La sanction

La première ministre Pauline Marois voulait un gouvernement majoritaire. Elle le croyait à portée de main ce mercredi 5 mars en déclenchant cette élection. Le pari n’a pas été tenu. L’échec est cuisant. Pour elle, défaite dans Charlevoix. Pour le Parti québécois. Pour le projet souverainiste.

 

Les raisons en sont multiples. La campagne libérale, menée en contrepoint de celle du PQ, consista à tirer parti des erreurs de l’adversaire. Le chef libéral, Philippe Couillard, avait raison de dire dimanche qu’il avait comme seul regret sa déclaration sur le bilinguisme. Il est vrai qu’il a fait peu d’erreurs comparativement à la première ministre. Victoire méritée pour lui.

 

Les erreurs du camp péquiste ont été d’abord des erreurs de communication. La première journée de Pauline Marois passa à la trappe. Fut retenu son refus, à la manière de Stephen Harper, de parler à la presse. Puis vint la mise à l’écart inattendue de la fidèle Marie Malavoy. La première ministre chaleureuse et surtout ouverte, qui s’était imposée pendant l’été de Lac-Mégantic n’était plus là. Déterminée, oui, mais dure, comme elle le montra plus tard en participant à une bataille de boue. Rendue là, elle avait compris que la victoire espérée lui glissait des mains.

 

Le véritable tournant de l’élection est attribué à l’entrée en scène de Pierre Karl Péladeau. Sa déclaration sur la souveraineté fut instrumentalisée par les libéraux, transformant l’élection en un référendum sur le référendum. Aveugles, les stratèges péquistes ne l’avaient pas vu venir. Bien avant l’arrivée du président de Québecor, les libéraux disaient pourtant vouloir aller sur ce terrain.

 

Le piège était inévitable. Comment demander à des souverainistes de ne pas parler de souveraineté en campagne ? Impossible ! Mais tout aussi impossible de ne pas prêter flanc aux attaques quand l’opinion publique n’est pas favorable à ce projet qui plafonnait au déclenchement des élections à 30 %. Que pouvait donc répondre d’autre Pauline Marois à la question « à quand un prochain référendum », sinon que ce serait « quand les Québécois seraient prêts ». Depuis qu’elle est chef du PQ, c’est la réponse qu’elle a toujours faite. Sauf qu’elle ne s’attendait pas à ce que Philippe Couillard adopte un ton si vindicatif, à la Radio X de Québec, pour presser les Québécois à se débarrasser du PQ.


***
 

Cette défaite est plus sévère que celle subie en 2007. Sous la direction d’André Boisclair, le PQ n’avait alors recueilli que 28,4 % des voix. C’était moins que ce que le PQ avait obtenu en 1973 à sa deuxième élection. Là, c’est 25,4 %, ce qui le rapproche du score réalisé en 1970 à sa première expérience électorale où il avait obtenu 23,1 % des voix. C’est tout dire. Pour Pauline Marois, il s’agit d’un revers personnel puisqu’elle avait cru pouvoir relancer son parti. Elle était en droit d’y croire, ayant réussi en 2012 à ramener son parti au pouvoir. Défaite dans Charlevoix, sa démission comme chef était inévitable.

 

Pour comprendre ce qui vient de se passer, on ne peut pas ne pas évoquer ce qu’elle disait au moment de prendre la succession d’André Boisclair. Soulignant la baisse constante de son parti depuis 1994, elle invitait ses militants à ne pas voir dans la défaite qu’ils venaient de subir un simple accident de parcours. Elle expliquait « que dans notre désir de faire ce que nous croyions être le mieux pour les gens, nous avons oublié d’entendre ce qu’eux considéraient être le meilleur pour eux-mêmes ». Puis elle les invitait à mettre fin au débat stérile sur « la date, le jour, l’heure du référendum » pour, à la place, affirmer haut et fort l’identité et les valeurs des Québécois.

 

Cette défaite est un rappel de celle du Bloc québécois à l’élection de mai 2011 alors qu’il avait recueilli 23,4 % des voix. Il y a un lien à faire. Ce n’est pas la fin du mouvement souverainiste. Ne croyons toutefois pas que cette défaite est le fruit que d’une série d’erreurs tactiques. Il y a dans ce résultat une sanction envers le gouvernement Marois et le Parti québécois.

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83 commentaires
  • Denise Lauzon - Inscrite 8 avril 2014 03 h 53

    La peur a gagné


    Le spectre d'un référendum que P. Couillard a brandi tout au long de la campagne électorale a eu raison du PQ.

