Cruciales disciplines

Il n’est presque pas question d’éducation dans la présente campagne électorale. Cela est déplorable. De plus, lorsque le sujet est abordé, des questions de structures et d’infrastructures éclipsent rapidement tout le reste : droits de scolarité, financement, salaires, taille du ministère, destin des commissions scolaires, problèmes de « moisissures », etc.

 

Ce sont là des sujets importants ; mais il semble devenu presque impossible de débattre publiquement de questions fondamentales : « Que faudrait-il enseigner ? », par exemple. « Quelle devrait être la formation des maîtres ? » Les réponses en ces matières ne seront jamais définitives, bien sûr ; comme nombre d’autres questions en démocratie. Mais il faut au moins garder la discussion ouverte.

 

Il faut le saluer, le gouvernement péquiste ; minoritaire, il a eu le courage d’ouvrir le chantier de l’enseignement de l’histoire du Québec. Et le rapport Le sens de l’histoire, de Jacques Beauchemin et de Nadia Fahmy-Eid, nuancé et riche, déposé en février, mérite d’avoir des suites, peu importe quel parti accédera au pouvoir. Il a dégagé des consensus importants comme la nécessité d’enseigner l’histoire autour d’une trame chronologique continue, sur deux années (3e et 4e sec.).

 

Ce rapport soulignait aussi un problème fondamental : la faiblesse de la formation des enseignants en histoire (mais la remarque vaut au fond pour toutes les disciplines). « Comment l’enseignant peut-il initier ses élèves à des habiletés complexes, comme la lecture de sources d’époque ou l’analyse d’interprétations divergentes, dont il n’a pas fait lui-même l’expérience dans ses propres cours ? » Le prochain gouvernement devrait agir sur ce front : il faut revaloriser la formation disciplinaire des futurs maîtres. Depuis la réforme Chagnon il y a 20 ans, il est difficile pour les détenteurs d’une maîtrise ou de doctorat en chimie, en français, en histoire, etc. d’accéder au métier d’enseignant au secondaire. La raison ? En 1994, on a mis l’accent sur la pédagogie et la didactique dans la formation des enseignants.

 

Une idée fait son chemin dans toutes les familles politiques, et Québec solidaire, par exemple, la propose dans sa plateforme : afin de « mieux préparer les enseignantes et enseignants du primaire et du secondaire à leur profession », il faut axer désormais « la formation des maîtres sur une formation générale et disciplinaire solide, complétée par une formation en pédagogie ». En 2008, l’ADQ préconisait la même chose. Espérons que ce consensus s’imposera lui aussi, peu importe le parti qui accédera au pouvoir le 7 avril.

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8 commentaires
  • Colette Baribeau - Abonné 1 avril 2014 09 h 40

    Bientôt, un bacc. de 7 ans?

    Oui, revoir la formation des maîtres, celle qui de façon continue fait l'objet de critiques. Car cette formation à été très "révisée" et surtout sans aucune évaluation digne de ce nom. Un baccalauréat de 4 ans, 4 stages; on a ajouté deux disciplines constatant les pratiques des Commissions scolaires pour l'engagement et pour l'affectation des tâches (pour faire une tâche complète, on vous assigne des cours en histoire, par exemple). Plusieurs jeunes diplômés sont encore en situation précaire.
    Les salaires ont monté mais la profession attire des personnes bien spéciales: il faut aimer enseigner, aimer les jeunes, être passionné par une matière, savoir composer avec parents, collègues de travail, etc.; la reconnaissance, le respect et la considération sont trop peu souvent au rendez-vous.
    Une tâche plus difficile qu'avant et du soutien souvent absent.
    Il n'y a pas que les programmes ou la formation initiale qui plombent notre système d'éducation. Il y a aussi l'importance que chaque Québécois et Québécoise accorde à l'éducation et ceci ne se mesure pas seulement au budget qu'un gouvernement y affecte.
    Colette Baribeau, prof. retraitée

  • Pierre Bernier - Abonné 1 avril 2014 10 h 09

    État des lieux ?

    Le moment ne serait-il pas venu de faire le point global sur notre système d'éducation (volet primaire et secondaire) ?

