L’effet PKP

L’entrée de Pierre Karl Péladeau sur la scène électorale a eu l’effet recherché. La nouvelle a éclipsé toutes les autres ces deux dernières journées. Mais au-delà de l’effet médiatique et de l’ébahissement de la classe politique, son arrivée aura des effets profonds tant sur le jeu électoral en cours que sur les politiques et les rapports de force au sein du Parti québécois.

Cette candidature du patron de Québecor n’est pas une totale surprise. Depuis des mois, la rumeur en faisait état, mais encore fallait-il qu’il renonce au pouvoir et à la sécurité que lui confère son poste de p.-d.g. pour une carrière incertaine dans l’arène politique. Qu’il ait osé correspond sans doute à son caractère. Néanmoins, il aura confondu tous les observateurs.

 

Pierre Karl Péladeau était la carte cachée de la première ministre Pauline Marois qui, comme d’autres chefs du Parti québécois avant elle, rêvait à ce que de « gros noms » du milieu des affaires s’engagent pour la souveraineté. Aux référendums de 1980 et 1995, on avait espéré en vain obtenir l’appui de Pierre Péladeau, le fondateur de Québecor, pour l’opposer à Paul Desmarais, le patron de Power Corporation, activement engagé dans le camp fédéraliste. Aujourd’hui, c’est le gros lot que gagne le Parti québécois.

 

Pierre Karl Péladeau ne fait pas que sortir du placard. Il sera un militant engagé de la souveraineté. Sa volonté de faire du Québec un pays ne fait pas de doute. Dans la mesure où rien n’est improvisé en campagne électorale, voyons-y une confirmation de la volonté de Pauline Marois d’amener le Québec à plus ou moins brève échéance dans un référendum… de la dernière chance. L’évolution démographique du Québec fait en sorte que plus on repoussera une nouvelle consultation, plus les chances de l’emporter diminueront.

 

L’effet Péladeau sur la joute électorale ne sera pas que sur la souveraineté. Sa crédibilité sur le plan économique vient jeter de l’ombre au « trio économique » du Parti libéral. Il en est de même pour la Coalition avenir Québec, qui vient de se trouver un rude concurrent en matière de contrôle des dépenses publiques.

 

Il y aura aussi un effet Péladeau sur le Parti québécois, où il est précédé par sa vision très peu sociale-démocrate et par une réputation de pourfendeur des syndicats. Comme il n’est pas homme à mettre ses convictions au vestiaire, son arrivée entraînera des repositionnements sur le plan des politiques économiques. Le spectre des idées s’élargira, rendant plus difficiles les consensus. Habitué qu’il est à détenir tous les pouvoirs, peu importe ce qu’en pensent les actionnaires et le conseil d’administration, participer à la recherche de consensus sera un défi pour lui, tout comme se plier aux règles de gouvernance stricte de l’administration gouvernementale.

 

Il est une règle que, d’emblée, ses adversaires veulent lui imposer. Ils lui demandent de se départir de toutes ses actions pour assurer qu’il ne puisse exercer une influence sur son empire médiatique. Alors qu’il a déjà accepté de mettre tous ses avoirs dans une fiducie sans droits de regard, ce serait créer une deuxième muraille de Chine. Cela ne serait pas sans soulever d’autres enjeux. À qui vendre Québecor ? À la Caisse de dépôt ? Non. À des intérêts hors Québec ? Ce n’est pas souhaitable. Il reviendra au commissaire à l’éthique de lui imposer des exigences suivant les règles qui valent pour tous à l’Assemblée nationale.

 

La question soulevée est celle de l’indépendance des rédactions au sein du groupe Québecor. À cet égard, il devrait appartenir à ses gestionnaires actuels de rassurer le public en lui donnant, au-delà des assurances morales, des recours pour porter plainte. Sinon, il y aura toujours le Conseil de presse, les syndicats et les associations professionnelles pour dénoncer d’éventuels débordements.

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55 commentaires
  • Marcel Bernier - Inscrit 11 mars 2014 02 h 16

    Une équipe de rêve...