    Cette vague libérale a frappé aussi fort que la vague NPD au Québec lors des dernières élections fédérales. Il y a cependant une différence puisque la vague libérale s'est construite sur la peur alors que la vague orange l'a été sur la sympathie qu'inspirait Jack Layton.

    • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 8 avril 2014 08 h 13

      Le 'spectre du référendum' existe depuis René Lévesque. Il n'y a rien de neuf là-dedans. Par contre, le PQ proposait aussi une charte essentiellement contestée. Être pour ou contre la charte équivalait à une sorte de référendum sur les valeurs. Que conclure, sinon que ce parti ne mettait de l'avant que des questions 'divisives'. Il en est découlée la campagne électorale la plus inepte qu'on ait connue. D'autant plus inepte, du reste, qu'elle n'était pas nécessaire.

      Le PQ me paraît actuellement pris en otage par un quarteron d'idéologues parfaitement déconnectés de la réalité. Des gens brillants, à n'en pas douter, dont les plans sur papier mènent au désastre. «Avec le parti libéral, il n'y aura pas de charte», a tragiquement clamé Bernard Drainville du haut de sa chaire épiscolale laïque. «Et alors? ...», ont répondu, goguenards, les Québécois.

      Et alors, en effet.

      Desrosiers
      Val David

    • Léandre Nadeau - Inscrit 8 avril 2014 12 h 05

      L'erreur principale du PQ
      Le PQ a fait plusieurs erreurs, mais une seule l'a coulé vraiment, celle d'avoir mal analysé la volonté populaire avant les élections. Si le peuple était pour la charte, (près de 70% des francophones étaient pour l'interdiction des signes religieux), par contre il rejetait massivement un référendum dans le prochain mandat. Une bonne analyse de la situation avant les élections aurait dû être faite et présentée au Conseil national du PQ afin qu'un engagement clair soit inscrit dans la plateforme électorale du PQ à l’effet qu’un référendum ne serait pas tenu dans le prochain mandat puisque les Québécois n'étaient pas prêts. Dire qu'il n'y aurait pas de référendum tant que les Québécois ne seraient pas prêts n'est pas suffisant. Quand on sait qu'ils ne sont pas prêts, on devrait les écouter et poser les engagements en conséquence. Sinon, ça sent la magouille. Entre celle du PLQ sur la collusion et celle du PQ sur le référendum, les Québécois ont jugé que celle du PLQ était la moins risquée.
      Avec un engagement clair à ne pas tenir de référendum dans le prochain mandat, toute la campagne du PQ aurait été différente. Le PQ aurait pu faire valoir un bilan positif, une équipe exceptionnelle, des projets importants à poursuivre. Il aurait récolté 40% des votes et le PLQ 30%. Et le Québec aurait avancé durant les quatre prochaines années plutôt que de reculer comme ce sera le cas avec le PLQ. Le PQ et ses têtes d'affiche doivent apprendre à dissocier clairement leur projet à long terme, y incluant un référendum, et l'exercice du pouvoir à court terme. À mon avis, les intérêts supérieurs du Québec exigeaient de mettre de côté le référendum à court terme afin de rester au gouvernement pour poursuivre le travail amorcé sur les fronts de l'intégrité, des valeurs, du français, de l'économie et des finances publiques. Cela n’aurait pas signifié de remettre en question l’orientation fondamentale en faveur de la souveraineté.

    • Louka Paradis - Inscrit 8 avril 2014 12 h 10

      Les résultats de cette élection sont presque surréalistes... Pourtant, je continue à croire qu’une société ne se résume pas à des stimuli-réponses et à des stratégies. Dans tout peuple, il y a une âme qui palpite et qui rêve. Nous voyons où elle en est dans sa trajectoire et nous pourrons continuer à travailler à partir de ce constat. Je ne désespère pas de mon peuple, même si dans l’immédiat, cette défaite m’attriste beaucoup.

      Je crois que les Québécois francophones ne mesurent pas la perte d’une personne comme Mme Marois et de plusieurs riches personnalités de son équipe, comme Pierre Duchesne, Daniel Breton, etc. Les jugements de valeur, les accusations, la mesquinerie et la vengeance triomphent malheureusement sur les réseaux sociaux et dans la faune journalistique. Notre peuple est assiégé de toute parts. Il nous faut continuer le combat, chacun au meilleur de ses compétences et de ses talents, tout en réanimant une de nos valeurs traditionnelles parmi les plus fortes : la solidarité. Et que vienne le printemps !

