Ménage à Ottawa

On le perd de vue pour cause de campagne électorale remuante au Québec, mais ce n’est pas la grande forme actuellement pour Stephen Harper, qui ne cesse de se déliter. Après une année 2013 dominée par le scandale des dépenses au Sénat, deux cas récents le placent en mauvaise posture. Encore.

 

Vendredi dernier, le gouvernement conservateur a déposé son projet de loi budgétaire qui mêle et emmêle tout sur son passage. Cette fois, il s’agit de 350 pages où l’on va du péage du pont Champlain jusqu’au transport de matières dangereuses, en passant par le changement de nom de la marine et de l’aviation — bel et bien devenues royales. La manoeuvre fourre-tout, pratiquée depuis 2007, sert à bloquer les débats parlementaires et à plonger l’électorat dans la confusion.

 

Mais les conservateurs commencent à s’y noyer eux-mêmes. C’est dans la Loi sur le budget de l’an dernier que se trouvait la brèche qui aurait permis la nomination du juge Marc Nadon à la Cour suprême. Les juges se sont rebiffés, et la défaite, récente, a été cuisante pour Stephen Harper. On l’a vu mardi, il n’en est pas encore revenu.

 

Dimanche s’est ajoutée une autre défaite, tout aussi dure, tout aussi symbolique : le départ forcé du directeur exécutif du Parti conservateur, Dimitri Soudas, l’homme de confiance de M. Harper, que celui-ci avait nommé à son poste en décembre pour préparer (en fait sauver) l’élection de 2015.

 

Méconnu du grand public, mais célèbre pour quiconque suit de près l’activité parlementaire fédérale, M. Soudas a dû « démissionner » pour avoir manoeuvré en faveur du parachutage de sa fiancée, déjà députée conservatrice, dans une nouvelle circonscription. Madame Eve Adams entendait désormais se présenter là où le couple demeure, et l’ingérence soutenue de M. Soudas pour l’aider à s’imposer (utilisant la banque de données du parti, congédiant un directeur régional) a soulevé la colère des conservateurs du coin.

 

Les méthodes pas très subtiles de Dimitri Soudas sont dans la droite ligne de celles de M. Harper : ne jamais s’embarrasser de nuances pour arriver à ses fins. Quand il était directeur des communications du premier ministre, même des ministres d’expérience grommelaient contre M. Soudas. Mais personne n’aurait osé le dire au grand jour. Qu’aujourd’hui des conservateurs de la base aient osé s’élever publiquement contre lui au point qu’il parte est un message envoyé au premier ministre : le parti appartient à ses membres, pas aux favoris du chef.

 

Le prochain grand manitou électoral de M. Harper devra dès lors non seulement avoir sa confiance, mais aussi celle des troupes. Un vrai défi démocratique : sait-il encore en relever ?

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2 commentaires
  • Normand Murray - Inscrit 2 avril 2014 10 h 59

    On s'active.

    Infractions, démissions forcées ou remaniement voilà la solution pour l'absolution par l'oubli voilà la pureté conservatrice.

  • Benoit Toupin - Abonné 2 avril 2014 16 h 53

    Bizarre!

    Nous scrutons, à la loupe, les moindres gestes de nos politiciens à Québec; et ce qui se passe à Ottawa semble sans intérèt. Ce pays serait-il déjà sorti de nous? Et à ce point, qu'on y paie ses impôts sans le moindre souci de ce qui s'y passe...

    De la part des souverainistes, je pourrais comprendre, mais pour ce qui est des fédéralistes, le comportement est plutôt bizarre.

    Et pendant ce temps, les québécois fébriles de ce qui se passe dans leur vrai chez-eux, réorientent leur vote à la seule et très hypothétique possibilté d'un référendum annoncé par ceux qui ferait partie du camp du non, donc ceux qui ne sont pas intéressés à un tenir un. Bizarre n'est-ce pas?

    N'aurions-nous pas un petit ménage à faire dans nos idées? Dans notre mariage avec le Canada, il faut avouer que l'amour ne se manifeste pas beaucoup et que l'indifférence semble le seul moyen d'éviter la rupture.