Un mari embarrassant

Le climat à l’Assemblée nationale a été plutôt serein depuis l’élection du 4 septembre 2012, du moins comparativement à ce qu’il avait été sous le gouvernement Charest. Cela aura été vrai jusqu’à jeudi alors que se confirmait la tenue d’élections. Les gants sont alors tombés, libéraux et caquistes se liguant pour ordonner à Pauline Marois et à son mari, Claude Blanchet, de venir s’expliquer en commission parlementaire sur ce qui est appelé le « deal » Blanchet-Fonds FTQ.

 

La manoeuvre est tout sauf subtile. Libéraux et caquistes ont compris que le meilleur atout du Parti québécois durant la prochaine campagne électorale est Pauline Marois. Depuis son élection, son intégrité personnelle et celle de son gouvernement n’ont pu être mises en cause… jusqu’à ce que devant la commission Charbonneau on entende le président de la FTQ évoquer un « deal avec Blanchet » pouvant servir de levier pour convaincre le PQ de s’opposer à la tenue d’une enquête publique sur la construction.

 

Cette affaire est tout bonbon pour l’opposition qui peut mettre le PQ en contradiction avec ses comportements passés. Celui-ci n’avait eu de cesse dans l’opposition d’attaquer l’intégrité du gouvernement Charest et de promettre un comportement exemplaire. Voilà qu’il y a cette affaire et que la première ministre se refuse à la transparence en restant sourde à l’ordre de la Chambre de se présenter en commission parlementaire.

 

Le piège, pour grossier qu’il soit, est habile. Libéraux et caquistes ne cherchent pas tant à obtenir des réponses qu’à créer une situation où la première ministre semble avoir des choses à cacher. Son refus d’aller en commission parlementaire les autorisera à la harceler tout au long de la campagne électorale. S’ils avaient voulu vraiment obtenir des réponses, ils auraient convoqué cette commission parlementaire bien avant, de telle sorte que Mme Marois n’aurait pas pu échapper à la contrainte de l’ordre du Parlement, ce que lui permettra le déclenchement des élections.

 

La tactique est d’autant plus habile que ce « deal » soulève des questions. Il y a des zones grises, comme le fait que l’investissement du Fonds de solidarité dans Capital BLF s’est fait sur la base d’une valeur de l’entreprise de 6 millions de dollars alors que sa valeur marchande n’aurait été que de 2 millions, de prétendre la CAQ. Tôt ou tard, des réponses devront être données. Elles doivent venir du Fonds FTQ et de M. Blanchet. Tant qu’elles n’auront pas été données, celui-ci devra se faire discret durant la campagne électorale, car le voilà devenu un embarras pour son épouse.

28 commentaires
  • Nephtali Hakizimana - Inscrit 22 février 2014 01 h 21

    Il y a quelque chose qui m'échappe: s'agit-il d'un « deal » avec M. Blanchet ou Mme Marois?

    Pourquoi convoquent-ils les deux en même temps? Pourriez-vous m'éclairer? Merci!

    • Dominik Waterkeyn - Inscrit 22 février 2014 09 h 57

      Parce que Mme Marois ne veut pas répondre aux questions des députés à l´Assemblée Nationale.
      Pour être précis ,elle éludent les questions.

    • Colette Pagé - Inscrite 22 février 2014 10 h 22

      Comme vous, sauf pour des raisons électoralistes, j'ignore les raisons justifiant l'opposition à réclamer la présence de Madame Marois pour une affaire mettant en cause son conjoint et le Fonds de solidarité.

      Tout cela ressemble étrangement à de la petite politique visant à nuire à l'image d'intégrité de la Première ministre.

    • André - Inscrit 22 février 2014 15 h 52

      Ce que je trouve décevant, c’est de la petite politique , comme vous dites, et Mme Marois, si le PQ est majoritaire aux prochaines élections, sera tentée de se venger en obligeant M. Couillard à venir s’expliquer en commission parlementaire sur des événements plutôt troublants de son passé, synonymes de conflits d’intérêts : recherche d’un emploi dans le secteur des cliniques privés lorsqu’il était ministre de la Santé, sur les lois favorisant les cliniques privées qu’il a fait passer à l’Assemblée nationale avant son départ, sur ses liens avec le Dr Porter et le CUSM….

    • Louka Paradis - Inscrit 22 février 2014 16 h 30

      Et bien... Voici un titre tout à fait étonnant. Les affaires de M. Blanchet ne concernent nullement la fonction politique de sa conjointe, et vice versa.

      Il y a belle lurette que le temps où les femmes n'étaient pas autonomes face à leur conjoint est révolu au Québec.

      Étonnant d'assister à ce dérapage et à cette régression dans une institution comme l'Assemblée nationale, tout comme dans les médias.

      Pour ce qui est des élections, tout le monde sait depuis l'automne qu'elles auront lieu incessamment... Qui donc veut nous faire prendre des vessies pour des lanternes ?

      Louka Paradis

    • