Jusqu’à l’université…

Sous les données, la tache. Notre collègue Éric Desrosiers levait le voile samedi sur un sujet tabou : l’analphabétisme fonctionnel frappe du côté des diplômés universitaires avec une ampleur insoupçonnée.

 

L’automne dernier étaient rendus publics les résultats du Programme d’évaluation internationale des compétences des adultes 2012, vaste étude très réputée menée dans 24 pays et régions pour le compte de l’OCDE. Au Canada, plus de 27 000 personnes de 16 à 65 ans y ont participé, 5900 au Québec.

 

Des chercheurs, dont ceux de l’Institut de la statistique du Québec, sont maintenant en train de tout décortiquer. L’on vient ainsi de constater que 81,7 % des diplômés universitaires au Québec et 55,3 % de ceux qui dont un diplôme d’études postsecondaires (comme le cégep) ont des compétences en littératie et/ou en numératie (soit la maîtrise de la lecture et des chiffres) de niveau moyen à élevé. C’est un premier choc. Être au niveau moyen signifie comprendre un texte long mais pas trop complexe ou la signification de statistiques. Des compétences que l’on est en fait en droit d’attendre de toute personne qui finit le… secondaire. On aurait plutôt cru que tous les universitaires atteindraient le niveau élevé qu’on associe spontanément à une telle scolarité.

 

À quoi s’ajoute un autre choc, bien plus grave : le fait que près d’un diplômé universitaire sur cinq (18,3 %) n’atteint même pas ce niveau moyen. Du côté des diplômés postsecondaires, on parle de 45 % des répondants ! Concrètement, cela signifie qu’ils arrivent à lire les titres des journaux, mais pas les articles qui les suivent…

 

On ne peut ici accuser les plus récentes réformes pédagogiques puisque ce sont des adultes qui étaient testés. De plus, le phénomène se retrouve ailleurs au Canada et dans d’autres pays. Cela n’excuse pas notre laxisme collectif.

 

Laxisme des établissements d’enseignement d’abord, qui persistent à faire progresser dans le système, même jusqu’à l’université, des jeunes qui ne maîtrisent pas les codes élémentaires de lecture, d’écriture et d’arithmétique. Un phénomène connu du milieu scolaire, mais dont personne ne tient vraiment à parler.

 

Laxisme personnel ensuite puisque lire, écrire, compter, cela s’entretient. Or on sait que le Québec se distingue de triste façon : ici la moitié des francophones arrêtent carrément de lire dès qu’ils quittent l’école. Ni livres, ni journaux, ni magazines. S’étonnera-t-on ensuite de leur difficulté à déchiffrer un manuel d’instructions ou une simple mise en garde sur un flacon de médicaments ?

 

On cherche beaucoup de recettes pour l’école, et le nouveau ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, n’échappera pas à cette envie. Au vu de telles données, s’assurer que la base est acquise serait le vrai changement. Aura-t-il cette audace ?

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