Le roi cynique

Au fond, l’affaire est entendue : la guerre civile en Syrie s’inscrit dans la durée. Après trois années rythmées par un éventail d’atrocités et un nombre de morts (157 000) qui font de cet affrontement le pire conflit à ce jour du XXIe siècle, le découragement des chancelleries, pour ne pas dire leur indifférence, laisse présager des lendemains encore plus sanglants. Car le diable se cachant dans les détails, une fois certains de ces derniers débusqués, on retient que le barbarisme de Bachar al-Assad nourrit la sauvagerie des réseaux islamistes et vice-versa. Bref, l’opposition officielle au régime, soutenue par les Européens, les Américains sans oublier la Turquie, est prise entre le marteau et l’enclume.

 

Côté cour, côté chiite, le diable s’est manifesté comme suit : le nombre de miliciens chiites venant majoritairement du Liban et de l’Irak, et combattant auprès des soldats syriens, est supérieur à celui des djihadistes sunnites depuis plusieurs mois maintenant. Dirigé par des galonnés d’Iran, le réseau chiite a modifié le cours de la guerre au milieu de 2013 grâce à l’augmentation du nombre de Libanais et d’Irakiens dépêchés sur les lieux. Et ce, au profit d’Assad.

 

Côté jardin, donc sunnite, la monarchie saoudienne vient de mettre en lumière le dépit que lui inspire la position de Barack Obama dans cette histoire en rappelant un dur d’entre les durs. Il s’agit du prince Bandar ben Sultan, ancien chef des services de renseignement très proche des néoconservateurs américains qui avait été écarté car il déplaisait, on s’en doute, à Obama. Mais voilà, comme la politique que poursuit ce dernier à l’endroit de l’Iran est jugée molle par l’aristocratie saoudienne, on a donc remis Bandar à la tête des services.

 

Le retour du maître-espion réputé pour sa rudesse tous azimuts est en adéquation quasi parfaite avec la décision prise récemment par le clergé iranien de s’impliquer directement dans l’agonie humaine dont la Syrie est le théâtre. Mais encore ? Il y a peu, l’ayatollah Al-Haeri a composé une fatwa dans laquelle il qualifie la Syrie de « terre de djihad pour la défense de l’islam ». Ce faisant, la hiérarchie religieuse a mis ses hésitations entre parenthèses.

 

Il y a quelques jours à peine, des militaires syriens ont eu recours au chlore gazeux. C’est la deuxième fois, au moins, que la ligne rouge fixée par Obama en août 2012 a été franchie. Les réactions ? Elles ont été nulles, ou plus exactement le symbole de l’indifférence qu’inspire désormais cette guerre civile et religieuse. Quand on ajoute que la Russie a toujours opposé son veto aux initiatives humanitaires, on retient que le cynisme est devenu la valeur… refuge !

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1 commentaire
  • François Dugal - Inscrit 23 avril 2014 08 h 26

    Un cynique

    Y a-t-il un seul roi qui n'est cynique?