Tout n’a pas été dit

Avec seulement douze jours de campagne à faire, les partis politiques accélèrent la cadence et concentrent leurs interventions sur les seuls thèmes qu’ils croient susceptibles d’avoir un impact. À trop jouer de stratégie, ils risquent d’autres dérapages.

Depuis plus d’une semaine, deux thèmes seulement ont retenu l’attention des chefs des grands partis, et dans chacun des cas de façon négative.

 

Pour Mme Marois, élire Philippe Couillard équivaudrait à réélire l’équipe de Jean Charest, alors que pour M. Couillard, choisir Pauline Marois replongerait le Québec en campagne référendaire. Simpliste, tout ça.

 

Les journalistes sont eux-mêmes un peu coupables puisqu’en voulant éviter de se laisser dicter la nouvelle par les machines des partis, ils ont tendance à accorder moins de temps au contenu diffusé tous les jours par les chefs au profit des joutes verbales plus brûlantes… fussent-elles aussi concoctées par les stratèges des partis.

 

Ce fut le cas hier encore, alors que Mme Marois présentait sa politique de la petite enfance. Au point de presse qui a suivi, aucune question n’a été posée sur le sujet à cause de la sortie de M. Couillard mettant ses adversaires au défi de publier leurs états financiers.

 

Il faut dire qu’entre les deux partis en quête du pouvoir, les différences de point de vue sur les grands enjeux de gouvernement sont beaucoup moins évidentes qu’à l’élection de 2012. Finances publiques, éducation, environnement, développement économique… à quelques exceptions près, comme la charte de la laïcité, les programmes des deux formations se ressemblent. Un peu plus d’indexation ici, un peu moins d’intervention là…

 

Il n’aura donc fallu que quelques mois pour oublier que le Parti québécois a été absent du pouvoir pendant neuf ans, la plupart de ses idées lancées en 2012 ayant été réalisées ou… abandonnées. Et maintenant, à quoi s’attendre pour les cinq prochaines années ?

 

Quant au Parti libéral, le seul fait d’avoir changé de chef aura suffi à faire oublier les neuf années d’un gouvernement louvoyant, miné par des allégations de favoritisme et de corruption.

 

Depuis l’entrée en scène intempestive du « pays » de Pierre Karl Péladeau, l’opinion s’est polarisée aux dépens de la CAQ, dont le chef, François Legault, mène pourtant une bonne campagne. Même Québec solidaire, qui ne joue jamais dans la cour des tacticiens, ne parvient pas à élever le niveau de la discussion.

 

Mais tout n’est pas fini et il faut espérer que le deuxième débat qui aura lieu jeudi fournira l’occasion de ramener à l’avant-scène les engagements électoraux qui différencient, ou qui devraient différencier, les partis. Dans le cas du Parti québécois, notamment, on se serait attendu à plus qu’un projet de budget annuel comme plateforme pour les quatre prochaines années. N’a-t-on rien d’autre à proposer pour relever le défi démographique ?

 

La situation économique et l’état des finances publiques étant le nerf de la guerre pour financer adéquatement la santé et l’éducation, la politique familiale et les infrastructures, les chefs doivent replacer le contenu au coeur de leur stratégie pour gagner la confiance des électeurs. À trop faire de stratégie, on oublie que l’électorat n’est pas un bloc uniforme qu’on peut manipuler à volonté.

 

Tout n’a pas été dit depuis le début de cette campagne, tant s’en faut, et tout peut encore arriver. Mais le temps presse !


 
61 commentaires
  • Carole Jean - Inscrite 26 mars 2014 03 h 28

    À cause de la stratégie libérale d’une élection référendaire, « rien » n’a été dit sur les vrais enjeux.


    Merci M. Sansfaçon d’essayer de remettre les pendules à l’heure, mais la stratégie libérale dans cette élection, surtout après que M. Couillard a rencontré le Premier ministre Stephen Harper et les chefs de partis fédéraux un peu avant le déclenchement de l’élection, a justement visé à éviter tous les enjeux qu’on s’attendait de voir débattre dans cette élection. Merci aussi de souligner que les journalistes ne jouent pas bien leur rôle dans cette élection et en font un simple conflit de personnalités.

