Le sursaut éthique

Au cours du dernier mois, la somme des affaires révélées et dans lesquelles les mandarins de l’UMP sont embringués, dont l’ex-président Nicolas Sarkozy, a atteint un niveau qui dépasse l’entendement. À telle enseigne que ces affaires interdisent, pour le moment du moins, un retour de Sarkozy sur le devant de la scène politique.

On savait que la France croulait sous les épreuves économiques, voici qu’elle croule comme jamais au cours des dernières années sous les coups de boutoir politico-financiers manipulés, présume un contingent de juges d’instruction, par les ténors de la droite.

 

Il y a trois semaines, on a appris que deux amis de Jean-François Copé avaient grandement profité, financièrement causant, des largesses de ce dernier, qui est aussi le chef de l’UMP. Ensuite, on a appris que Patrick Buisson, conseiller politique de Sarkozy président, avait espionné celui-ci et les membres de sa garde rapprochée. Après quoi, on a appris qu’un juge d’instruction a commandé il y a un an de cela l’enregistrement des conversations téléphoniques de Sarkozy avec son avocat sur la base du soupçon suivant : l’un et l’autre se livreraient au trafic d’influence. Quoi d’autre ? L’ex-secrétaire général de l’Élysée et ex-ministre de l’Intérieur Claude Guéant est toujours accusé de détournement de fonds publics et d’avoir rendu un arbitrage favorable à l’homme d’affaires Bernard Tapie mais défavorable à l’État. L’ex-numéro 2 de l’Élysée François Pérol est quant à lui accusé de prise illégale d’intérêt dans laquelle Sarkozy aurait joué un rôle qui n’était pas celui de la figuration. Ajoutons l’histoire Bettencourt, l’histoire Kadhafi et celle de Karachi et on retient que la cour de justice de la République est encombrée de casseroles affichant les empreintes d’un seul et même parti : l’UMP.

 

À la faveur de cette avalanche et en particulier des enregistrements, les Français viennent d’apprendre, par la bouche de Sarkozy, que bien de ses ministres, ceux qu’il a choisis, ne sont pas à la hauteur, pour rester modéré. Son recours aux noms d’oiseaux est tel qu’on se dit qu’il est la personnification de l’adage enseignant que « ce n’est pas la faute des mots si certains d’entre eux sont gros ».

 

Bien entendu, des figures de proue de l’UMP ont crié à l’acharnement politique et médiatique, avec une mauvaise foi telle qu’elles voudraient nous faire croire que TF 1, Le Figaro, Valeurs actuelles, Europe 1, Les Échos et bien d’autres médias n’étaient plus les propriétés des plus grosses fortunes de France si choyées par Sarkozy. Pitoyable ! Acharnement politique…

 

Dans un texte d’opinion publié dans Le Monde, Denis Salas, magistrat et essayiste, prend le contre-pied de ceux qui évoquent un acharnement dans des termes éclairants. « […] l’arme du droit n’est plus au service des gouvernants. Son serviteur longtemps docile, le “petit juge”, n’est plus […] Entre ses mains, le droit pénal est devenu un instrument de moralisation de la vie politique. Il sanctionne l’érosion de l’éthique publique. Il restaure des frontières morales devenues floues. Dès lors que les principes fondateurs de la démocratie — en l’occurrence la séparation des pouvoirs — sont en jeu, comment le lui reprocher ? »

 

En effet, comment lui reprocher ici ce qu’on accepte là? On s’explique. Lorsque des personnes sont soupçonnées de grand banditisme ou de terrorisme, on convient de les mettre sous écoute. Pourquoi des politiciens et des avocats soupçonnés de corruption de fonctionnaires, comme c’est le cas dans l’enquête portant sur le financement de la campagne de 2007, auraient-ils droit à l’exception ?

 

En d’autres termes, le sursaut éthique souhaité par les juges mérite d’être salué. Et surtout médité.


 
5 commentaires
  • Zohra Joli - Inscrit 13 mars 2014 09 h 01

    " Sarkosygate"


    Il suffit de regarder qui finançait et appuyait Sarkosy, et ne plus s'étonner du manque d'éthique , de conflit d'intérêts ou de corruption.
    En général, les Français sont bien plus politisés que les citoyens américains, donc on ose espérer qu'ils ne laisseront pas faire.
    À quand la commission Charbonneau française ?

  • Gilbert Talbot - Abonné 13 mars 2014 09 h 18

    Comment l'UMP dévie les blâmes vers la gauche.

    Hier, aux 20 heures (TV5) tout le débat était dévié sur la garde des sceau, le premier ministre et le ministre de l'intérieur à savoir : quand est-ce que ces gens ont eu la nouvelle? Tout se passe comme si le blâme devrait être porté par ceux qui gouvernent actuellement. Oui les Français sont bien politisés. J'espère qu'ils vont comprendre que le blâme va à ceux qui commettent le crime, pas à ceux qui le dénoncent.

    • André Le Belge - Inscrit 13 mars 2014 12 h 22

      Croyez-moi, depuis 30 ans, les Français sont de moins en moins politisés!

  • Geoffrey Thorpe - Inscrit 13 mars 2014 10 h 42

    Grand-Croix de la Légion d’honneur

    À la lumière de ces nouvelles, qui confirment plus qu'ils étonnent, on peut faire un lien intéressant avec le peu de soucis qu'avait M Sarkozy pour l'héritage de son pays en accordant (si commodément) les hauts honneurs de la république à des individus comme Michaëlle Jean et Paul Desmarais.

    Je vous parle ici de;
    http://www.ledevoir.com/international/europe/40245

    Mme Jean doit se trouver un peu moins «hot» avec sa médaille ces temps-ci, et c'est bien tant mieux.

  • simon villeneuve - Inscrit 13 mars 2014 13 h 31

    merci M.Truffaut

    Excellent texte.
    Fait du bien de lire du "gros bon sens"!