    Madame Marois, en femme d'État qu'elle est devenue, a su réunir autour d'elle des hommes et des femmes d'une qualité exceptionnelle pour former son futur gouvernement.
    Quant à monsieur Péladeau, dont je salue l'engagement politique, il possède une intelligence vive et un sens politique certain. Nul doute qu'il continuera à évoluer selon la realpolitik de notre situation particulière, selon notre désir d'émancipation nationale et selon notre soif de justice sociale.
    Étant de gauche et social-démocrate, je souhaite que puisse s'instaurer, entre les syndicats et le patronat, une vision convergente au profit des travailleurs et des travailleuses, qui sont la cheville ouvrière de notre devenir collectif.

    • Patrick Boulanger - Abonné 11 mars 2014 08 h 04

      « Nul doute qu'il continuera à évoluer selon la realpolitik de notre situation particulière, selon notre désir d'émancipation nationale et selon notre soif de justice sociale. (M. Bernier) »?

      Je vous trouve bien sûr de vous avec votre « nul doute » en ce qui a trait au respect de notre soif de « justice sociale » M. Bernier. Je ne suis pas de ceux qui crie à la catastrophe en voyant PKP rejoindre le PQ, mais je ne suis pas de ceux non plus qui voient dans cette candidature de doite - c'est le cas de le dire! - aucune menace pour nos politiques sociales. Comme dirait M. Legeault, « on verra »...

    • Claude Benoît - Inscrit 11 mars 2014 08 h 11

      pour faire suite à votre commentaire, je suggère Michel Arsenault comme ministre du travail

    • Jocelyne Bédard - Inscrite 11 mars 2014 08 h 45

      Ça serait moins catastrophique que Barette à la Santé!

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 11 mars 2014 12 h 45

      "une vision convergente au profit des travailleurs et des travailleuses".

      Avez-vous déjà regardé LCN ou TVA, ou encore lu le Journal de Montréal ou celui de Québec? Attaques incessantes contre l'État, les syndicats, la social-démocratie, avec arrière-fond de chicane de ruelle sans sources, sans chiffres, sans couvrir toutes les perspectives.

      C'est les affaires, me direz-vous. Si faire des affaires correspond à prendre les gens pour des valises, les affaires n'ont rien à faire avec la démocratie. Gesca aussi fait des affaires avec sa Presse libérale et fédéraliste.

  • Daniel Lemieux - Inscrit 11 mars 2014 04 h 16

    Et si un Desmarais de Power Corp s'était rallié au PLQ ?

    Y aurait-il aujourd'hui autant d'inquiétude quant à l'indépendance des rédactions du groupe Gesca ?

    La ligne éditoriale de ces quotidiens étant déjà réputée fédéraliste, fortement anti-souverainiste, j'ai la nette impression que le débat serait moins ardent.

    • Fernand Lachaine - Inscrit 11 mars 2014 07 h 28

      Les Desmarais sont par contre relier à Radio-Canada par une entente signée en 2001.
      Ce que PKP fait au grand jour, les Desmarais font de la politique fédéraliste, en cachette à Sagard, en passant par tout le personnel de Radio-Canada.
      Pour ceux qui sont offensés de voir PKP en politique, les New-Yorkais ont pourtant eu un maire pendant des années, propriétaire d'une empire médiatique, Michael Bloomberg, et ça n'a pas semblé apporter l'hétacombe que le PLQ, la CAQ et le ROC voudraient produire pour Pierre-Karl Péladeau.

  • Mario Leroux - Inscrit 11 mars 2014 04 h 30

    Effet Péladeau

    J°ai une opinion contraire au contenu de votre article.L°arrivée de PKF comme candidat au PQ fera fuir les travailleurs syndiqués historiquement acquis à ce parti;ces travailleurs se tourneront vers Québec Solidaire ou n°iront tout simplement pas voté.Et c°est le parti Libéral qui en sortira gagnant,empêchant Mme Marois d°obtenir une majorité,pire de perdre l°élection.Examinez le dernier sondage et vous constaterez aussi que l°idée d°un troisième référendum est mal perçue par une majorité de citoyens.Finalement,quand vous parlez de Pierre Péladeau,c°est lors d°un référendum qu°on lui avait demandé en vain de s°impliquer;le 7 avril c°est à une élection provinciale que les québecois sont convoqués .... pas à un référendum!

