Ruse de vainqueur?

Qu’elle est réconfortante pour les citoyens la promesse d’un chef de gouvernement qui garantit que, désormais, il sera empli de civilité, vertu qu’il promouvra à l’Assemblée nationale ! C’est ce que Philippe Couillard a fait jeudi au terme de la cérémonie d’assermentation des 70 élus libéraux.

 

Évidemment, il s’agit d’une promesse usée, peu crédible, puisqu’elle a été répétée mille et une fois dans le passé. Une des dernières, c’était en 2010, lors du retour de Jean-Marc Fournier au poste de leader parlementaire du gouvernement Charest. Dans les deux années qui ont suivi, nous avons pourtant assisté à des échanges extrêmement rudes. Les ministres du gouvernement Charest ne manquaient pas une occasion de s’indigner du « ton » de leurs opposants. Bien sûr, les questions des oppositions étaient souvent très acérées, certaines étant à la limite de la malhonnêteté. Malgré le fait que d’autres, qui soulevaient toutefois des cris d’indignation dans les rangs du gouvernement à l’époque, portaient précisément sur ce que l’UPAC et la commission Charbonneau mettent au jour aujourd’hui.

 

Dans les prochaines années, l’appel à conserver un « ton respectueux » pourrait bien encore servir de ruse aux vainqueurs qui détiennent le pouvoir. Ruse de ces gentlemen qui cultivent un ton lénifiant et « informé » alors qu’ils violent leurs promesses ; ruse qui consiste à dépeindre ceux qui questionnent, s’indignent, comme des êtres chicaniers, cherchant la bête noire, nuisant au « consensus », fomentant la « division ». Or, la démocratie est précisément cela, une division. C’est « l’unité dans la discorde », selon la belle formule d’Héraclite exhumée par le philosophe Jan Patočka (dont la pensée a été élégamment rappelée par Rémy Gagnon dans Le Devoir de philo du 19 avril).

 

Heureusement, le premier ministre Couillard l’a dit : « Par leur travail d’opposition qui consiste à exprimer le contre point de vue », les députés d’en face « jouent un rôle essentiel dans notre démocratie ». Ils sont même, a insisté M. Couillard devant ses troupes, « des collègues avant d’être des adversaires ». Voilà qui tranche avec Jean Charest, qui suggérait à ses ouailles d’apprendre à « haïr » l’adversaire. Mais voilà qui tranche aussi avec le chef libéral Philippe Couillard qui, le 5 mars, lançait sa campagne en disant « je déteste ce gouvernement » Marois, le qualifiant de « toxique ». Et qui, plus tard en campagne, affirmait sur les ondes de CHOI à Québec, que ses adversaires voulaient « fourrer le monde ». Mais rassurons-nous, M. Couillard compte désormais défendre « notre langue commune, le français, […] partout au Québec, […] en la parlant bien ici dans ce Parlement ».

10 commentaires
  • Gisèle Filion - Inscrite 22 avril 2014 05 h 59

    Oui, je me souviens de ce que vous rapportez

    "Mais voilà qui tranche aussi avec le chef libéral Philippe Couillard qui, le 5 mars, lançait sa campagne en disant « je déteste ce gouvernement » Marois, le qualifiant de « toxique » ".

    Ça s'appelle semer de la discorde, car pour débattre des idées, il n'est nul besoin d'afficher de tels sentiments de haine. Je trouve justement bizarre que ce soit celui qui a donné le ton à la campagne élrctorale, en semant l'hostilité dès le début, qui se soit vanté par après, d'être respectueux.

    M. Couillard a une façon très particulière de retourner l'odieux d'une situation contre les autres. En quoi le fait de poser des questions sur des faits réels le concernant, devient-il du lançage de boue?

    Comment M. Couillard pourra-t-il donner l'exemple à ses troupes qui comptent d'autres champions de l'hostilité, comme lui ? Je pense parriculièrement à Madame
    Saint-Pierre qui aurait bien besoin d'un modèle pour le changement de ton.

