Têtes d’affiche

Drôle de 8 mars cette année. Enfin, ils le sont bien toujours un peu tant la bataille pour l’égalité hommes-femmes, en marche mais pas toujours très vite, recèle son lot de contradictions. Pour une avancée, combien de stagnation… Mais c’est la voie du symbole qui rend cette Journée internationale des femmes si particulière, vue du Québec, en 2014.

En ce début de campagne électorale, les noms de candidates affluent, particulièrement du côté du Parti québécois qui a décidé, et pourquoi pas, de donner une grande visibilité à ses nouvelles recrues sur fond de 8 mars.

 

De fait, l’affiche est belle à lire. Il n’y a pas de femme-alibi parmi tous les noms annoncés par le PQ cette semaine, plutôt un tourbillon de fortes personnalités : Lorraine Pintal, Martine Desjardins, Dominique Payette, Louise Mailloux, et encore, parmi celles présentées vendredi, Gyslaine Desrosiers, Diane Lamarre, Djemila Benhabib, ou Joanne Lalumière, ex-directrice générale du Zoo de Granby. Pour un peu, on se croirait en pleine parité.

 

Et pourtant, on n’y est pas du tout, cheminant plutôt vers un tiers de candidates. Ce n’est pas un reproche, simplement un rappel que les apparences ne disent pas tout. C’est vrai pour les péquistes comme les libéraux ou les caquistes. Seul Québec solidaire échappe au constat parce que toute son organisation vise la parité et qu’on y fait consciemment des efforts pour l’atteindre.

 

Ailleurs, c’est plus flou. Un exemple : fallait-il vraiment déloger une femme, Marie Malavoy, qui n’avait pourtant pas démérité, pour faire de la place à une candidate vedette ? Ne pouvait-on pas simplement additionner les candidatures féminines ? Après tout, en 2012, on ne comptait que 28 % de femmes parmi les candidats, et rien n’indique que cette proportion sera pulvérisée en 2014. Les partis devraient mieux faire.

 

Mais ce « mieux faire » n’est pas si simple à accomplir tant il n’est toujours pas facile pour les femmes d’assumer d’être des têtes d’affiche. On aurait pu l’oublier, n’eût été un incident survenu aux portes du Québec, à l’Université d’Ottawa. Celle-ci a dû, en cette semaine pré-8 mars, faire face à deux événements profondément troublants : une allégation d’agression sexuelle perpétrée par plusieurs joueurs de l’équipe de hockey, et des commentaires sexuels violents tenus sur Facebook par des représentants étudiants à l’égard de la présidente de leur fédération étudiante, Anne-Marie Roy.

 

Laissons à la justice l’agression pour nous attarder à cette rareté : des propos dégradants tenus par des « collègues » sous couvert d’humour ont été épinglés publiquement par la victime elle-même. Faisant fi des commentaires (« Ben voyons, c’est juste une mauvaise blague ! »), Madame Roy a dénoncé un phénomène bien connu des femmes qui occupent des postes de responsabilité ou prennent la parole : il y a toujours un macho pour les ramener à leurs fonctions sexuelles. On espérait que la jeunesse en avait fini de ces clichés ? Eh non. D’ailleurs, en 2012, des militantes du printemps érable s’étaient butées avec surprise à la même réalité (tue en plus par souci de solidarité !), comme l’a révélé l’ouvrage collectif Les femmes changent la lutte. Qu’on le veuille ou non, ce mépris, cette « culture du viol » comme a osé dire Mme Roy, laisse des traces. La vie publique pour les femmes reste décidément un défi.

13 commentaires
  • Marc Bergeron - Inscrit 8 mars 2014 00 h 50

    Une fois l'an!


    C'est l'occasion de se souvenir qu'il y a pas si longtemps la vie était difficile pour les femmes et qu'il y a encore des luttes à gagner. n'oublions pas que la montée d'intégristes de toute religion, nous démontrent que les acquis sont encore bien fragiles. Bonne journée des femmes Madame Boileau et à toutes les femmes.

    • Johanne St-Amour - Inscrite 8 mars 2014 13 h 39

      Vous avez raison M. Bergeron, il y a encore beaucoup de luttes à gagner.

      Josée Boileau mentionne la dénonciation de Madame Roy, une certaine culture du viol, et avec raison. D'ailleurs Jocelyne Robert a déjà dénoncé cette malheureuse culture sur son blogue. Elle en donne plusieurs exemples.

  • Normand Carrier - Inscrit 8 mars 2014 06 h 57

    Vers une longue marche ....

    Il est indéniable et inéluctable que les femmes progressent a un rythme très intéressant et c'est tant mieux .... Comme les femmes sont de plus en plus diplomées et prennent leurs places , il est indéniable qu'elles amélioreront leurs sort ..... De voir autant de femmes en politique est réjouissant et il faut en féliciter les partis qui font l'effort ....
    De constater qu'une femme est première ministre est réjouissant et il faut souhaiter que madame Marois recoive de la population un mandat majoritaire pour qu'elle ait l'occasion de déployer toutes ses possibilités et son potentiel et que cette tradition d'élire des femmes se continue ........

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 8 mars 2014 08 h 42

    Que faire ?

    « La vie publique pour les femmes reste décidément un défi. » (Josée Boileau, Le Devoir)

    En effet, il demeure difficile pour les femmes d’atteindre des niveaux de société, tant publics que privés, susceptibles d’égalité et d’équité si, constamment, elles rencontrent des défis-enjeux, fondamentaux, d’être et d’exister, tout d’abord et simplement, humaines !

    Cependant, de ces défis d’intolérance, de marginalité et d’exclusion, défis mutuels, comment les surmonter si leur origine-cause demeure comme … encore à identifier, et ce, moyennant tant d’années de recherche, de politiques … ?

    Que faire ? - 8 mars 2014 –

  • Yvan Dutil - Inscrit 8 mars 2014 10 h 24

    Une saturation?

    Il n'y a pas si longtemps le Québec était deuxième au monde (derrière l'Espagne) pour le taux de croissance de la proportion de femmes parlementaires. Cependant, cet élan semble s'être arrêté. Contrairement au mythe, les femmes ont autant de chance que les hommes de gagner leur élection et ne sont pas envoyées dans des cironscriptions électorales perdues d'avances.

    Il est possible que le problème soit plus subtil. Dans les chateaux-forts les candidats ne changent que très peu. En effet, pourquoi changer une recette gagnante. De sorte que le proportion d'homme y est vraissemblablement plus élevée. Cela peut facilement bloquer l'entrée de nouvelles femmes au parlement.

    Il faudra que je gratte cette hypothèse plus à fond dans les prochains jours.

    • Roland Berger - Inscrit 8 mars 2014 13 h 58

      « Cependant, cet élan semble s'être arrêté. » Je pense aussi. Il était sans doute « cool » d'avoir quelques femmes dans les assemblées législatives. Plus que ça, c'est trop. Le risque d'influence est trop grand.

    • Yvan Dutil - Inscrit 9 mars 2014 13 h 26

      Non, je ne pense que le problème soit là. C'est le genre de théorie du complot qui est utilisées à outrance pour expliquer tout.

  • Gilles Théberge - Abonné 8 mars 2014 10 h 36

    Rien n'interdit de croire à la parité

    Et à une vraie parité au Conseil des ministres. Mais cela dépend de la façon dont les électeurs se comporteront dans l'intimité de l'isoloir...