Le pari de Pauline Marois

Dix-huit mois après l’élection du 4 septembre 2012, le Québec se retrouve à nouveau en campagne électorale par la volonté de la première ministre Pauline Marois, qui, croyant les auspices favorables, sollicite un mandat majoritaire. Face à des adversaires pugnaces, rien n’est pour autant gagné.

Cette élection était attendue. Dès le lendemain de la formation du gouvernement minoritaire de Pauline Marois, l’opposition, sûre de sa force, annonçait qu’elle le renverserait à la première occasion. On évoquait le printemps 2014. Nous y voilà. Mais c’est la chef péquiste qui, voyant les conditions gagnantes réunies, prend l’initiative.

 

Le gouvernement Marois a été habile. Après de premiers mois difficiles, il était arrivé à se donner, une fois sa cohésion trouvée, un programme privilégiant l’économie et l’identité. Dans le premier cas, ce fut sur fond de contradictions idéologiques. Pensons aux dossiers environnementaux et énergétiques. Dans le deuxième, ce fut au prix de contorsions morales. Si la charte des valeurs québécoises se justifie par ses fins propres de consacrer la laïcité de l’État, la volonté du gouvernement de s’en faire un outil de ralliement de l’opinion publique était pour le moins évidente, voire outrancière parfois.

 

Ces 18 premiers mois de gouvernement Marois constituaient la deuxième manche d’une joute commencée avec l’élection de 2012 où libéraux et péquistes avaient pratiquement fait match nul. Le fait d’avoir remporté cette deuxième manche ne garantit en rien à ces derniers la victoire finale le 7 avril. En face, la Coalition avenir Québec et le Parti libéral seront des adversaires combatifs. Le chef libéral, Philippe Couillard, l’a démontré dès les premières heures de campagne électorale.

 

L’enjeu premier de cette élection pour les péquistes est d’obtenir la majorité qui leur permettra de gouverner seuls. Pauline Marois a été claire dans sa déclaration de départ. Avec un gouvernement majoritaire, elle pourra faire adopter la charte des valeurs québécoises et, diront ses adversaires, remettre à l’ordre du jour la tenue d’un référendum.

 

Il va de soi qu’un gouvernement majoritaire, peu importe sa couleur, vaut mieux qu’un gouvernement minoritaire qui peut être source de paralysie s’il dure trop longtemps. Cependant, réclamer une majorité ne va pas sans certaines exigences, dont celle d’une grande transparence quant à ses intentions. Il faut que les électeurs sachent non seulement pour qui voter, mais pour quoi ils voteront. Ainsi, sur la charte des valeurs, la première ministre doit dire clairement ce que sera la version définitive du projet qu’elle entend faire adopter si elle est réélue. Elle doit faire de même à propos de la souveraineté, de la Charte de la langue française et aussi à propos de ses politiques énergétiques, environnementales et financières. Nous avons assisté à trop de virages abrupts de la part de ce gouvernement pour ne pas demander des engagements clairs.

 

Ces exigences valent bien sûr pour les autres partis, particulièrement pour le Parti libéral, seul autre prétendant sérieux à l’exercice du pouvoir. À cet égard, il aura une démonstration supplémentaire à faire, quant à sa capacité à former le gouvernement. Ce parti porte encore le poids de l’usure des 10 années de gouvernement de Jean Charest. Il a certes un nouveau chef et de nouvelles recrues, mais ils sont encore inexpérimentés dans le domaine politique. Il doit convaincre que la page a été tournée sur ce passé, qu’il a renouvelé son programme et que son équipe aura la cohésion nécessaire pour gouverner.

 

Cette élection marque le retour, si on lit bien les résultats des derniers sondages, du bipartisme. Péquistes et libéraux ne doivent toutefois présumer de rien. Les électeurs québécois gardent une forte dose de cynisme envers ces vieux partis qui disent la main sur le coeur leur volonté de faire de la politique autrement, mais l’oublient à la première occasion. Une volonté que devait symboliser cette loi adoptée unanimement par l’Assemblée nationale de tenir des élections à date fixe. Comme dans toute loi, il y a l’esprit et la lettre. Pauline Marois a choisi de s’en tenir à la lettre qui lui permettait malgré tout de déclencher cette élection. Cherchons l’erreur. Est-ce d’avoir fait adopter cette loi ou de contraindre aujourd’hui son esprit ?

