Une grande absente

S’il est un thème qui devrait faire l’objet de débats publics au cours de la prochaine campagne électorale, c’est celui de la politique énergétique. Or, ni le Parti québécois ni le Parti libéral ne sont malheureusement prêts à remettre en question l’utilisation qui est faite des deniers publics par Hydro-Québec.

Il y a fort à parier que le gouvernement Marois aurait préféré attendre que les élections soient passées pour publier le rapport de la commission Mousseau-Lanoue sur les enjeux énergétiques du Québec, notamment sur l’électricité.

 

Rappelons les faits. Selon Hydro-Québec, la société d’État disposerait de 75 térawattheures (TWh) de surplus d’électricité accumulés d’ici 2024. Or, selon les calculs effectués par la commission, le chiffre serait plutôt de l’ordre de 30 TWh par année d’ici 2024.

 

De ces 30 TWh d’excédents annuels, une dizaine sont exportés de façon rentable, les 20 autres ne seront utilisés que si nous acceptons une perte sèche annuelle supplémentaire d’au moins 1,2 milliard de dollars dès 2016, et qui pourrait grimper à 2 milliards par année en 2025 si le gouvernement accède à la demande de l’industrie éolienne d’ajouter 350 mégawatts (MW) de puissance annuellement à partir de 2017, en sus des 800 MW récemment accordés par le gouvernement Marois à trois fois le prix de vente.

 

Voilà pour la production. Quant à la consommation, elle stagne depuis 2007. Or, la nature ayant horreur du vide, il était prévisible qu’aussitôt l’existence de surplus connue, tout ce que le Québec héberge d’industries énergivores se ruerait sur les politiciens pour exiger des rabais. Producteurs de légumes en serre, alumineries et papetières, sociétés minières, cimenteries, centres de ski… tout le monde veut son rabais. Et Québec acquiesce pour prouver aux électeurs qu’il a à coeur la « création de richesse ».

 

Qui peut refuser de développer ses richesses naturelles, demandent certains ? En effet… pourvu que cela soit rentable, qu’on en ait vraiment besoin, et qu’on soit prêt à en payer le prix. Ce qui n’est pas le cas.

 

Le Manitoba, qui est aussi un grand producteur d’hydroélectricité, a toujours refusé d’accueillir des alumineries pour éviter d’en faire payer le prix à ses contribuables, rappelle la commission.

 

Chez nous, les pertes subies par Hydro-Québec au cours des prochaines années exigeront des hausses de tarifs annuelles supérieures à l’inflation, sans hausse équivalente du dividende pour l’État puisque ce sont les producteurs privés et les grands consommateurs qui en profiteront.

 

La Norvège, qu’on aime bien citer en exemple, vend son pétrole à sa valeur marchande et cherche plutôt à attirer chez elle des entreprises à valeur ajoutée.

 

Avec le temps, nos gouvernements sont pris au piège de devoir investir toujours plus dans la production, même à perte, sous la pression des producteurs d’électricité, des firmes de génie, des élus régionaux et des grands consommateurs en quête d’énergie à bon marché. Le tout drapé du voile de la création d’emplois, pourtant de moins en moins nombreux, pour une quantité d’énergie de plus en plus coûteuse à produire.

 

L’automne dernier, le ministre des Finances et de l’Économie, Nicolas Marceau, annonçait une politique économique dans laquelle les rabais temporaires aux sociétés qui investiront chez nous tiennent la belle place. Si l’idée d’une incitation temporaire peut difficilement être rejetée dans le contexte actuel, il serait naïf d’imaginer que ces entreprises accepteront de payer plus cher à la fin de la période de grâce. Alcoa vient de nous rappeler que le chantage à l’emploi rapporte toujours autant à la veille d’une élection.

 

Dans son rapport, la commission Mousseau-Lanoue soutient que l’investissement dans des mesures d’efficacité énergétique créerait autant, sinon plus d’emplois que la production d’énergie. Or, un tel virage deviendra impossible si Québec maintient le cap puisqu’Hydro-Québec devra, au contraire, inciter tout le monde à consommer davantage pour écouler ses surplus.

 

En choisissant de maintenir l’approche actuelle héritée du siècle passé, les gouvernements qui se succèdent à Québec nous enferment dans un cercle vicieux où nous serons pris en otage à coups d’augmentations annuelles de tarifs qui serviront seulement à nourrir une politique industrielle sans avenir.

10 commentaires
  • Marc Bergeron - Inscrit 5 mars 2014 02 h 03

    Le rapport qui se fou de nos santés....

    et qui ne demande pas mieux que de nourrir les grandes forestières. En tout respect, l'économie d'énergie par l'isolation des maisons. Réduction de la vitesse pour atteindre les objectifs. On ne cherche qu'à nous faire payer et payer et encore...avec des taxes vertes pour vider les forêts que probablement nous embaucherons de la main d'oeuvre étrangère comme dans plusieurs secteurs. Pendant qu'en Europe recule pour cause de pollution ici on fait le contraire. Maudite boucane!

