Mission essentielle

Depuis l’annonce des résultats électoraux du 7 avril, Pauline Marois a exprimé à plusieurs reprises une légitime inquiétude à l’égard de notre langue. Philippe Couillard, pendant la campagne électorale, a montré peu de sensibilité à cet égard. Il devrait, en cette matière, s’inspirer de sa prédécesseure.

Avant de quitter son bureau mercredi, Pauline Marois a formulé deux souhaits à l’endroit de son successeur : l’électrification des transports et — oserions-nous dire — l’électrification de notre culture, c’est-à-dire le rôle du français au Québec. Celui qui prend la tête du gouvernement du Québec, a-t-elle rappelé, ne doit jamais oublier qu’il se voit confier la mission de « défendre notre culture et notre identité, plus particulièrement notre langue qui fleurit en Amérique depuis plus de 400 ans ».

 

Il est temps, au Québec, de reprendre la discussion au sujet de l’importance de cette langue. Trop souvent, en notre ère mondialisée, on l’aborde comme un simple moyen de communication décryptable grâce à « Google translate ». La langue est plus qu’un simple code. Sorte de création collective, elle plonge ses racines au fond des âges ; « la saveur des choses est déjà dans les mots », déjà dans l’étymologie. Elle évolue, certes, mais garde ce que certains osent appeler un génie propre. On dit communément que nous « parlons une langue », mais c’est aussi elle qui parle à travers nous. Elle est à la fois un don (maternel), un héritage, mais aussi une conquête. Ce n’est pourtant pas un trait ethnique. Elle peut se perdre ; elle peut être apprise.

 

Il faut préserver la diversité des langues. Les langues sécrètent différentes visions du monde. Par quel procédé ? Difficile à dire précisément. Que serait le Québec sans le français ? Que seraient les États-Unis si l’allemand y avait été choisi comme langue d’usage ? Ce que l’on peut affirmer, c’est que, pour reprendre les mots de Gilles Vigneault dimanche, sur le plateau de Tout le monde en parle : « La biodiversité, c’est aussi important pour la nature que pour les sociétés humaines. »

 

Pauline Marois a eu raison de le dire clairement hier : « Nous avons besoin de protection. » Ce n’est pas une honte, ni un aveu de faiblesse, ni (toujours) une obsession du repli. Ce ne sont pas de méprisables « béquilles », pour reprendre un des mots qui viennent spontanément à la bouche de Philippe Couillard, mots empreints d’un mépris à la Trudeau (Pierre Elliott).

 

Le nouveau premier ministre, en campagne électorale, a tout fait pour éviter le sujet. Quand il s’y est risqué, il a trébuché, de son propre aveu. Heureusement, il a formulé un regret à cet égard.

 

Mais il a maintenu à plusieurs reprises que la loi 101 n’avait pas besoin d’être améliorée. Que l’équilibre avait été atteint. Comme nous le réclamions en ces pages récemment, il doit prendre en compte les juges de la Cour supérieure qui, dans un jugement tombé deux jours après le scrutin, ont soutenu que c’était au législateur québécois de « montrer la voie s’il estime que le visage linguistique français du Québec souffre d’une vague […] de marques de commerce de langue anglaise dans l’affichage public ».

 

Il faudrait aussi que la loi 101 s’applique aux entreprises privées à charte fédérale. Cela permettrait de franciser à Montréal les milieux de travail de plusieurs milliers d’individus. Deux professeurs de droit, David Robitaille et Pierre Rogué, ont éloquemment démontré dans Le Devoir (1er avril) qu’en vertu d’une nouvelle jurisprudence, la loi 101 doit s’appliquer à ces entreprises. Questionné à ce sujet, le chef libéral a relativisé l’avis des juristes d’une manière qui frisait le mépris. Qui sait, maintenant qu’il a son bureau dans l’édifice Honoré-Mercier, peut-être sera-t-il mieux inspiré ?


 
41 commentaires
  • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 17 avril 2014 03 h 33

    Combattez le véritable ennemi!

    Montréal est une métropole, pas une province, et c'est le seul endroit où l'anglais est présent comme dans toutes les grandes métropoles internationales d'ailleurs.
    Je chéris ma langue comme tout québécois que j'ai entendu se confesser sur la question.
    Je trouve cependant que nous avons tort de chercher à valoriser notre langue uniquement en multipliant les mesures pour contrer l'anglais comme s'il était notre péril.

