Qui, après Pauline?

L'engagement politique de Pauline Marois est fini, terminé, appartient au passé. Un chef, un autre, qui est renvoyé à sa vie privée par des électeurs qui ont envie d’autre chose. Encore récemment, Gilles Duceppe et Jean Charest sont ainsi passés à la trappe. La dure loi de la démocratie ne s’embarrasse pas des états de service le jour où souffle un ardent désir de changement.

 

Il y avait néanmoins beaucoup de tristesse à voir Pauline Marois ainsi battue. Elle a beau avoir ses responsabilités dans la gifle électorale subie par le Parti québécois, sur laquelle nous reviendrons, sa défaite personnelle était crève-coeur. Peu importent les allégeances, ce que représente madame Marois a toujours dépassé ce qu’elle est : la preuve que l’ambition politique pouvait se conjuguer au fait d’être enceinte jusqu’aux oreilles, d’être coquette, de trouver l’équilibre travail-famille, de s’assumer femme en faisant partie de la mêlée.

 

Cet exemple-là reste rare. Les partis politiques ne manquent pas d’élues compétentes. Mais lundi, le recul du nombre de députées (sept de moins par rapport à 2012, le quart des sièges plutôt que le tiers) a rappelé que la représentativité féminine n’est pas un acquis. Alors devenir chef… Il n’y avait pas de femmes en lice quand il s’est agi de remplacer Jean Charest ; François Legault n’en a que pour ses vedettes masculines ; et au Parti québécois, lundi, on n’a même pas attendu que madame Marois ait tiré sa révérence pour que trois prétendants, sans « e », prennent d’assaut la scène, éclipsant celle qui partait.

 

Une éclipse qui a ponctué toute la carrière de Pauline Marois. Il lui a fallu diriger tous les grands ministères avant de pouvoir enfin, après deux tentatives, accéder à la tête de son parti — et encore, même ces dernières semaines, le chef de la Coalition avenir Québec ne l’a qualifiée que de travailleuse sociale. Quant à sa victoire historique de septembre 2012, alors qu’elle devenait la première première ministre du Québec, elle lui fut volée par un attentat odieux, dont on aurait dû s’émouvoir davantage.

 

Pauline Marois a néanmoins préparé la voie, montré que c’était possible. Il n’y avait pas de femmes chefs quand elle s’est lancée en politique en 1981. Ce n’est plus le cas : on pense à Françoise David ou au monde municipal, plus riche de références — la jeune Mélanie Joly n’a-t-elle pas eu l’audace, à Montréal, de créer son propre parti ? On reste quand même dans la marge. Et les femmes qui dans les grands partis se démarquent — comme Véronique Hivon au PQ — n’apparaissent pas incontournables. On risque donc d’attendre encore longtemps la deuxième femme qui dirigera le Québec. Il faut le dire : cela fait aussi partie des revers de ce lundi 7 avril.

21 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 8 avril 2014 22 h 27

    Stratégie 101

    Madame Marois aurait dû composer avec la CAQ et donner l'exemple d'un gouvernement capable de consensus; les québécois auraient apprécié.
    «Partir» en élection était un énorme risque stratégique, qui n'a rien à voir à ce qu'elle soit une femme ou un homme.
    Question: comment ne pas perdre ses élections?
    Réponse: ne pas les déclancher.

    • François Dugal - Inscrit 9 avril 2014 08 h 35

      Qui va succéder à madame Marois? Je n'ai aucune idée de qui sera cette personne, mais je la plains.

  • Bernard Lorazo - Abonné 9 avril 2014 06 h 51

    Tout d'abord un grand merci à Mme Marois qui, pendant plus de trois décennies, était au service du Québec et a fait avancer ce dernier.
    Il est dommage que son gouvernement n'ait pas su composer avec l'Opposition pour ce qui concerne la Charte des Valeurs Québécoises (qu'il eut mieux valu appeler Charte de la Laicité) et la Loi portée par Mme Hivon.
    Cette dernière loi aurait du être votée avant les élections mais l'obstination des partis d'opposition à vouloir faire comparaître Mme Marois et son conjoint en commission parlementaire, ont fait avorter ce projet très consensuel. Même si M. Couillard a promis de représenter ce projet, il reste qu'il sera associé au Parti Libéral plutot qu'au Parti Québécois, ceci expliquant peut-être cela.
    Quant au déclenchement des élections par Mme Marois, faut-il rappeler que les partis d'opposition voulaient démettre son gouvernement sur le budget avant même d'en connaitre la teneur? Comportement irresponsable déjà illustré il y a quelques années par M. Dumont pour qui l'opposition devait voter contre le budget. Les chose n'ont pas donc changé.
    Finalement, pour avoir réellement des élections à date fixe même dans le cas d'un gouvernement minoritaire, il faudrait interdire à l'opposition de renverser le gouvernement et forcer ainsi ce dernier à composer avec les partis d'opposition.

    • Loraine King - Abonnée 9 avril 2014 10 h 10

      M. Lorazo, les partis d'opposition n'ont jamais signifié qu'ils voulaient faire tomber le gouvernement. L'opposition peut toujours voter contre un budget sans défaire le gouvernement, en s'assurant qu'il n'y ait pas assez de députés en chambre pour défaire le gouvernement. C'est la raison d'être des whips dans les parlements.