    Je crois aussi que les lecteurs du Devoir aimeraient que M. le Directeur Bernard Descôteaux signe plus souvent des éditoriaux pour ramener les politiciens à l’ordre au cours de cette élection dans laquelle les dérapages s’accumulent. Comme le Devoir est le seul quotidien vraiment indépendant par excellence au Québec, on aimerait que son Directeur intervienne au moins aussi souvent que le rédacteur en chef du Journal La Presse qui lui ne se gêne pas pour tirer à boulet rouge sur Mme Marois et le PQ, et cela presque sur une base quotidienne.

    Par conséquent, à cause de la stratégie libérale d’une élection référendaire axée sur la peur et l’intimidation et de l’erreur du camp Marois en début de campagne, rien n’a vraiment été dit sur les vrais enjeux de cette élection détournée comme pas une auparavant.

    Que feront concrètement les partis politique pour enrayer la corruption ? On ne le sait pas plus maintenant qu’au début de la campagne.
    Concernant la Charte de la laïcité et la façon d’encadrer les accommodements pour des motifs religieux ou culturels, est-ce que tous les partis sont favorables en principe, oui ou non ? Pourrait-on le savoir ? Quels sont les amendements qu’ils proposent au projet déjà déposé ? Serait-ce trop leur demander de répondre ?
    Et la liste continue…
    Oui, où sont les vrais journalistes ?

    • Bernard Leblanc - Inscrit 26 mars 2014 18 h 03

      Mme Jean, pour faire suite à votre argumentation, j’ai écouté sur le web la vidéo intitulé «Mathieu Bock-Côté à RVM - Philippe Couillard ou la radicalisation», qui est un décryptage d’une confession publique de Mr. Couillard il y a quelques années.

      Mr. Couillard a-t'il pour mission d’éteindre toute velléité culturelle nationaliste?

      De mettre au pas le Québec?

      J’aimerais bien qu’il prétende le contraire en incluant Mme Fatima Houda-Pépin dans son propos!

    • Lucien Cimon - Inscrit 26 mars 2014 20 h 17

      Les vrais journalistes ont cédé la place à des animateurs de spectacles à sensation à la recherche du numéro le plus croustillant qui va attirer, selon eux, les meilleures commandites.
      Lucien Cimon

  • Claude Paré - Abonné 26 mars 2014 04 h 17

    Quand l'éditorialiste parle

    La couverture médiatique de cette campagne oublie l'essentiel pour se concentrer sur le pugilat. On décrit les campagnes électorales comme des match de boxe, on oublie d'exposer le cœur des engagements électoraux : les programme des partis. On ajoute à l'insulte, l'affront en prenant du temps d'antenne comme au 24-60 pour exposer la comédie électorale du jour. Où est le droit du public à l'information?! Les journalistes ont soulevé les questions d'éthique journalistique, mais qu'en est-il de leur travail premier qui est de nous informer des programmes des partis. On dira alors dans d'autres médias que les chefs ne parlent pas d'éducation, de culture, etc. Je crois plutôt qu'ils en parlent. On a droit à un autre grand classique de couverture journalistique. Non, messieurs et mesdames les journalistes, je ne vous donne pas la note de passage. Toutes les questions sont toujours teintés du résultat du sondage du jour, ou sur la Stratégie. Et ce n'est pas de la faute à qui vous savez...

    • Nicole Moreau - Inscrite 26 mars 2014 07 h 44

      je suis d'accord avec vous, la couverture médiatique est telle que j'ai décidé de limiter le plus possible mon écoute de Radio-Canada dont tous les employés semblent avoir écouté la ligne, c'est-à-dire celle de défaire le PQ, pourtant la politique, de façon générale m'intéresse beaucoup, j'ai même une formation en sciences politiques.

      je sais très bien que le PQ n'a pas fait que de bons coups (notamment en environnement), mais je ne voudrais pas d'une équipe libérale qui est foncièrement la même que celle qui a été au pouvoir plus de 9 ans.

    • Carole Minguy - Inscrite 26 mars 2014 09 h 34

      Moi aussi je suis d'accord avec vous. Ce sont les journalistes qui dictent le tempo et la formule. De plus quand on se sert des commentaires de n'importe lequel quidam qui s' exprime sur les médias sociaux comme de l'information sensée, on dérape gravement. Cette période électorale est vue comme un pugilat. Si cela satisfait les besoins d'expression des petits gars d'hockey comme le chef du parti libéral, pour moi, cela demeure en bas de la ceinture. Rien d'étonnant. Moi entre temps, j'écoute Borgen.

