Mauvais combat

Il paraîtrait que le plan de match avait été prévu ainsi, sans lien avec le tremblement de terre politique de dimanche. Quelle coïncidence quand même d’entendre François Legault présenter mardi ses propositions antisyndicales à l’heure où Pierre Karl Péladeau, désigné comme monsieur antisyndicat en chef, entre en scène. La course à qui récupérera la droite ?

Ce n’est pas la première fois que François Legault réserve une partie de ses promesses électorales au monde syndical, dans une version qui ne fait guère leur affaire. Lors de la campagne de 2012, il avait ainsi souhaité l’abolition de milliers de postes dans la fonction publique en offrant aux syndicats de compenser les pertes de cotisations subies (« il veut acheter notre silence », avait tonné la CSN) et il entendait instituer le vote secret lors d’une demande d’accréditation syndicale.

 

Deux ans plus tard, il n’est donc pas étonnant que le chef de la Coalition avenir Québec revienne à la charge. Ce qui le distingue cette fois-ci, c’est qu’il le fait avec plus d’empressement et plus d’étoffe. Au vote secret, il ajoute la divulgation publique des états financiers des syndicats et l’utilisation des cotisations syndicales aux seules fins de financement d’activités portant sur les relations de travail.

 

On a du mal à voir la motivation et l’urgence (la CAQ imposerait la divulgation des états financiers dans les 100 premiers jours de son mandat) de ces demandes.

 

Dans son communiqué, le chef caquiste dit agir « au bénéfice de tous les employés syndiqués ». Mais ceux-ci ont déjà accès, au Québec, aux états financiers de leurs associations ! L’inspiration de M. Legault vient donc moins de la réalité des choses que du conservatisme tel que pratiqué à Ottawa, où le gouvernement Harper a récemment tenté de tout savoir (et de le révéler publiquement) des activités financières syndicales, incluant les fonds de grève. Ce projet de loi est toujours à l’étude au Sénat.

 

Quant au vote secret, les centrales syndicales ont tout à fait raison de dire qu’il est si difficile de syndiquer un milieu de travail (suffit de dire Walmart ou Couche-Tard pour comprendre) qu’y arriver à la suite d’un vote tenu dans le cadre d’une assemblée annoncée à l’avance, plutôt que par la signature de cartes d’adhésion par 50 % des futurs membres, ouvre grande la porte aux manipulations patronales. Triste à dire, mais ainsi va encore la vraie vie là où les syndicats n’existent toujours pas.

 

Quant à l’interdiction d’utiliser les cotisations syndicales pour la promotion de causes idéologiques ou politiques, c’est nier toute l’histoire du syndicalisme au Québec. Loin dans le temps, dès leurs balbutiements dans la deuxième moitié du XIXe siècle, les syndicats ont eu des demandes bien plus larges que les seules revendications ouvrières : elles concernaient « plus globalement l’organisation de l’économie et de la société », comme le rappelle le précieux ouvrage collectif Histoire du Québec contemporain. La tradition antimilitariste en faisait partie, et tout le XXe siècle sera traversé de l’engagement social des syndicats, soucieux d’accès à la santé, à l’éducation, à la francisation…

 

M. Legault évoquait mardi le soutien des syndicats au Parti québécois ou au mouvement étudiant de 2012 pour justifier sa demande, mais plongeait vite dans le flou de ce qui serait interdit. Laissons donc les membres juger des actions de leurs associations : ce n’est pas aux élus de décider des causes auxquelles un syndicat a le droit de s’intéresser. Et puis cette envie de contrôler le message, n’est-ce pas justement ce que M. Legault martèle à l’envi depuis deux jours à l’encontre de Pierre Karl Péladeau ?

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29 commentaires
  • simon villeneuve - Inscrit 12 mars 2014 01 h 26

    Pourquoi cet acharnement de M. Legault

    Bon texte Mme Boileau .

    M. Legault, tant que vous n'expliquerez pas au gens, au lieu d'imposer vos idees, pourquoi le Quebec serait mieux servi et plus riche en ecrasant les syndicats au lieu d'ecraser les abris fiscaux, corruption et bien sur l'intimidation des partis politiques a l'egard des deputes avec la ligne de parti ( demander a Mme Houda-Pepin ...), vous auriez plus de succes ...

    Le titre de Mme Boileau est une evidence .

    • Cyril Dionne - Abonné 12 mars 2014 07 h 36

      De toute façon M. Villeneuve, M. Legault ne sera plus dans l'arène politique dans un mois. C'est le comportement d'une personne désespérée qui tente tant bien que mal, à s'accrocher pour essayer d'éviter l'inévitable.