    Une pause dans l'approche des réformes à la pièce aurait le mérite d'alimenter diagnostic(s) et axes de développement structurants (intégrés) sur un horizon acceptable... dans un domaine où les ajustements qu'à la marge finissent par un cumul (ou sédimentation) qui désarticule davantage qu'il ne solutionne.

  • François Tremblay-Vaillancourt - Abonné 1 avril 2014 10 h 55

    La perception d'une profession...

    Et si le problème était en partie -je dis bien en partie- dû à la perception négative de la profession enseignante souvent véhiculée dans la population? On valorise très peu nos « profs », et si l'on combine à cela un salaire tout au plus ordinaire ainsi que, contrairement à la croyance populaire, une charge de travail souvent démesurée (surtout en ce qui a trait aux nouveaux enseignants, qui sont parfois forcés d'enseigner plusieurs disciplines différentes sur plusieurs niveaux), il devient aisé de comprendre que l'on n'attire pas nécessairement les meilleurs candidats dans les facultés d'éducation.
    L'autre problème, c'est certainement la formation des maitres. Plus de savoirs disciplinaires? Plus de « pédagogie »? À l'inverse de bien de mes compagnons de classe, j'ai fortement apprécié les cours de didactique qui m'ont été donnés de faire (français, langue première, Université Laval). Deux constats s'imposent, cependant. D'abord, nos savoirs et savoir-faire étaient très lacunaires, ce que ne manquaient pas de souligner régulièrement nos professeurs. Ensuite, il est clair que nous manquions constamment de temps, dans les cours de didactique, pour explorer pleinement ce qui nous était proposé par les professeurs. C'est d'ailleurs pour cela que lorsque je vois un diplômé de France qui me dit qu'il peut enseigner toutes les disciplines, du primaire au secondaire, ou encore un diplômé de l'Ontario qui a complété un baccalauréat d'une seule année, je ne peux m'empêcher d'être sceptique quant à leurs compétences réelles, puisque je le suis parfois par rapport au miennes...

    François Tremblay-Vaillancourt, enseignant au secondaire

  • Raymond Saint-Arnaud - Inscrit 1 avril 2014 12 h 20

    Des questions

    « Philippe Couillard a indiqué mardi qu’il reconnaît le problème de sous-financement des universités ». Mais, il existe au Québec un scandale systémique et récurrent : alors que la population anglophone du Québec est de moins de 10 % de la population totale, les collèges et universités anglophones du Québec reçoivent autour de 25 % des subventions gouvernementales. Ce qui revient à dire que les universités francophones ne reçoivent pas la juste part qu'elles devraient avoir.

    Qu’est-ce que M Couillard a à dire là-dessus ? Et le PQ aussi d’ailleurs ?

  • Eric Lessard - Abonné 1 avril 2014 13 h 54

    Les vrais problèmes

    D'après moi, pour faire un bon enseignant du secondaire, il faut d'abord être très fort sur le plan social. Vous faites quoi quand des élèves ont de graves problèmes de comportement?

    En plus, l'école est maintenant obligée d'accepter des élèves avec des problèmes de plus en plus lourds, ce qui peut nuire au bon déroulement de l'enseignement.

    Je crois aussi que l'école doit s'adapter à la réalité moderne. De nos jours, on peut retrouver à peu près n'importe quelle information en quelques minutes sur internet. Il ne sert à rien de mémoriser des centaines de choses qui seront oubliés le lendemain de l'examen.

    Je crois que s'il y a un problème du «vivre ensemble», c'est bien à l'école où les problèmes d'intimidation en tout genre et autres problèmes de comprtement sont importants.

    Je crois que l'école au secondaire, devrait miser beaucoup plus sur les compétences sociales plutôt que sur le bourrage de crâne. Que se soit pour se trouver un emploi ou avoir une vie agréable, les compétences sociales sont beaucoup plus importantes que les prouesses intelectuelles.

    Pour ce qui est de l'histoire du Québec, je n'ai rien contre, mais il ne faudrait pas s'en servir pour endoctriner ou victimiser les élèves.