Faut-il un docteur ?

Comme à chaque campagne électorale, la santé figure encore au premier rang des préoccupations des Québécois. Les partis le savent, mais à cause du gigantisme de l’organisation et de l’omnipuissance du syndicalisme professionnel, aucun docteur ministre n’a réussi à soigner le malade depuis vingt ans.

Comme en 2012, les partis politiques n’ont pas attendu pour présenter leur plate-forme en santé. Les libéraux promettent la gratuité de l’imagerie médicale en clinique privée, les péquistes un meilleur accès en établissements publics ; le PLQ veut créer 50 supercliniques, le PQ porter le nombre de GMF à 300 ; les libéraux proposent 2000 infirmières cliniciennes pour assister les médecins, et les péquistes de créer un « guichet d’entrée » pour tous les rendez-vous. Et pour hausser la productivité, les deux partis s’engagent à introduire un mode de financement des établissements par lequel « l’argent suivrait le patient ».

 

Du côté de Québec solidaire et de la CAQ, on y va de propositions à l’image de son orientation idéologique comme de réinvestir dans les CLSC pour le premier ou de sabrer la bureaucratie pour investir dans les soins pour le deuxième.

 

Or, malgré la promesse d’un meilleur accès aux services réitérée par tous les partis depuis vingt ans, la situation s’est à peine améliorée. Elle s’est même détériorée aux urgences.

 

Depuis son arrivée à la tête du ministère de la Santé, le ministre Réjean Hébert a fait ce qu’il a pu… comme ses prédécesseurs Bolduc, Couillard et Rochon, sans plus de succès.

 

Plus de médecins, plus de GMF, plus d’argent… mais d’aussi longs délais ; diminution des places en CHSLD, sans augmentation concomitante des fonds pour les services à domicile ; introduction d’une taxe santé, sans investissements supplémentaires dans le réseau…

 

En fait, ce sont les 18 000 médecins qui ont sans doute le plus profité des milliards supplémentaires investis depuis cinq ans en sus des coûts de système. Et ce sera encore le cas au cours des prochaines années malgré le contexte de compressions généralisées.

 

Jean Rochon a fermé des lits d’hôpitaux, Philippe Couillard a fermé des lits de CHSLD et fusionné les directions d’établissements, Yves Bolduc a poursuivi le travail et bonifié la rémunération des médecins de plus de 50 %, mais qui peut prétendre qu’il en est résulté un meilleur accès aux soins ?

 

En 2003, le PLQ s’était engagé à régler les problèmes en douze mois. Aujourd’hui, il promet d’ajouter des supercliniques financées par l’État pour faire ce que les cabinets privés, les cliniques réseaux, les CLSC et les GMF ne font toujours pas.

 

Pourquoi cette quatrième colonne sinon parce qu’on est incapable de faire respecter les ententes signées par les docteurs ministres et les docteurs businessmen ? Qui croit sérieusement qu’un Dr Barrette devenu ministre ferait autre chose que de céder encore plus de pouvoir et d’argent aux médecins de pratique privée qu’il représente depuis dix ans… et qu’il représentera à nouveau s’il est battu le 7 avril ?

 

Pour s’attaquer au problème du réseau québécois, il faudrait peut-être songer à retirer la responsabilité des mains des professionnels de la santé pour la confier à des politiciens et à des administrateurs d’envergure qui sauraient tenir tête aux syndicats professionnels. Le ministère de la Santé n’a pas plus besoin d’avoir à sa tête un médecin, encore moins président de fédération médicale, que celui de l’Agriculture un éleveur de porcs et celui du Travail un président de la FTQ.

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53 commentaires
  • Gaetane Derome - Abonnée 17 mars 2014 02 h 26

    Je suis perplexe.