36 commentaires
  • Gaetane Derome - Abonnée 6 mars 2014 01 h 07

    Cherchons l'erreur..

    En effet,cherchons l'erreur.N'est-ce pas plutot l'opposition,qui en faisant obstruction quasi systematique a presque tous les projets de loi deposes a l'assemblee nationale ont provoque cette election???
    Le PLQ s'est meme oppose au projet de loi 52,pourtant commence sous l'ere de ce meme gouvernement..
    Je fais un souhait pour l'apres-election: chers deputes,travaillez en equipe en respectant vos idees les uns et les autres.Et chefs de partis ne contraignez pas vos collegues a penser comme vous(je pense ici a Mme Houda-Pepin et M.Couillard).

  • simon villeneuve - Inscrit 6 mars 2014 02 h 34

    ouf !

    M.Descôteaux :"Il va de soi qu’un gouvernement majoritaire, peu importe sa couleur, vaut mieux qu’un gouvernement minoritaire qui peut être source de paralysie s’il dure trop longtemps."

    Une chance vous ajouter ceci :"Cependant, réclamer une majorité ne va pas sans certaines exigences, dont celle d’une grande transparence quant à ses intentions."

    Malheureusement, je suis tout a fait en desaccord malgre votre 2e point.
    Une "grande transparence" devrait etre une necessite en tout temps en l'absence d'une possibilite de destitution du premier ministre par le peuple.

    On voit les resultats qe cela peut occasionner en Ukraine ...

    Notre systeme politique ne permet pas de reclamer une majorite reelle sans avoir plus qu'un tour d'election !
    Le Quebec autant que le Canada demontrent qu'avec seulement 40% d'appui, un gouvernement majoritaire est possible, malgre 60% qui ne sont pas representer au pouvoir .
    Je ne comprends pas comment ce systeme electoral est toujours de ce monde, etant une des sources principales de conflits sociaux a travers le pays par manque de representations du peuple qui est bien evidente.

    Ainsi un gouvernement minoritaire avec seulement un tour d'election est nettement favorable justement pour empecher une minorite comme le gouvernement d'Harper ( 39,9% de voix en 2011) d'imposer sa vision sur une majorite silencieuse.

    A preuve le gouvernement d'Harper etait moins dommageable quand il etait minoritaire .

    Ce system electoral peut fonctionner seulement quand il y a 2 grands partis politiques mais on voit bien les limites imparfaites de ce systeme aujourd'hui.

    Alors a mon avis, esperons un gouvernement minoritaire et obligeons nos elus a travailler ensemble pour nous jusqu'a ce systeme electoral soit changer !

    Ils sont payes pour ca, non ?

    • Carole Dionne - Inscrite 6 mars 2014 10 h 34

      Opposition quasi systématique?

      Pas sûr. Mme Maropis le dit, ce n'est pas nécessairement vrai. je viens d'écouter un clip où la main sur le coeur, Mme Marois vilipande Charest sur les nomination politiques. Pensons à Girauird à l'AMT, Boisclair avec un poste permanent, etc. Donc il faut en prendre et en laisser.

      Mme Marois n'aime pas qu'on la contredise. Elle veut mener à sa façon, sans opposition.HUM

    • Normand Carrier - Inscrit 6 mars 2014 11 h 05

      Les quelques nominations que vous soulevez , madame Dionne , sont un sombre reflet des plus de 200 nominations partisannes sous Jean Charest .... Le manque de postes ou de candidats l'ont arrêté ou les deux .....

    • Loraine King - Abonnée 6 mars 2014 12 h 59

      Jean Charest fut premier ministre pendant combien d'années? Normal que le nombre de nominations soit supérieur, non?

    • Denis Beausoleil - Abonné 7 mars 2014 08 h 41

      Mme Dionne, Mme Marois se devait de déloger les pions de Charest dans certains postes stratégiques, ne vous en déplaise.
      O. Lessard

  • Yves Côté - Abonné 6 mars 2014 03 h 11

    Question...