    Si la langue souffre dans la province, c'est d'abord car elle est malmenée par les véritables québécois de souche et qu'aucune solution n'est proposée pour améliorer la qualité de cette splendide langue dont nous sommes tous orgueilleux. Pauline Marois parle toujours de lois et de langue mais elle n'a jamais fourni le moindre effort en vertu par exemple de promouvoir la littérature chez les jeunes et moins jeunes alors qu'il n'existe aucun moyen meilleur pour approfondir son amour, sa passion et sa connaissance d'une langue que la simple lecture.

    Finalement un autre excellent moyen de perfectionner son français, c'est en apprenant d'autres langues. Rendu à la quatrieme ou cinquième, c'est indicible l'érudition qui nous fut transmise sur notre propre langue après avoir eu constamment à effectuer des traductions. On devient bien plus émérite face à notre propre grammaire aprés avoir conquis par exemple l'anglais.

    Alors faites encore des lois à n'en plus finir, vous chassez un faux ennemi et je parie ma plume que jamais le français ne périra ici-bas ou comme le méprisant Monsieur Couillard le pense, j'opine qu'il n'y a pas de quoi sonner l'alarme contre l'anglais encore une fois. Je sais mon opinion être impopulaire mais le français ne sera jamais soigné si on ne fait qu'accuser l'anglais de le menacer, c'est parce que je le vénère que j'ose le dire. Ce qui menace le plus notre langue, ce sont les médias sociaux.

    • Louise Melançon - Abonnée 17 avril 2014 07 h 56

      Madame,
      Il faut tout faire pour protéger le français, notre langue et notre culture, la bien enseigner, la valoriser, la bien parler, mais aussi exiger des entreprises de permettre que les gens puissent travailler en français, et améliorer le visage français de Montréal. Tout cela n'empêche pas de savoir l'anglais quand on doit communiquer dans cette langue, mais ce n'est pas du même niveau.

    • Cyril Dionne - Abonné 17 avril 2014 08 h 05

      Que vous avez tord de dire que "vous chassez un faux ennemi". Le phénomène de l'assimilation est bien vivant présentement au Québec.

      Il n'y a pas que la langue française qui souffre en qualité chère dame, l'anglais n'est pas mieux parlé ailleurs dans votre merveilleux pays.

      Et en Ontario, on n'a pas besoin de conquérir l'anglais, c'est l'anglais qui va vous conquérir. C'est ce qu'on appelle l'assimilation. Et on verra la version québécoise bientôt...

    • Marko Werger - Inscrit 17 avril 2014 09 h 45

      "protéger le français, notre langue et notre culture"

      Encore une fois, M. Melançon, vous n'en êtes pas la proprietaire exclusive. C'est à tous le canadiens parce que c'est l'héritage commun du Pays.

    • André Martin - Inscrit 17 avril 2014 10 h 03

      You are one jovialiste, you madame!

    • Cyril Dionne - Abonné 17 avril 2014 17 h 36

      @ Marko Werger

      « C'est à tous le canadiens parce que c'est l'héritage commun du Pays. »

      Je suis Franco-Ontarien et je ne me sens aucunement Canadien. L'héritage commun du pays étranger dont vous parlez n'est pas le mien.

      Et je suis d'accord avec Mme Melançon. Si je suis forcé de parler, de travailler et de vivre en anglais en Ontario, il serait logique que les anglophones fassent de même en français au Québec puisque c'est la langue du peuple.

    • Raymond Turgeon - Inscrit 17 avril 2014 20 h 53

      Excellente analyse rendue avec sensibilité et une certaine poésie.
      Vous avez raison, le déni est méprisant.
      Pour ce qui est de vos attentes (énoncées avec une grande générosité) à l'égard de monsieur Couillard, don't set your hopes too high; il évitera toujours de froisser sa base électorale, sinon, le pouvoir lui échappera.

    • Yves Gauvreau - Inscrit 18 avril 2014 11 h 40

      Juste une petite correction madame Bouchard, Montréal ÉTAIT la métropole canadienne mais ce ne l'est plus depuis bien longtemps.

  • Josette Allard - Inscrite 17 avril 2014 06 h 10

    Êtes-vous bilingue

    Sans aucun doute lorsqu'on lit votre texte.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 17 avril 2014 08 h 46

      ... et losqu'on ne le lit pas, son texte, en avons-nous, des doutes? Si vous irrite que je vous reprenne à mon tour, j'accepterai volontiers que ce ne sont de ma part que malveillants enfantillages.

  • Denis Miron - Inscrit 17 avril 2014 06 h 28

    Que faire...?

    ...la mettre dans le vinaigre ou la donner au chat?

  • Normand Carrier - Inscrit 17 avril 2014 06 h 38

    Inch Allah ......