    • Jacques Patenaude - Abonné 11 mars 2014 09 h 31

      Depuis que le PQ est revenu au pouvoir son action a été largement incohérente. Un coup dans une direction suivi d'un coup dans la direction opposée. L'arrivée de PKP clarifie les choses. L'arrivée de PKP ne fait pas du PQ cette coalition arc-en-ciel dont ce parti rêve. Ça clarifie les choses, le PQ a choisit son camp : Celui qui était occupé par la CAQ. Je n'ai jamais été partisan de cette coalition, je ne le serai pas du nouveau PQ. Moi je serai de ceux qui changent de camp. Ce sera Option Nationale ou Québec Solidaire. Ces deux partis sont souverainistes alors pour la souveraineté mon opinion restera la même mais ça sera au moment d'un éventuel référendum qu'elle s'exprimera.Pour le moment je vais regarder leur programme respectifs et faire mon choix.

    • Yvan Trottier - Inscrit 11 mars 2014 18 h 49

      M. Patenaude, je ne vois pas comment vous allez pouvoir voter au référemdum en votant pour ON ou QS. Pouvez vous m'expliquer? Yvan Trottier

    • François Beaulé - Abonné 12 mars 2014 07 h 04

      Vous êtes intelligent et avisé, M. Patenaude, mais je ne crois pas que le petit peuple réfléchit longtemps avant de voter. La majorité des gens de St-Jérôme va voter pour PKP parce qu'elle l'a vu à Star Académie. Il est grand, plutôt beau et a les yeux bleus. C'est tout ce qui compte. Elle écoute TVA et quand elle sait lire, elle lit le Journal de Mourial. PKP en politique: une étape de plus dans sa stratégie de convergence.

      PKP habite Outremont. Pourquoi ne se présente-t-il pas contre Hélène David dans cet arrondissement cossu?

  • Marielle Gervais Crabbe - Inscrit 11 mars 2014 05 h 34

    Le pouvoir, toujours le pouvoir dans le monde politique

    Dans presque tous les partis politiques, le Quebec n'y faisant pas exception, on retrouve certains courants de pensee: la droite et la gauche qui courtisent un certain centre afin de decrocher le POUVOIR. Ensuite, les masques tombent PIerre Karl P. est tres ambitieux; ce n"est pas un secret; mais je me demande bien ce que peut en penser l"eminence grise du parti, en l'occurence Jacques Pariseau.

    • Chantale Desjardins - Abonnée 11 mars 2014 09 h 40

      Ce que pense M. Parizeau a peu d'importance et le silence est d'or...

  • Pierre Labelle - Inscrit 11 mars 2014 05 h 42

    Ça fait mal!

    À lire, mais surtout à entendre toutes les déclarations du camp fédéraliste depuis les deux derniers jours, oh que oui cette candidature fait mal. Le PLQ qui croyait avoir le monopole du discours économique, idem pour les spécialistes du couperet de la CAQ, les deux formations sont complètement déboussolées. Il leur est impossible de dénigrer les compétence de PKP comme gestionnaire, cela serait quelque peu déplacé, un empire de plusieurs dizaines de milliards de $, alors quoi dire? Ils se rabattent sur l'éthique! Parlons-en de cette éthique M. Couillard, dans un passé pas si lointain, lorsque certain personnage haut placé chez Power Corp. orientait la page éditorial de La Presse en faveur de votre PLQ, vous n'étiez pas si pressé de nous parlez d'éthique, et depuis quand un chef de parti joue-t-il le rôle de commissaire à l'éthique? Si ce pouvoir existait pour les chefs, faut-il croire que votre prédécesseur l'ignorait, trop occupé qu'il était à tenir son volant? Il y a un comissaire à l'éthique qui est chargé de faire respecter la loi, cette loi a des mécanismes qui prévoient les cas d'espèces que vous et vos collègues soulevez. Les soulever c'est une chose, mais que vous vouliez vous substituer à ce commissaire, modifier les règles de cette loi parce que le cas PKP vous dérange, alors là vous allez trop loin et cela commence à ressembler à une chasse aux sorcières. Cette façon de faire est indigne d'un chef de parti qui aspire au poste de premier ministre. De plus, afin de vous sécurisez davantage, dans les pages du Journal de Montréal comme dans celui de Québec d'ailleurs, nous retrouvons les chroniques de vos anciennes consoeurs et confrères tel Mme Beauchamp. Elle n'est quand même pas devenu souverainiste à ce que je sache...., toute les tendances politiques sont présentes, pouvez-vous en dire autant de La Presse?

