explose et ceci, accouplé avec la corruption de leurs dirigeants et un écart grandissant entre les riches et les pauvres de ce pays.

      Le mythe du bilinguisme continue à s'étaler comme si tous pourraient parler deux langues sans entrave (lire, écrire, communiquer) tout en gardant sa langue maternelle. Rien de plus faux au Canada. Le phénomène observé partout au pays de l'Autre est l'anglicisation ou tout simplement l'assimilation des francophones à la langue de Don Cherry. Et personnellement, je n'ai jamais rencontré un anglophone francisé au point d'en avoir perdu sa langue et sa culture. Curieux tout de même, l'assimilation est toujours du même coté dans le « plusss » meilleur pays du monde.

    • Cyril Dionne - Abonné 29 avril 2014 18 h 54

      Il n'y a qu'une langue langue universelle et mondiale, et ce sont les mathématiques. Et je suis d'accord avec M. Richard, l'anglais est une langue impériale.

  • Jocelyne Lapierre - Inscrite 29 avril 2014 06 h 44

    Anglicisation, rien de plus

    Pourquoi ne pas appeler les choses par leur nom?!

    On continue de faire crever notre culture sous l'envahissement de la culture américaine et la politique du multiculturalisme. On s'en reparlera dans une quinzaine d'années, s'il reste quelques intéressés.

    Les Libéraux sont à peine élus qu'on nous annonce des coupures dans le seul réseau de radiodiffusion qui rejoint TOUS les francophones du Canada, ainsi que l'anglais intensif dans les écoles, et cela n'est que la pointe de l'iceberg.

    • Stéphane Laporte - Abonné 29 avril 2014 22 h 45

      Moi j'anglicise!
      Pour l'avenir du Québec!

  • Jacquelin Beaulieu - Abonné 29 avril 2014 07 h 07

    Quant on écoute ses préjugés ....

    Nuls études ne compensent les préjugés et ce ne sera pas Charles Castonguay ou d'autres études de l'ÉNAP qui pourra influencer Bolduc ..... De toute évidence , ce gouvernement a mis la priorité sur l'anglais et non l'amélioration du francais et conforte ainsi ses préjugés ......

  • Raynald Collard - Abonné 29 avril 2014 07 h 13

    Aberration

    Je vis depuis peu dans la région de Montréal. Je suis estomaqué de voir autant de Québécois francophones "switcher" aussi facilement en anglais dans leurs conversations quotidiennes. Mes fils sont bilingues et sont passés par les écoles publiques à Baie-Comeau. Leurs contacts fréquents avec la culture anglaise a comblé ce qui leur manquait en pratique. L'immersion, elle est déjà présente partout.

    Et ils écrivent un excellent français!! Le PLQ une fois de plus prend des vessies pour des lanternes.

  • Josette Allard - Inscrite 29 avril 2014 07 h 20

    Parfaitement bilingue

    Et pourtant je n'ai appris l'anglais, à l'école, de façon sérieuse , qu'en dixième année.

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 29 avril 2014 10 h 47

      Je n'ai commencé à parler l'anglais appris sur les bancs d'école que lorsque j'ai commencé à travailler dans les bureaux au centre-ville de Montréal. Je suis parfaitement bilingue... et je maîtrise ma langue maternelle. Il faut bien se connaître, connaître ses origines et ne jamais les oublier, avant de voyager et de s'intéresser à la culture de l'Autre, sinon c'est la perdition. Sans ancre, un bateau coulera. Les pro-anglicisation prennent pour acquis leur héritage culturel, pendant qu'ils applaudissent les autres minorités ethniques pour tenir à tout prix à leurs propres héritages culturels et envoyer leurs enfants dans des écoles anglaises, alors qu'ils vivent au Québec, plus grand bassin francophone de l'Amérique.