    Débattre des idées, oui, mais les qualifier de toxiques n'avance en rien un débat . Ce qu'il faut c'est leur apporter un ou des contre arguments. Pas faire des tours de passe-passe pour se définir comme "le bon" en définissant l'adversaire comme "le méchant". C'est justement cela qui donne un ton inapproprié aux débats entre des adversaires politiques. Nous savons recpnnaîte les mots qui sèment la discorde et nous savons aussi lire entre les lignes.

  • Jacquelin Beaulieu - Abonné 22 avril 2014 07 h 26

    Quel sépulcre blanchie !

    Ces libéraux ont l'indignation facile , jouent les vierges offensées facilement et prennent l'assemblée nationale pour un immense théatre ..... Étaler ses bonnes intentions est de bonnes guère mais il est facile de voir leur stratégies de museler l'opposition et de la garder la plus innofensive .... Connaissant leur parcours au gouvernement et dans l'opposition , ils n'ont en rien donné l'exemple du bon parlementarisme et il faudrait être naifs pour en croire un traitre mot .....

  • Josée Duplessis - Abonnée 22 avril 2014 07 h 48

    oufff!!!

    Je suis indignée de lire votre dernier paragraphe. Je ne savais pas qu'il avait eu l'audace de dire autant d'atrocité. J'espère que ceux qui ont voté pour lui ont un peu de gêne....

  • Michel Mondat - Inscrit 22 avril 2014 08 h 43

    Le papier de toilette

    On aura beau enrober de plusieurs couches de papier de toilette les propos et l'arrogance de certains vainqueurs libéraux, il s'en dégagera toujours une odeur fortement nauséabonde.

  • Jean Lapointe - Abonné 22 avril 2014 08 h 48

    Cet homme n'est pas crédible.

    «Mais voilà qui tranche aussi avec le chef libéral Philippe Couillard qui, le 5 mars, lançait sa campagne en disant « je déteste ce gouvernement » Marois, le qualifiant de « toxique ».» (Antoine Robitaille)

    Et que penser de ce Philippe Couillard qui essayait de faire croire qu'il était victime de salissage pendant la campagne électorale sachant très bien que les Québécois n'aiment pas cette façon de se comporter.

    Et le pire dans tout cela c'est qu'il a très probablement réussi à convaincre un certain nombre de personnes qu' il était vraiment une pauvre «victime» de lanceurs de boue.

    Pourtant les questions qui lui étaient posées n'étaient-elles pas justifiées?

    On ne sait toujours pas par exemple ce qui est advenu de tout l'argent qu'il a gagné lorsqu'il a travaillé en Arabie Saoudite.

    Et pour ce qui est de la corruption au sein du PLQ, personne n'en doute maintenant.

    Et ce qu'il a fait pour tenter de se défendre ce fut de contre-attaquer au lieu de répondre aux questions qui lui étaient posées.

    Cet homme n'est pas crédible.

    S'il pense faire taire ses adversaires en laissant croire que, d'après lui « les députés d'en face, devraient être considérés comme des collègues avant d'être considérés comme des adversaires», il s'illusionne joliment.

    C'est que lui il ne s'est pas privé d'attaquer ses adversaires pendant la campagne électorale et il ne s'en privera pas non plus dans l'avenir.

    Cet individu n'est pas franc et essaie sans cesse de nous manipuler.

    Je trouve cela révoltant.

    • Daniel Lemieux - Abonné 22 avril 2014 12 h 26

      Louvoyant et hypocrite. Ce sont les deux seuls mots qui me viennent à l'esprit quand on évoque Philippe Couillard et « son » PLQ.

      Nul doute qu'il saura esquiver les questions, encore mieux que Jean Charest.

      Sauf que sa culture générale étant plus étendue, il a déjà appris à maîtriser l'art du paradoxe.