    • Yvan Dutil - Inscrit 5 mars 2014 11 h 30

      Monsieur Bergeron, les économies d'énergie sont centrales dans le rapport. Pour un raison que je ne comprend pas, vous est bocké sur la biomasse qui est une partie minime du rapport et dont l'utilisation est surtout recommandée comme remplacement du mazout.

  • Micheline Gagnon - Abonnée 5 mars 2014 06 h 22

    PQ, Le gouvernement des régions


    Hydro-Québec sert à acheter des emplois et des votes en région que nous payons tous par nos tarifs d'électricité en plus de nos impôts. Jean Lesage voulait que l'on soit «maîtres chez nous» en créant Hydro-Québec. Cette vocation initiale est-elle encore d'actualité ou avons-nous un gouvernement qui manque d'imagination dans la création d'emplois en région? Les tarifs d'électricité sont-ils devenus des impôts indirects?

    Pendant ce temps, la STM va perdre, cette année, son accès au tarif préférentiel L, dont elle bénéficie pour l'alimentation électrique du métro. Résultat: une facture additionnelle de plus de 430 000$ par année pour faire rouler la plus importante infrastructure de transport électrique du Québec.

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 5 mars 2014 10 h 11

      Pourtant, si ce même argent était directement mis à disposition des citoyens de ces mêmes régions, celles-ci en bénéficieraient beaucoup plus! Ce genre de politique ne bénéficie même pas aux régions et est une perte nette pour la collectivité.

  • Pierre Couture - Inscrit 5 mars 2014 10 h 53

    Espérons que les électeurs...

    Espérons, Monsieur Sansfaçon, que les électeurs liront cet éditorial lumineux et sauront suivre votre raisonnement jusqu'aux urnes.

    • François Beaulé - Abonné 5 mars 2014 14 h 19

      Ah oui, pour quel parti les électeurs devraient voter? Quel parti propose une politique énergétique qui respecte les conclusions de la commission sur l'énergie?

  • Jacques Gagnon - Inscrit 5 mars 2014 14 h 21

    Idée fixe

    Vous commencez en discréditant les chiffres d'Hydro-Québec, de sorte que la crédibilité de l'institution soit sapée au passage et il accorde la vérité à notre duo d'experts bien calfeutrés dans leur confort. Mais qui sont les experts ? Il me semble qu'Hydro-Québec a quelque expérience, non ?

    Il y a tout de même un léger biais, n'est-ce pas ? 75 TWh contre 300 TWh. Qui dit vrai ? Lui, il le sait, c'est 300 TWh, parce que ça parait mieux, ou pire selon, pour les fins de sa démonstration.

    Le Manitoba ne se compare pas à Hydro-Québec. Il ne pourrait avoir d'aluminerie parce que sa production est beaucoup trop petite, environ 8 fois moindre que le Québec.

    Vous êtes bien au fait de la production, mais jamais on ne voit l'ombre du commencement d'études sur les retombées économiques de l'utilisation industrielle de l'électricité, ni par vous, ni par l'inévitable professeur Bernard, ni par nos «experts». Tous balaient sous le tapis les avantages, comme s'ils étaient nuls. De plus l'efficacité énergétique n'est pas exclue par personne, c'est une avenue de développement prometteuse. Mais encore une fois, vos experts ne nous diront pas le comment. Quand on est expert, on est pointu et borné un aspect ?

    De plus, vous alimentez les préjugés que l'on voit poindre tout de suite dans cette page même avec cette dame qui croit que dans la civilisation, i.e. Montréal, on paie pour tout ça. Sans doute que Montréal ne coûte rien aux contribuables ? Mais moi, je ne plaindrai pas qu'on s'occupe de Montréal pour dire que pendant ce temps, on crève dans les régions. Vous faudra-t-il donc d'autres Rambos ?

    Le pragmatisme nous dit aussi que les barrages sont là, que les alumineries sont là depuis les années 20 et que tout cela ne disparaîtra pas. Alors nous voulons entendre des idées de développement, les autopsies ont assez duré.

    • Guy Vanier - Inscrit 5 mars 2014 17 h 31

      Nous devrions Subventionner les voitures électriques.... Nous consommons l'électricité que nous avons de trop, nous diminuons notre dépendance au pétrole et protègent l'environnement.
      Gagnant gagnant.....

    • Jacques Gagnon - Inscrit 6 mars 2014 09 h 42

      Vous avez tout compris monsieur Vanier. Cependant, si on avait attendu, ce ne serait pas possible. Le barrage de la Romaine sera complété en 2020. On reproche sans cesse aux politiciens leur manque de planification et de vision, mais quand on se projette dans le futur, on nous sert des arguments comme ceux de monsieur Sansfaçon sur les surplus «actuels».

      Le problème est que la culture d'entreprise n'existe pas au Québec. Alors le moindre risque est décrié. Comme si on pouvait faire des profits à ne rien risquer.

  • Jacques Morissette - Abonné 6 mars 2014 11 h 56

    Très bon texte.

    Très bon texte, avec des questions soulevées qui soulèvent le coeur.