    • Nicolas Vincent - Inscrit 8 avril 2014 15 h 08

      "Si le peuple était pour la charte, (près de 70% des francophones étaient pour l'interdiction des signes religieux)"

      C'est vrai, mais il faut comprendre un autre point important: pour les Québécois, la Charte était au bas de leur liste de priorités. Il y a une sacrée marge entre dire "ouais, ça m'a l'air d'être une bonne idée" et "la charte trompe tout, il nous faut la charte telle quelle et je vote PQ à cause de la charte!"

      Je l'ai exprimé souvent sur ce forum, je suis contre la charte, et en particulier le 20% de la charte qui est controversée. Mes je connais beaucoup de personnes qui, si elles étaient favorables pour la charte dans son entièreté, n'y accordaient pas beaucoup d'importance au moment de voter. Et pour plusieurs, le premier débat a été une révélation: tous les partis s'entendent sur 80% de cette foutue charte, alors pourquoi pas de compromis, pourquoi nous entraîne-t-on en élections pour ça?

      C'était là, selon moi, une énorme erreur stratégique du PQ.

    • Mohamed Sow - Inscrit 8 avril 2014 15 h 34

      @ Louka Paradis
      J'espère que vous allez regarder le monde à travers des lentilles différentes au lieu de voir un peuple assailli de toutes parts.

    • André Gervais - Inscrit 8 avril 2014 15 h 35

      Parfaitement d'accord avec Léandre Nadeau. La peur du référendum habite les québécois, et les Libéraux le savent. Pourquoi se priveraient-ils de cet argument? Le PQ doit retrouver une stratégie de gouvernance, qui inclut à mon sens un engagement ferme de ne pas tenir de référendum au cours du mandat. Avec un niveau d'appui à l'indépendance qui ne dépasse jamais les 40% depuis 15 ans, une relève qui n'est pas au rendez-vous et une cohorte de 50000 nouveaux arrivants chaque année, continuer dans la voie actuelle nous condamne aux banquettes de l'opposition. Les puristes de l'indépendance n'aimeront pas; ils n'auront qu'à aller à Option nationale.

    • Mario K Lepage - Inscrit 8 avril 2014 17 h 52

      @Mr Luc Paradis Plus difficille de faire une introspection et de reconnaître ses torts... Ce serait le début d'un renouveau! Pour le PQ et pour vous, c'est toujours la faute des autres....

    • Gaetane Derome - Abonnée 8 avril 2014 19 h 17

      Malheureusement,M.Sow,si les liberaux ne mettent pas en place une charte de la laicite,les problemes ne feront que s'accentuer.La meilleure medecine c'est toujours la prevention.Il en est de meme en ce qui concerne la paix sociale et le vivre-ensemble.

  • Jean-Pierre Bouchard - Inscrit 8 avril 2014 04 h 13

    Un rejet à évaluer plutôt que la sanction d'un court règne

    Réaction devant certains points. Le PQ devait rappeler la question trouble de l'intégrité propre aux libéraux. Quant à la sanction contre le gouvernement, il menait dans les sondages au moment de l'élection c'est plutôt la polarisation référendaire qui effectivement a servi de déclencheur à cette défaite raclée à travers des facteurs divers dont la contre performance de P.Marois dans la campagne. D'autre part, l'existence de la CAQ et de QS se détermine surtout fatal contre le PQ comme si l'échec du deuxième référendum avait brisé la moitié du souffle du PQ ouvrant la porte à la troisième voie adéquiste à partir de 2003 puis à celle de QS à partir de 2008 sans oublier la tentative d'O.N en 2012. Si par l'existence de la CAQ, le PLQ est incapable de dépasser 42% depuis longtemps ça ne l'empêchera pas de gouverner 14 ans depuis 2003 jusqu'en 2018. Le PQ lui est écartelé par trois partis qui veulent le remplacer. Pourquoi la CAQ et QS ont arrachés 15% au PQ de son traditionnel 40%? Parce que le PQ s'est usé à jouer une souveraineté éventuelle sans pouvoir se brancher pour une bonne séquence soit comme autonomiste officiel, soit souverainiste officiel avec 15% des voix s'il le faut, définitivement à droite ou définitivement à gauche. En plus, depuis L.Bouchard, autre facteur, le PQ n'a pas connu de leader charismatique capable de renverser exemple l'influence des radios privées résolument antipéquistes à Québec et maintenant à Montréal. Le phénomène voulant que les 18-50 ans francophones se partagent entre tous les partis avec une préférence légère pour la CAQ ou le mouvement plus ou moins libertarien indique t'il une recomposition politique visible dans le 450?