    Comme dirait les arabo-musulmans , Inch Allah , votre éditoriale est une liste très importante de ce que tout gouvernement responsable devrait faire pour la survie et l'amélioration de francais .... Force est d'admettre que Couillard et tous les gouvernements libéraux n'ont su que faire pour le fait francais et en niait même les reculs ...... Protéger le francais n'est pas être contre l'anglais ou l'apprentissage d'une troisième langue mais de s'assurer de ne pas institutionnaliser le bilinguisme au Québec et que cet apprentissage de l'anglais demeure un choix individuel ......

  • Francois Parent - Inscrit 17 avril 2014 06 h 57

    Envahi par les anglais

    Je vie à Montréal depuis 20 an et lorsque je marche dans la rue j'entends davantage la langue anglaise que le français. C'est minimiser les faits que de dire que le français n'est pas menacé. La population anglophone se multiplie à Montréal et ses environs. Les francophones ont aussi une part de responsabilité la soigner et de la respecter et de la défendre. Ce n'est que démontrer notre assimilation que de s'exprimer avec des immigrants en anglais.

    • Pierre Labelle - Inscrit 17 avril 2014 08 h 56

      Et moi j'habite à Gatineau et souvent je me surprend à penser que j'ai traverser le pont sans m'en apercevoir. C'est de la folie furieuse de prétendre que le français n'est pas menacé, comme c'est ridicule de vouloir rendre obligatoire l'apprentissage de l'anglais, avant même une bonne maîtrise du français. Écouter Eugénie Bouchard s'exprimer en français et vous comprendrez à quoi je fais référence.

    • Marko Werger - Inscrit 17 avril 2014 09 h 42

      Je ne comprends pas pourquoi la valeur d'une personne doive dépendre du fait si elle parle français ou pas (si tu le parles, tu vaux; si tu ne le parles pas, tu ne vaux rien, ta vie est inutile). Il y a des personnes qui ne le parlent pas et elles ne sont pas moins que vous. "Navel-gazing" c'est le bon mot pour cet absolutisme linguistique qui n'est que la mort d'une langue.

      Et surtout cette idée que c'est "notre langue, notre culture, seulement à nous, nous en sommes les prorietaires exclusifs" ne marche pas : personne n'a le monople d'une langue.

    • Louis Desjardins - Inscrit 17 avril 2014 09 h 43

      Je vis dans l'Est de Montréal (métro Langelier) depuis une trentaine d'années et je travaille dans la cité du Multimédia (square Victoria). Je constate aussi que le français perd du terrain partout, autant dans l'Est que dans l'Ouest de la ville. Je trouve cette situation inquiétante. Mais je suis surtout inquiet du fait que cette situation inquiète aussi peu de Québécois et de Québécoises francophones qu'ils soient de souche ou nouveaux immigrants. C'est probablement Philippe Couillard qui a raison, emploi, économie, santé...le reste est, somme toute, accessoire !

    • J-F Garneau - Abonné 17 avril 2014 10 h 44

      @monsieur Labelle, celui qui habite une maison en verre ne devrait pas lancer de pierres!

    • Marko Werger - Inscrit 17 avril 2014 14 h 08

      M. Desjardins,

      Dans la cité du Multimédia c'est en anglais que ça se passe !

      Aucune possibilité de dire "non, pas d'anglais". Si vous voulez y travailler, il faut maîtriser l'anglais très bien.

    • Raymond Turgeon - Inscrit 17 avril 2014 21 h 36

      Marko Wenger,
      Je suis un francophone et je parle aussi l'anglais, mais seulement aux personnes qui me respectent. Je souhaite aussi entreprendre l'apprentissage de la langue d'une des premières Nations; question de respect.
      Et last time I checked, la langue officielle au Québec, c'est le français, que vous le vouliez ou non; not a bilingual province (seulement le Nouveau-Brunswick).
      La langue de travail est aussi le français. Et si les irrégulatités persistent (que des francophones soit obligés de travailler en anglais, et qu'on ne puisse se faire servir en français partout au Québec) c'est parce que le libéraux protègent mieux la langue anglaise que la langue de leur propre pays, sans oublier qu'une des missions la charte canadienne des droits consiste à museler la loi 101. De plus, la cour Suprême est la gardienne des droits linguistiques des anglophones.
      Connaissez-vous une minorité francophone dans le ROC qui ait autant de privilèges que la minorité anglophone du Québec? Personne ici ne veut ''bouldozer'' les anglophones, mais la communauté anglophone est difficile à rassurer, et elle fait preuve de peu de respect à notre endroit.
      Il ne s'agit vraiment pas d'accorder une valeur aux personnes qui parlent français ou anglais, c'est simplement une question de respect de la nation qui vous accueille à bras ouverts.