      Madame Marois est entièrement responsable du choix de la date de cette élection.

      Nous ne pouvons pas avoir des élections à date fixe sans amender la constitution canadienne. Enlever le droit aux députés de retirer sa confiance au gouvernement c'est le retour à une monarchie absolue. La plupart des Québécois sont des démocrates.

      Quant à la Charte des valeurs elle était loin d'être consensuelle auprès de l'électorat traditionnellement péquiste en particulier. Je crois que c'est ce projet de loi qui fait que le PQ se retrouve avec le pourcentage de vote le plus bas depuis 1970.

    • J-F Garneau - Abonné 9 avril 2014 12 h 17

      Monsieur Lorazo, soyez prudent... le PQ a déjà joué à ce jeu là aussi par le passé, par exemple en 2007 ils avaient annoncé à l'avance qu'ils ne voteraient pas pour le budget pas encore déposé...

      Or, l'excuse utilisée par Mme Marois a été que "de toutes façons" l'opposition voterait contre. La vraie raison c'est que les sondages la montraient gagnante et majoritaire. Elle a donc déclenché des élections.

      Comme vous dites les choses n'ont pas changé.

      Par contre avec un peu d'effort et un peu d'eau dans son vin, sur la charte et quelques éléments du budgets, l'opposition ne l'aurait pas supportée, mais pas nécessairement défaite.

    • Nicole Moreau - Inscrite 9 avril 2014 12 h 33

      à madame King,

      moi qui ai une formation en sciences politiques, je sais très bien qu'un gouvernement minoritaire battu sur le budget présenté est défait, les 2 partis, PLQ et CAQ, avaient dit qu'ils voteraient contre ce budget, donc le gouvernement serait tombé d'ici Pâques de toute façon. Comme les chefs avaient pris un engagement ferme devant les médias, les whips n'auraient pas "organisé" le vote.

      d'après les sondages, il y avait une majorité de Québécois qui étaient favorables à la Charte, donc...ce n'est pas un argument

    • Loraine King - Abonnée 9 avril 2014 12 h 59

      Madame Moreau - S'il fallait se fier au sondage, Kim Campbell aurait gagné haut la main en 1993, Jean Chrétien ne serait jamais devenu premier ministre du Canada et Pauline Marois contrôlerait aujourd'hui une majorité à l'Assemblée nationale. Le sondage est un argument qui ne prouve rien.

      Les chefs n'avaient pas pris un engagement public de défaire le gouvernement. Ils on prit un engagement public de voter contre le budget. Viviez-vous au Canada lorsque sous le gouvernement minoritaire Harper tous les votes étaient des votes de confiance et que Stéphane Dion s'abstenait de voter plutôt que de précipiter une élection ? Un parti peut voter contre un budget et s'arranger pour ne pas faire tomber le gouvernement.

      Madame Marois a l'entière responsabilité d'avoir demandé la dissolution. Vous qui avez une formation en science politique savez qu'elle aurait aussi pu, suite à une défaite en chambre, remettre la démission de son gouvernement au LG et lui laisser le choix de dissoudre l'Assemblée nationale. Au moins elle aurait ainsi respecté l'esprit de sa dite loi sur les élections à date fixe.

  • Jacques Dumont - Inscrit 9 avril 2014 07 h 41

    un seul nom

    un seul nom me vient véronique hivon

    • Yvon Bureau - Abonné 9 avril 2014 10 h 53

      D'accord avec vous : Véronique Hivon

  • François Desjardins - Inscrit 9 avril 2014 07 h 44

    Titre en porte à faux.

    Votre article aurait dû être titré: «Les femmes en politique» ou quelque chose du genre.

    [...] et encore, même ces dernières semaines, le chef de la Coalition avenir Québec ne l’a qualifiée que de travailleuse sociale.[...] Merci pour les gens qui sont concernés par le « que » ...

    J'en ai un peu assez de voir des gens «sexuer» les questions.

    Quant à moi, il y a des PERSONNES, point. Et ce qu'elles valent.

    • François Desjardins - Inscrit 9 avril 2014 08 h 04

      Mes excuses: lu trop vite... je n'avais lu que le «Qui, après Pauline?»

    • François Desjardins - Inscrit 9 avril 2014 08 h 04

      Mes excuses: lu trop vite... je n'avais lu que le «Qui, après Pauline?»

    • François Desjardins - Inscrit 9 avril 2014 08 h 04

      Mes excuses: lu trop vite... je n'avais lu que le «Qui, après Pauline?»

    • François Desjardins - Inscrit 9 avril 2014 08 h 04

      Mes excuses: lu trop vite... je n'avais lu que le «Qui, après Pauline?»

  • Colette Pagé - Inscrite 9 avril 2014 11 h 05

    Véronique Hivon, futur PM !

    Cette femme exceptionnelle calme, pondérée qui démontre une grande qualité d'écoute représente ce que veut dire "Faire de la Politique Autrement". Elle abhorre la polémique, n'a pas la langue de bois et est la démonstration vivante de ce que la démocratie exige de ses représentants. Un modèle à suivre qui fait l'unaminité parmi les parlementaires de tous les partis.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 9 avril 2014 12 h 27

      D,accord avec vous,Monsieur Gélinas. J-P.Grisé