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 8 avril 2014 11 h 24

      À M. Bolher et Mme lauzon

      M. Bolher vous avez un grave problème de calcul. 40% des Québécois (dont 10% d'anglophones, ce qui ne change rien au 40%) qui n'ont rien à faire avec l'avenir du Québec selon vous. Mais... qu'est-il arrivé du 60% restant? Il se sont abstenu, sont parti en vacances?

      Encore un discours de colonisés pour ne pas voir les choses comme elles sont, essayer de comprendre. pour l'avenir, justement.

      Mme lauzon, vous écrivez "Le spectre d'un référendum que P. Couillard a brandi tout au long de la campagne électorale a eu raison du PQ.".

      Premièrement cela est faux, ce n'est qu'après l'entrée en scène de Péladeau que Couillard s'est mis à agiter le spectre d'un référendum, avant il peinait à se disctinguer, tout en commettant des erreurs, alors c'est loin d'être tout au long de la campagne. La défaite est venu d'ailleurs et de loin, c'est-à-dire avant même que la campagne du P. q. soit officiellement lancée.

      La charte, en partie, divisait fortement l'électorat québécois, et ce fut encore pire après l'arrivée mal controlée de Péladeau qui, bien involontairement a donné de la corde à Couillard. Marois et Drainville en sont responsables et trop de députés du P. q. sont resté muets l'affaire Péladeau (tiens don') Labaume leur ayant bien signifié qu'il pouvait leur en coûter très cher de s'exprimer librement dans le P. q. de Marois. Que d'électoralisme dans la compagne du P. q. et ce avant même qu'elle soit lancée. Et ensuite on parle d'un Québec libre...

  • Carl Lustig - Inscrit 8 avril 2014 05 h 23

    Virage à droite n'a pas été payant...

    Il était clair depuis l'élection de 2012 que les stratèges du parti opéraient un virage à droite qui fut notamment incarné dans le surinvestissement politique dans le projet de charte et le pusilanisme démontré dans plusieurs dossiers (fiscalité, mines, etc.). Pendant la campagne, cela fut incarné par l'arrivée tant désirée par certains de PKP. De penser que le bilan en relations de travail de PKP n'allait pas refroidir les ardeurs d'une partie de sa base démontre la déconnection de la direction du parti d'avec sa base (le fameux "pain béni" de Françoise David).

    La posture sectaire du PQ avec QS et ON depuis septembre 2012 a également été une occasion perdue de rebâtir les ponts avec les conséquences que l'on voit aujourd'hui.

    En espérant que tous les souverainistes tireront les leçons des égarements sectaires et partisans qui ont mené à cette débâcle.

    • Marie-Maude Lalande - Inscrite 8 avril 2014 16 h 51

      La posture sectaire du PQ avec QS? J'ai mon saint-sifri de voyage..

      Ok, là je lâche les médias pour vrai. Non mais...

  • michel caron - Inscrit 8 avril 2014 05 h 36

    Souveraineté et défaite...

    Le PQ a parlé de référendum 3 jours et les sondages donnaient l'option à environ 40%. Puis le même refrain que nous entendons depuis 1996, non ce n'est pas une élection référendaire, n'ayez pas peur etc. Comment un parti peut inspirer un peuple pour son article premier s'il est le premier à avoir peur d'en parler. Curieusement l'option à 40% et un parti qui ne récolte que 26% les fins analystes nous disent que c'est l'option qui plombe le PQ. Moi je crois que c'est le PQ, tel que nous le connaissons qui plombe l'option.
    Puis je vois déjà d'autres analystes écrirent que le PQ n'est pas assez à droite, alors qu'à l'élection de 2012 le programme était plus progressiste et il a obtenu 6% plus de vote.
    Ne serait-il pas temps d'essayer un PQ ou autre plus à gauche et vraiment souverainiste. Passons du "il n'y en aura pas de référendum... à moins que les Québécois en veulent un." À "Nous vous demandons un mandat de faire un référendum au meilleur moment possible!
    Michel Caron

  • Jacquelin Beaulieu - Abonné 8 avril 2014 06 h 53

    Dure lendemain .....

    Défaite amère sans aucun doute mais une autre fois le PQ , ses leaders et ses militants sauront remonter la pente comme en 2007 ..... Il faudra se ré-évaluer et prendre son temps car quatre longues années seront nécessaires pour faire les bons choix et choisir le meilleure chef pour le moyen terme ......