    • Claude Champagne - Inscrit 26 mars 2014 09 h 59

      Mme Moreau, cela doit faire 4-5 ans que je me limite aux seules Le Devoir, le club des ex's J. Pierre Charbonneau et Marie Grégoire au moins cette dernière elle se limite au fait et je zape le libérale. Le reste des médias c'est de la propagande.

    • F. Georges Gilbert - Inscrit 26 mars 2014 13 h 42

      Qui suveille les sondages?.''Le collectif pour la règlementation du sondage au Québec,propose deux mesures d'encadrement pour asssurer la protection du public contre les manipulation de l'opinion induites par les sondages biaisés et le manque de transparence.Ils proposent deux chose;la création d'un centre de contrôle et d'éthique de l'industrie de sondage et l'interdiction de publication des résultats en prériode électorales afin de préserver un espace de débat démocratique.R/S.Rivard. ''.Nous en aurions grand besoin présentement..

    • Gérard Pitre - Inscrit 26 mars 2014 15 h 58

      Jean-Luc St-Pierre. Le P.Q n'est pas parfait mais entre deux maux on choisit le moindre. En votant QS vous savez que vous ne prendrez pas le pouvoir et vous allez favoriser les libéraux qui sont et de loin et de beaucoup le pire choix que l'on puisse faire. Avez-vous oublié les années de corruption du PLQ et la crise sociale sans précédent dans l'histoire moderne du Québec. Un petit rappel historique en passant: chaque fois depuis les années 60 que le Québec a vécu une crise, ça toujours été sous un gouvernement libéral: la crise d'octobre de 70 sous un gouvernement libéral,la crise d'Oka de 90 sous un gouvernement libéral et la crise de 2012 sous un gouvernement libéral. En voulez-vous une quatrième? Si oui votez QS qui va favoriser les libéraux. Comme logique, on a vu mieux. Si j'étais vous je remettrais ma lucidité en question. QS a beau avoir de bonnes idées, dans les circonstances actuelles ils ne font que diviser le vote et favoriser les libéraux. Si tous les solidaires en 2012 avait voté P.Q, on aurait eu un gouvernemet majoritaire et aujourd'hui nous ne serions pas en élection. La charte de la laïcité serait déjà adoptée et la loi sur la langue française ainsi que la loi sur l'aide médicale à mourir serait déjà votées, mais par basse partisannerie, rien n'est encore règlé. Je veux bien que le P.Q ne soit pas parfait, mais trouvez moi un parti qui l'est et qui n'a rien à se reprocher. Pour paraphraser une phrase biblique:«que celui qui n'a jamais péché, lui lance la première pierre». La vérité même en campagne électorale a sa place et ce n'est pas en retournant aux années libérales que nous y arriverons. Souvenons-nous en. Merci Gérard Pitre

    • Nicolas Abesdris - Inscrit 27 mars 2014 13 h 09

      @Gérard Pitre: Parfois il faut savoir voter avec une perspective plus long terme que 4 ans. En effet, il y a peu de chances de voir QS au pouvoir (quoi que, rien n'est jamais certain). Mais la question n'est pas là. Vous dites qu'entre deux maux on doit choisir le moindre? Je dis que le PQ a réussit l'exploit de trahir tellement sa base que, rendu à ce point ci, il est quasi indissociable du PLQ. Les électeurs sont ent rain de finalement comprendre que PQ ou PLQ, c'est bonnet blanc - blanc bonnet. Dans une perspective plus long terme, voter QS: 1) passe le message aux vieux partis qu'ils n'ont plus d'avenir s'ils ne tendent pas la main aux plus petits partis; 2) démontre clairement que la politique néo-libérale on en a plus qu'assez; 3) donne la chance à QS d'aller chercher plus de financement et 4) si le PLQ passe, le paysage politiquen'en sera que d'autant plus claire pour l'électorat de la classe moyenne quant à la nécessité de changer réellement de paradigme et ne fera que renforcer l'implication politique de chacun. Bref, plus tu votes QS, plus QS se rapproche lentement mais surement du pouvoir, et ultimement c'est ca qui compte. Qu'on ait finalement un gouvernement par et pour le peuple.

  • Pierre Labelle - Inscrit 26 mars 2014 06 h 00

    Faux!