    Je suis un un peu perplexe par rapport a votre texte car je trouve qu'en ce qui concerne le Dr.Hebert il n'a eue que 18 mois comme ministre de la sante et en plus le PQ etait un gouvernement minoritaire.De plus,a mon sens un ministre ne travaille pas seul,il a une equipe avec lui et sans doute de bons gestionnaires peuvent se greffer a cette equipe.
    Et ce qui serait interessant c'est de voir si Mme Desrosiers de l'ordre des infirmieres ou Mme Diane Lamarre de l'ordre des pharmarciennes vont etre elues car elles pourraient etre aussi des atouts pour le PQ et donner leur avis sur le systeme de sante.
    Pour ce qui est d'ajouter des structures surtout lourdes comme des supercliniques je suis contre,car ce sont justement les structures qui coutent le plus cher dans le systeme de sante.Sabrer un peu de bureaucratie ne ferait pas tord,mais avant il faut informatiser le dossier patient dans toute la province,on est en retard sur ce point et ca faciliterait beaucoup de choses.
    Il faut se dire aussi qu'au Quebec on a fait certains choix de societe,comme les garderies,la procreation assistee payee par la RAMQ,ect,allons-nous toujours pouvoir nous offrir ces choix de societes tout en ameliorant un systeme de sante alors que la population vieillit,je me le demande.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 17 mars 2014 04 h 45

    Diagnostique

    Après toutes ces années et tous ces docteurs comme ministre, la seule conclusion possible est : Tout sauf un médecin !

    Mettre un médecin à la tête du ministère de la santé est comme donner les clés de la caserne à un pyromane.

    PL

    • Gaetane Derome - Abonnée 17 mars 2014 16 h 36

      M.Lefebvre,
      Le systeme de sante est complexe et l'ameliorer peut demander plus de 18 mois.C'est un peu court pour dire que Dr.Hebert n'est pas competent.
      Par ailleurs,le ministre n'est pas seul,il est entoure d'une equipe et c'est un peu faux de dire que c'est lui qui decide de tout.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 18 mars 2014 04 h 18

      Vous regardez trop court Mme Derome, trop court dans le passé et trop court dans l'avenir. Il faut remonter à quelle date pour ne pas retrouver à la tête de ce ministère un docteur ? Et combien de docteurs y a-t'il chez les libéraux pour occuper le poste ?

      Bonne journée madame.

      PL

  • Lisette Saint-Pierre - Abonnée 17 mars 2014 04 h 54

    Parfaitement d'accord avec vous… « Pour s’attaquer au problème du réseau québécois, il faudrait peut-être songer à retirer la responsabilité des mains des professionnels de la santé pour la confier à des politiciens et à des administrateurs d’envergure qui sauraient tenir tête aux syndicats professionnels. Le ministère de la Santé n’a pas plus besoin d’avoir à sa tête un médecin, encore moins président de fédération médicale, que celui de l’Agriculture un éleveur de porcs et celui du Travail un président de la FTQ.»
    Et l'intelligence d'un individu n'est absolument pas prouvé par un doctorat en médecine… J'ai eu des collègues qui ont fait médecine et ce n'était pas les « nerds » de la classe, je vous en passe un papier. Huile de bras et mémoire donnaient l'illusion de super cerveaux… Mais dans les faits…
    Si, dans ses déclarations tous azimuts, Couillard fait la démonstration d'une grande intellitence et d'une pensée politique solide et préoccupée des Québécois, ben, moi, je suis le bras droit de François-le-pape !
    Lisette Saint-Pierre

  • François Ricard - Inscrit 17 mars 2014 06 h 01

    Les meilleurs

    Selon les analystes politiques, les meilleurs ministres de la santé des cinquante dernières années furent Claude Castonguay, Thérèse Lavoie-Roux et Michel Clair. Trois administrateurs.
    Il est bien évident que le ministère, à force d'être rafistolé, souffre d'une gestion déficiente, obèse et erratique. Possiblement qu'un administrateur chevronné finirait par pouvoir y instaurer un plus grand ordre pour un fonctionnement plus efficace.
    Par ailleurs, si le ministère souffre de gastro-entérite, un médecin devrait le diriger.

  • Josette Allard - Inscrite 17 mars 2014 06 h 13

    Et pendant ce temps

    On attend encore 12heures à l'urgence pour y voir un médecin qui ne nous consacre que 5minutes de son temps et qui nous réfère au médecin spécialiste, qu'il faudra voir dans 6ou 7semaines, sans recevoir, entre temps, de diagnostic.