    • André Le Belge - Inscrit 12 mars 2014 10 h 17

      Ne serait-ce pas dû à son entourage ADQ cette tendance de droite?

    • simon villeneuve - Inscrit 12 mars 2014 12 h 24

      Il y a d'autre facons de remettre de l'argent "dans les poches " des contribuables que M. Legault ne parle jamais .

      1) Augmenter les salaires .

      2) Si le gouvernement augmenterait ses revenus, Quebec pourrait dimuner le couts de plusieurs services et ainsi les contribuables payeraient moins "de leurs poches".

      Le Canada est deja plus a droite que les americains !

      "Cela se produit alors même que le taux d’imposition sur les profits des entreprises n’a pas cessé de baisser depuis deux décennies..."

      "Il y a des pays qui vont plus vite que d’autres, comme le Canada, où le taux a encore été diminué de 2 points de pourcentage en 2012 pour s’établir à 26 %. C’est nettement moins que les États-Unis et son taux de 40 %."

      http://www.ledevoir.com/economie/actualites-econom

      L'impots payes par les entreprises du Quebec represente 6% des revenus de du gouvernement, tandis qu'au Canada les entreprises represente 13% de l'assiette fiscale du gouvernement.

      http://www.iris-recherche.qc.ca/wp-content/uploads


      Evidement, ces 2 solutions ne sont pas utilises puisqu'ils vont a l'encontre des interets des amis de la CAQ .
      Donc M. Legault defend t-il vraiment les interets des contribuables ?
      Si oui, qu'il nous explique comment ses options sont meilleurs que celles-ci ...

  • Marc Bergeron - Inscrit 12 mars 2014 03 h 59

    Trite analyse

    tellement teinté que cela m'oblige à prendre un recul pour me faire une grille et faire des comparaisons pour les 4 partis. Enfin! Vive la démo cratie si on peut dire. La vérité et un arrêt de taxes est mon souhait. J'attends Charbonneau.

  • Pierre Labelle - Inscrit 12 mars 2014 05 h 25

    Sacco et Vanzetti!

    C'est le titre d'un film que j'ai eu le bonheur de voir vers la fin des années 60, c'est aussi bien sûr les noms des deux personnages qui ont fait l'objet du film. Ce film m'a ouvert les yeux sur le patronat et les syndicats, sorti des orphelinats de Duplessis en 64, je ne connaissais pas grand chose, encore moins ce qu'était un syndicat. Je suggérerais bien à tous les Legault(s) du Québec de voir ce film mais.... La panique et le désespoir s'est emparer de François Legault à un point tel, qu'il est prèt à dire n'importe quoi pour quelques votes. C'est une fin de carrière politique assez triste.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 12 mars 2014 06 h 02

    Livres

    C'est quoi ce dada de LeGo de vouloir tout contrôler ? Un jour il veut être la Justice au grand complet, police procureur et juge; le suivant, dire comment faire aux autres organismes quand il ne veux pas les décapiter tout simplement.

    L'autre jour je lui ai suggérer de lire «La démocratie pour les nuls», aujourd'hui j'ajoute «L'art de se faire des amis 101»

    Cour le temps court.

    PL

    • Marc Bergeron - Inscrit 12 mars 2014 14 h 59

      Il lui manque les communications soyez pas inquiet.

  • Mario Jodoin - Abonné 12 mars 2014 06 h 48

    Vote secret

    Si le vote secret est si démocratique pour M. Legault, pourquoi ne demande-t-il pas qu'il soit toujours utilisé à l'Assemblée nationale, symbole de la démocratie? Finie, la discipline de parti!

    • Gérard Pitre - Inscrit 12 mars 2014 11 h 16

      À Mario Jodoin. Excellente idée à laquelle je n'avais pas pensé. Merci Mario Jodoin. Vous savez le problème est celui-ci: lorsqu'un politicien s'exprime mise à part les journalistes qui ne posent jamais les vraies questions, il n'y a personne pour les affronter et les coller au mur. Par exemple, lorsqu'il a exprimé cette idée, si quelqu'un lui avait demandé pourquoi à l'A.N. le vote secret n'existe pas, il aurait été bien embêté de répondre. C'est comme ça que l'on fait face à un adversaire en le confrontant sur son propre terrain et aucun journaliste n'est en mesure de le faire parce que leur job est en jeu. Ils ont des patrons ces gens-là et les questions doivent être passées au peigne fin. Gérard pitre

    • Mario Jodoin - Abonné 12 mars 2014 12 h 22

      Moi, ça m'a surtout frappé quand la Loi 12 suspendant les libertés des étudiants a été votée à main levée (ou en se levant avec un vote nominal) alors qu'on leur reprochait de ne pas prendre leurs votes de grève avec un scrutin secret.