Parlons enfin santé

Les maux de la santé au Québec n’ont jamais varié au fil du temps, tout comme leurs solutions d’ailleurs. Mais on ne les applique pas. Les vraies promesses à réaliser, ce sont encore celles qui existent depuis des années.

Retour à janvier 2002 : le rapport Clair sur les services de santé et les services sociaux, largement salué à sa sortie, a un an. L’heure est à un premier bilan, auquel se livre Le Devoir. De quoi est-il alors question ? De services de première ligne, de groupes de médecine familiale (GMF), de réorganisation des urgences, de meilleure répartition des médecins, d’informatisation des dossiers, de prévention, de services aux aînés…

 

Mais rien, ou presque, n’a bougé. Une ligne du texte résume la situation : « La réponse du gouvernement se révèle jusqu’ici timorée, désorganisée, imprécise. »

 

En 2014, on en est encore là. Et le constat de l’époque que les changements sont appliqués à la pièce, que tout peut se négocier, qu’on se perd dans la « structurite » et l’obsession budgétaire, et qu’il n’y a pas de vision globale s’applique encore aujourd’hui.

 

On en conclut donc, éternel cliché, que la santé est un gros bateau — comme l’est l’éducation. Sauf que celui de la santé est encore plus difficile à faire bouger puisque ses capitaines s’appellent médecins et qu’ils n’en font qu’à leur tête. On l’a encore mesuré jeudi, alors que Radio-Canada démontrait que les médecins ont eu droit à une augmentation record de leur masse salariale depuis 2006. Une scandaleuse exception dans un contexte de finances publiques exsangues.

 

Le Dr Alain Vadeboncoeur, spécialiste de l’administration de la santé, dit de son côté que, par leurs actions, les médecins déterminent en fait de 80 à 85 % des dépenses en santé. Ils sont donc incontournables. Le défi pour tout ministre est pourtant d’arriver à les contourner. C’est une bataille qui a cours depuis la création du système d’assurance maladie en 1970.

 

À ce défi s’en ajoute un autre, souvent oublié : peut-on cesser de jouer avec le gouvernail dudit bateau ? Peut-on prendre une direction et s’y tenir quelque temps sans qu’un ministre se sente obligé d’imprimer sa marque en y allant de son propre coup de barre ? Peut-on aussi dresser le bilan des réformes que chacun tient tant à imposer ?

 

Bien plus que les promesses elles-mêmes, c’est avec ces deux paradigmes en tête qu’il faut analyser la justesse des engagements électoraux actuels des principaux partis.

 

Lorsqu’il était ministre, Philippe Couillard a démontré son parti pris pour les médecins, permettant leur incorporation, ouvrant davantage la porte au privé. La proposition libérale des supercliniques, nouvelle structure dans un système déjà encombré, doit être considérée à sa face même comme une nouvelle faveur à des médecins perçus comme des entrepreneurs. C’est une piste à rejeter. À l’inverse, l’idée de Québec solidaire de miser sur les CLSC, véritable retour à leur mission d’origine, fait fi des réticences des médecins à leur endroit. La proposition, séduisante sur papier, est impraticable.

 

La Coalition avenir Québec est prête pour sa part à affronter le corps médical, notamment, ô sacrilège pour celui-ci, en modifiant leur méthode de rémunération. Mais les manières de François Legault n’ont pas manqué d’effets pervers quand il a été ministre de la Santé, augmentant la bureaucratie dans un réseau qui n’en manquait déjà pas. Les réformes en profondeur passées à la hache créent leur lot de dégâts. Il faut s’en méfier.

 

Reste donc le Parti québécois, qui entend peaufiner un travail commencé il y a… 12 ans : finaliser la mise en place des GMF ; établir une politique nationale de prévention, un plan d’action en santé mentale, un guichet unique pour prendre rendez-vous… Il y manque toujours des moyens, une vision globale. Mais aller au bout de quelques idées, ne serait-ce pas ça, le vrai changement ?

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