    "À trop faire de stratégie, on oublie que l'électorat n'est pas un bloc uniforme qu'on peut manipuler à volonté". Il me semble M. Sansfaçon que nous n'interprétons pas les sondages de la même manière. La campagne de peur, stratégiquement menée par Couillard semble avoir porter fruit. Si l'on tient compte des tendances du début de la campagne, le PQ était alors en avance de 3 points, le sondage d'hier nous montre un PQ en arrière de 7 points, si je sais encore compter cela fait un recul de 10 points en 20 jours. Et vous allez nous dire que la population n'a pas été manipulé.... Un peu de sérieux monsieur, Couillard et ses sbires savaient très bien ce qu'ils faisaient en parlant constamment de référendum, ils semaient la peur et de ce fait manipulaient la population. Il n'y a pas d'autre mot pour qualifier ce qu'ils ont fait, à moins que vous ayez un dictionnaire personnel et spécial auquel nous n'avons pas accès. Et tout cela avec l'aide de certain journaliste, qui plutôt que de faire un travail sérieux autour des annonces du jour, ont préférer s'attarder sur des questions et propos tape à l'oeil genre; va t-il y avoir un référendum etc...

    • Jean-Luc St-Pierre - Inscrit 26 mars 2014 12 h 49

      Et que dire de la campagne de peur menée par le PQ depuis l'automne? Il va bien falloir que le PQ et ses fidèles supporteurs se rendent un jour à l'évidence: le PQ sera le premier responsable de sa défaite. À force de vouloir gagner des votes sur le dos de certains citoyens et d'entretenir un climat de haine, ils ont perdu l'appui d'une grande majorité d'électeurs. Ajoutons-y PKP et la soumission au Québec inc. qui rappelle beaucoup trop les libéraux, et vous avez là les ingrédients d'une auto-destruction en règle.

      Ma famille vote PQ depuis que le PQ existe, mais si j'en crois les discussions animées autour de la table, ils ne referont pas cette erreur cette année. Ils ont bien l'impression aujourd'hui que seul QS a autre chose à offrir que des combines et des façades pourries. Je suis fier de leur lucidité.

    • Michel Richard - Inscrit 26 mars 2014 13 h 42

      Vous dites que si les Libéraux ont du succès ce ne peut-être que par manipulation. Je soumets, au contraire, que les Libéraux ont du succès dans cette campagne parce qu'ils ont résussi (à date) à centrer le débat sur la question nationaliste et identitaire. Et cette question est manifestement importante. Les autres questions sont importantes aussi, mais la stratégie est de bonne guerre: chaque parti veut concentrer le discours électoral sur les enjeux qui le favorisent et sur les enjeux qui font mal paraître l'autre.
      Et c'est de cette joute que le démocratie est faite.

  • Josée Malette - Inscrit 26 mars 2014 06 h 22

    Vous avez tout à fait raison

    Les journalistes font le jeu des politiciens lorsqu'ils cessent de diffuser de l'information pragmatique sur les enjeux réels de l'élection.

    S'ils s'en tenait strictement aux engagements, ils auraient le temps d'aborder plus d'aspect et ça nous permettrait de tracer un meilleur portrait des politiques proprosées. Nous pourrions ainsi voté avec un choix plus éclairé, moins émotif, le 7 avril prochain.

  • ERIC LANGLAIS - Inscrit 26 mars 2014 06 h 56

    UPAC ET TRANSPARENCE

    Pourquoi le PQ a cache la visite de l' UPAC a ses dirigeants , et egalement le couple MAROIS et BLANCHET doit faire etat de tous leurs revenus et actifs afin de faire taire les allegations de collusion et magouilles avec la FTQ .

    • Benoit Moreau - Inscrit 26 mars 2014 08 h 30

      Vus n'avez qu'à contacter l'UPAC et vous renseigner. À ce que je sache, l'UPAC a visité plusieurs municipailtés et pleins d'organisme sans faire de perquisitions.

      Quant à Blanchet, soyez honnête et bon joueur: Demander aussi à Arthur Porter et Jean Charest de dévoiler leurs rapports d'impôts

    • Pierre Labelle - Inscrit 26 mars 2014 08 h 32

      Faut faire la différence monsieur entre une visite de courtoisie auprès de 2 membres du PQ, et DES PERQUISITIONS au siège social du PLQ, et des enquètes de l'UPAC sur 11 membres du PLQ, et des PERQUISITIONS chez une ceraine Mme Bibeau à Laval sur le Lac qui a fait construire sa terrasse avec des tuiles de bétons, payés par nos impôts, et provenant de ShockBéton, une compagnie dont Marc Bibeau, le frère de la madame, est actionnaire. Pour ce qui est du couple Marois Blanchet, le commissaire à l'éthique s'est déclaré satisfait de leur déclaration.