Raclée infligée au PS

À la faveur du 1er tour des élections municipales, une majorité de Français ont sanctionné sans hésitation aucune la politique de François Hollande. Contre toute attente, le 2e tour s’est soldé par une sanction d’autant plus cinglante que le peuple de gauche s’est abstenu. Conséquence immédiate de ce pataquès politique ? Le premier ministre Jean-Marc Ayrault a été renvoyé au profit de Manuel Valls.

Dans les journées antérieures à la finale de ce scrutin, au siège du Parti socialiste et un peu partout où les candidats socialistes s’étaient maintenus, on s’attendait à ce que les soutiens de la gauche se manifestent, et qu’ainsi, on sauve les meubles. Ce n’est pas du tout cela qui s’est passé. En effet, les réserves de votes quantifiées dans la foulée de la première ronde sont restées des réserves. Autrement dit, comme en clair, ce n’est pas une claque que les Français ont servie au chef de l’État et au gouvernement Ayrault, mais bel et bien une raclée en s’abstenant massivement. En fait, un record a été enregistré à cet égard.

 

Ce déficit démocratique empreint d’un fort sentiment d’injustice a profité — et comment ! — à l’Union pour une majorité présidentielle (UMP) ainsi qu’au Front national et, mais dans une moindre mesure, à Europe écologie les verts (EELV), qui ont remporté une « grosse » municipalité, soit Grenoble. Toujours est-il que la récolte imposante de l’UMP rééquilibre totalement les rapports de force avec le PS, comme avec les autres formations. Le FN ? Ce 2e tour a confirmé son implantation dans le pays politique, car outre la douzaine de villes de moyenne importance, il a fait élire au-delà de 1000 conseillers municipaux.

 

Vu l’étendue des dégâts, vu la profondeur de la grogne, Hollande a été condamné à faire ce qu’il n’aime pas faire : décider rapidement, sur le coup. En l’espace d’une journée, le fade Ayrault a été renvoyé dans ses valises pour faire place donc au plus populaire des barons de la gauche, soit l’impétueux Manuel Valls. Ce dernier ne laissant personne indifférent, car enclin à trancher sans faire dans la dentelle, il est écrit dans le ciel que les grincements de dents vont se faire entendre dès cette semaine.

 

En effet, à moins d’un revirement qui logerait à l’enseigne de l’arrivisme, Cécile Duflot et peut-être d’autres membres d’EELV vont claquer la porte. La chef de file de l’EELV avait martelé que si Valls se retrouvait à Matignon, elle démissionnerait. Il faut s’attendre également à ce que la gauche du PS et le Front de gauche hurlent à l’imposture, Valls étant considéré comme le chef de file de la droite de cette formation politique. Bref, à quelques semaines des élections européennes, mettons que l’harmonie sera ramenée à un mirage.

 

Au cours de son exposé sur les changements apportés, Hollande a confirmé le maintien d’un programme que beaucoup dans son camp voulaient différer en évoquant les élections européennes. Ce souhait, le chef de l’État l’a écarté en moins de deux en confirmant le pacte de compétitivité, des économies de 70 milliards, etc. En un mot, il n’est pas question de dévier du cap fixé. Qui est ? Redonner à la France une marge de manoeuvre financière qu’elle a perdue et qui inquiète ses voisins.

 

Le score obtenu par l’UMP aura pour conséquence immédiate qu’il assure à Jean-François Copé plusieurs mois de répit. Il était et reste le chef de l’UMP, au grand dam de François Fillon. Si le résultat de l’UMP avait été mi-figue mi-raisin, alors le statut de Copé aurait été à tout le moins remis en question. Cela étant, l’UMP étant encore et toujours tiraillé par les ambitions de ces mandarins, sa ligne politique est peu lisible. Et ce, parce que chacun de ces derniers camoufle quelque peu son jeu en vue des primaires de 2016. Bref, le combat s’annonce brutal.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

6 commentaires
  • Marcel Dubien - Inscrit 1 avril 2014 02 h 26

    Victoire par abandon

    Jean-François Copé s' est fait une gloire de parler de victoire de la droite, mais ne dit-on pas «À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire» ?

  • Pierre Couture - Inscrit 1 avril 2014 06 h 29

    Pas de déficit démocratique

    Marci pour ce coup de projecteur.

    Contrairement à vous, toutefois, je ne suis pas d'accord pour qualifier de « déficit démocratique » l'abstention des électeurs.

    L'abstention est au contraire un geste démocratique très fort indiquant qu'aucun des professionnels de la politique en concurrence devant les urnes ne convient à nos goûts, à nos intérêts ou à notre sensibilité.

    Dans le cas précis des municipales françaises, le « peuple de gauche », comme on dit là-bas, s'est senti trahi par les gesticulations de François Hollande et de son équipe.

    Il les a donc carrément laissé tomber.

    Ce n'était là ni erreur. ni négligence, ni indifférence, mais geste démocratique très affirmé et, comme on le voit, très efficace.

    • Alain Lavoie - Inscrit 1 avril 2014 09 h 35

      Désolé M. Couture, mais votre "éloge" de l'abstention sonne creux. La gauche a abandonné le terrain, la droite s'est exprimée, c'est tout.

  • Gilbert Troutet - Abonné 1 avril 2014 09 h 35

    Les «gros» mots

    Certains journalistes comme M. Truffaut ont tendance à utiliser de gros mots comme «raclée» pour attirer l'attention. Or attention justement à ne pas déformer ainsi la réalité. Quand on observe les résultats de ces élections municipales en France, on constate que la participation était de 63.7%, un taux faible et considéré comme catastrophique selon certains (il était de 65% en 2008). La droite obtient 45.9% du vote, la gauche 40.5%. Avec plus de 40% du vote, je connais des candidats au Québec qui seraient très heureux la semaine prochaine. Cela dit, il est évident que la droite, y compris le Front national, a pris ainsi le contrôle de nombreuses municipalités.

    Par comparaison, les élections générales de décembre 2008 au Québec ont été marquées par un taux de participation de 57,43 %. Il s'est redressé en 2012 pour atteindre 74.6%. Reste à voir ce qu'il en sera le 7 avril.

    • Bernard Moffett - Inscrit 1 avril 2014 10 h 52

      Vous avez raison pour la participation. Les Français, dit-on, semblent plus 'politisés'. J'en ai fait l'expérience en suivant les différentes campagnes des dernières années.

      Cependant pour le % du vote final obtenu par les élus, le système électoral fait en sorte que l'électeur a moins de choix au moment du vote final. En effet le système à deux tours permet de soustraire un certain nombre de candidatures une fois venu le deuxième tour. Ce qui a pour conséquence de concentrer le vote vers beaucoup moins de 'finalistes'.

      En terminant, les fermetures d'usines et l'effet 'Mon ennemi c'est le monde de la finance' prononcé par F. Hollande au Bourget en 2012 auront probablement frustrés un grand nombre d'électeurs.

  • Raymond Labelle - Abonné 1 avril 2014 15 h 22

    UMP: Union pour un mouvement populaire.

    L'UMP a conservé ses trois lettres, mais a changé de nom. Anciennement l'Union pour une majorité présidentielle, elle est devenue l'Union pour un mouvement populaire.