Enracinement du FN

Le premier tour des élections municipales en France a confirmé l’ancrage du Front national (FN) dans le paysage politique. Entre un taux d’abstention record, synonyme de déficit démocratique, et un vote sanction marqué à l’endroit du président François Hollande et de la famille socialiste, le FN a récolté un nombre de votes le confortant comme troisième puissance politique, loin devant le Parti communiste, toutes les formations écologistes confondues, le MoDem et la famille centriste, le Front de gauche et autres. Autrement dit, à la faveur de ce scrutin, le FN s’est enraciné.

 

Même si le second tour sera forcément moins violent que le premier, il n’en reste pas moins que, lundi prochain, la majorité présidentielle devra recoller les morceaux d’une défaite cinglante. Car il se trouve que, cette fois-ci, le scrutin le plus local qui soit a été imbibé comme jamais, si l’on ose dire, par les vices constatés au niveau national. Bref, Hollande est condamné à l’accomplissement d’un chapelet d’initiatives s’il ne veut pas subir le sort de Nicolas Sarkozy. Après les municipales, ce dernier et son parti, l’UMP, avaient perdu les Européennes, les régionales, les sénatoriales et enfin la présidentielle.

 

En attendant la communication de la grande finale, force est de constater que le FN a réalisé plusieurs premières. Un frontiste a déjà été élu maire ; pas moins de 229 candidats ont dépassé les 10 % de votes ; 456 frontistes ont d’ores et déjà été élus conseillers municipaux, etc. À l’évidence, la stratégie de banalisation du FN imposée par Marine Le Pen, et donc le gommage des saillies idéologiques chères au père, a d’autant mieux réussi que l’UMP sort quelque peu affaibli de ce premier tour. Vu la déroute infligée aux socialistes, ce dernier ne récolte pas autant de votes qu’il aurait dû. Certes, l’UMP a fait des gains, mais bon…

 

Au cours des prochains jours, des tractations devraient se poursuivre entre candidats de l’UMP et du PS afin de faire barrage, au nom du front républicain, aux prétendants du FN. D’ores et déjà, les mandarins du PS se sont engagés à se désister partout « où le maintien du PS peut provoquer la victoire du FN ». À l’UMP, l’état-major a décidé d’observer la règle du « ni pour le FN ni pour le front républicain ». Bizarrement, pour la finale de dimanche, le PS dispose de réserves de votes, on pense notamment à tous ceux qui se sont abstenus hier et qui penchent à gauche, dont l’UMP ne dispose pas. En campant sur le ni-ni, cette formation prend aussi le risque de s’aliéner le centre qui est viscéralement opposé aux idées du FN. Après le vote sanction, reste à attendre le vote d’adhésion.

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