Au-delà des résultats

Philippe Couillard a remporté une victoire décisive lundi avec l’élection de 70 députés. À la tête d’un gouvernement majoritaire, il aura maintenant la chance d’orienter le développement du Québec. Quelle sera sa grande bataille ? Difficile de le dire, car dans cette campagne électorale il s’est gardé de révéler sa vision de l’avenir de la société québécoise.

Un rapide retour sur le déroulement de la campagne de Philippe Couillard montre que sa conversation avec les Québécois s’est articulée très classiquement autour de ses engagements électoraux. Chaque jour apportait sa promesse, parfois consistant en un appui à un projet local, parfois portant sur des enjeux plus significatifs, comme la relance du Plan Nord. Mais jamais il n’a situé ses engagements sous une vision inspirante susceptible de propulser le Québec dans l’avenir et de mobiliser les Québécois.

 

Le thème principal de la campagne libérale était l’économie. Pourquoi l’économie ? La réponse proposée fut toujours du premier degré. Pour créer des emplois, lesquels généreront des revenus à l’État qui aura alors la capacité de dispenser des services de qualité et de réduire les impôts. On ne sera pas contre la vertu, mais sa promesse de créer 50 000 emplois par année aurait pu prendre un autre sens si on l’avait rattachée à une volonté de partage de la richesse et de solidarité que ne manquait jamais d’évoquer un Robert Bourassa lorsqu’il parlait de croissance économique.

 

Le but de la campagne libérale était de répondre aux attentes d’électeurs à qui il ne faut pas dire plus que nécessaire. Mais ce faisant, c’est comme si ce parti avait renoncé à centrer son action autour d’objectifs qui ont déjà été au coeur du discours libéral, comme l’environnement et le développement durable, dont Jean Charest avait fait l’axe de l’action économique de son gouvernement. Ce fut le silence complet sur ce sujet, autour duquel pourtant se redéfiniront ces prochaines années tous nos comportements tant de consommateurs que de citoyens.

 

On ne peut affirmer au terme de cette campagne, où pendant 33 jours Philippe Couillard s’est exposé à la vue de tous, qu’il n’est pas un visionnaire, car il ne se livre pas. Ceux qui l’ont côtoyé durant cette période ont constaté qu’il a pour réflexe de se cantonner dans une certaine réserve qu’il appelle lui-même sa « neutralité émotive » quand on l’invite à se dévoiler.

 

Le praticien qu’il a été en médecine aime plutôt se voir comme un pragmatique qui règle des problèmes plutôt que de mener des débats sur l’identité ou sur l’avenir de la planète. À sa première conférence de presse comme premier ministre élu, c’est ce politicien pragmatique qu’on a vu mardi. Il avait toutes les réponses, histoire de montrer qu’il sait où il va.

 

D’emblée, le chef libéral veut imposer un rythme à son gouvernement. Les décisions seront rapides. La relance du programme d’infrastructures à plein régime n’attendra pas. Elle se fera dès l’assermentation de son gouvernement. Il entend par ailleurs reprendre dès le retour à l’Assemblée nationale l’étude du projet de loi Mourir dans la dignité pour une adoption rapide.

 

Le gouvernement que veut Philippe Couillard en est un de résultats. Des résultats mesurables en nombre d’emplois, en recettes fiscales et en amélioration de services. Ce sont là de « vraies affaires ». Mais être premier ministre ne consiste pas qu’à s’occuper de ce qu’on pourrait appeler les « livrables », mais aussi à orienter le développement social, voire moral, de la société québécoise tout entière. Il a employé dans cette campagne le mot « ensemble » pour faire appel aux électeurs qui se sentaient exclus par les politiques péquistes. Ils ont voté pour lui de fait, mais il ne doit pas oublier les quelque 60 % de Québécois qui ont voté pour d’autres.

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