    Analyse de Monsieur Descôteaux que je partage.
    Et si, coup de théatre bien préparé avec le départ de Monsieur Duchesneau, après discussions et négociations "secrètes", à quelques jours de l'élection, la CAQ se sabordait en faveur du PL pour unir les forces en question ?
    Après tout, souvent conservateurs et libéraux ne sont pas très loin les uns des autres... Tel ce que Monsieur Charest (et d'autres, selon les circonstances politiques québécoises) nous a prouvé il y a longtemps.
    Selon les sempiternels sondages, le PL n'en deviendrait-il pas majoritaire à l'élection ?
    A mon avis, dès demain, la campagne électorale du PQ a tout intérêt à ouvrir humblement son argumentaire et à prévoir une négociation de "plages d'entraide" avec QS et ON...
    Autrement, les surprises me semblent d'autant plus possibles que l'abstention risque d'être forte et que le PLQ n'en serait pas à une première stratégie surprenante. Après tout, dans cette élection que je qualifie de "kamikaze", le PLQ n'a-t-il pas tout à gagner d'une stratégie de conciliation à la députation ? Et la CAQ, de son côté, pas grand chose à y perdre ?
    Alors que Madame Marois et le PQ s'y jettent tête baissée, "le tout pour le tout"...
    Vive le Québec libre !

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 6 mars 2014 05 h 13

    Quant au reste ... !

    De ces vieux partis s'y affrontant, et compte tenu de Celui de Marois, le Pari de l'Électorat sera celui susceptible de les attirer de transparence, de dignité, d'humanité !

    Quant au reste ... ! - 6 mars 2014 -

  • Louka Paradis - Inscrit 6 mars 2014 05 h 23

    L'aspergeoir de la détestation

    Déclencher des élections dans le contexte de l'obstruction systématique qu'on a pu observer depuis 18 mois, et devant la déclaration répétée des partis d'opposition qu'ils voteraient contre le budget Marceau, n'a rien de surprenant, ni rien d'offensant. Et c'est loin d'être une erreur. Cette décision était prévisible depuis des semaines. Après 18 mois d'insultes et de hargne de la part de l'opposition officielle, il était plus que temps de crever l'abcès et de faire avancer le Québec. L'esprit de la loi, c'est beaucoup plus de permettre au gouvernement de gouverner que de s'attacher aux mots «élections à date fixe» qui vaut plutôt lorsqu'on a affaire à un gouvernement majoritaire.
    Ceci dit, il était assez lamentable d'entendre M. Couillard commencer sa campagne sur le ton de la haine, en brandissant l'aspergeoir de la détestation de l'autre : ce ne sont pas des propos dignes d'un chef d'État rassembleur et ils ne pallieront certainement pas au vide du coffre à outils libéral. Imaginons le tollé à la une des journaux ce matin, si c'était Mme Marois qui avait proféré de tels mots :« Je déteste le parti libéral...» Allons donc ! Curieux que personne ne s'indigne lorsque ce discours sort de la bouche de M. Couillard... Cherchez l'erreur.

    • lise pelletier - Inscrit 6 mars 2014 09 h 19

      Par contre la population, elle, l'a bien entendu.
      Et dire qu'on parle de plus en plus de prévenir l'intimidation chez les jeunes, ce n'est certainement pas en suivant l'exemple du PLQ que ça va arriver.

    • Carol Létourneau - Abonné 6 mars 2014 09 h 54

      Bravo madame Paradis. Je ne suis pas chaud partisan mais comme vous, je trouve qu'on minimise toujours les pires frasques des fédéralistes alors qu'on ne manque pas de souligner la moindre incartade des souverainistes et encore plus pour madame Marois. Comme vous, j'ai vu hier à quel point on peut être odieux chez nos adversaires et comment il doit être difficile de collaborer à l'Assemblée nationale. Cela dit, je n'excuse pas tout à fait ce manque de collaboration d'où qu'il vienne.

    • Stéphanie Lachance - Inscrite 6 mars 2014 13 h 40

      Vous avez entièrement raison sur les déclarations répétées des partis d’opposition de voter contre le budget. Alors pourquoi ne pas laisser le vote justement pour ainsi respecter la loi ainsi votée. J’espère qu’on ne me donnera pas un billet de contravention si je dis que ce soir j’ai l’intention de rouler à 160km/h, mais si jamais je roule ce soir à 121 km/h là je mérite une contravention.

    • Loraine King - Abonnée 6 mars 2014 15 h 55

      Madame Lachance - les partis d'opposition peuvent voter contre le budget, mais en nombre insuffisant pour défaire le gouvernement en chambre.