    • François Ricard - Inscrit 11 mars 2014 07 h 01

      Et l'incohérent François Legault qui lance des cris d'orfraie alors qu'il admet qu'il désirait que PKP le joigne dans la CAQ.

    • Claude Kamps - Inscrit 11 mars 2014 09 h 26

      Un coup d éclat, de tonnerre et si les ...rambo... De ce monde quittent le PQ , ce ne sera pas une perte.... J suis pour une indépendance financière avant le reste qui coulera de source....

    • Claude Champagne - Inscrit 11 mars 2014 14 h 29

      C'est délicieux M. Labelle, la vérité toute la vérité. Si je peux ajouter, Paul Martin est élu élection 1988, Parti Libéral. Propriétaire des autobus voyageurs (Qc, Ontario) CSL (bateaux), dont tous les bateaux étaient enregistrés aux Bahamas pour échapper à l'impôt. Tous ses parts placés en fiducie, "pas vendu". Pendant la campagne électorale de 1988, 500 et plus d'employés de voyageurs, en lock-out ou grève depuis un an pour terminer un an et demi plus tard. Est-ce-que je peux dire deux poids deux mesures. Un entrepreneur fédéraliste est porter à bout de bras et élu plus tard Premier ministre, consacrez grand canadien. Un entrepreneur québécois qui ose, ce que bien avant lui, n'ont pas osé faire et qui peut avoir un entrainement positif d'hommes d'affaires discrets, se faire harceler par l'opposition injustement et qui en ont rêvé de l'avoir dans leurs équipes.

    • Loraine King - Abonnée 11 mars 2014 15 h 04

      M. Champagne - La grande majorité bateaux de CSL sont enregistrés au Canada ou aux USA. Les bateaux des filliales du Groupe CSL sont enregistrés dans d'autres pays, l'Australie par exemple.

      http://www.cslships.com/fr/csl-australia

      Vous comparez des pommes avec des oranges. Ce n'est pas un capitaine de bateau qui écrit des éditoriaux favorables ou défavorables aux politiques des partis ou des politiciens.

    • Grace Di Lullo - Inscrit 11 mars 2014 15 h 18

      On peut voir un bel extrait Wikipedia sur la page de l'ancien Premier ministre Paul Martin:

      Paul Martin a aussi été accusé d'avoir échappé à l'impôt en enregistrant sa compagnie, la Canada Steamship Lines, dans les paradis fiscaux. Pour rendre ce dispositif légal, il aurait modifié la loi concernant l'évasion fiscale alors qu'il occupait le poste de ministre des Finances. Ces lois controversées et ces dispositions concernant les paradis fiscaux ont été jugées inconstitutionnelles par les cours de justice.

    • Claude Champagne - Inscrit 11 mars 2014 16 h 00

      Merci Mme Di LuLo, j'avais cette information devant les yeux mais je voulais faire un raccourci, pas un énoncé. Les pommes et oranges non, seulement l'acharnement est vicieux, quand il s'agit d'un homme d'affaires souverainiste, qui veut servir sa patrie, le Québec.

    • Eric Valois - Inscrit 11 mars 2014 22 h 24

      Monsieur Champagne,

      Je ne comprends votre logique. Par cette comparaison entre le comportement de Paul Martin quand il était ministre et la situation de PKP, êtes-vous entrain de dire un acte mauvais si répété par des personnes d'allégeances opposées peut devenir acceptable? Pouvez-vous élaborer?

      En passant, nul,fédéralistes comme souverainistes, n'a jamais accepté le fait qu'un ministre des finances puissent enrégistrer ses avoirs dans des paradis fiscaux pour ne payer son dû à son pays.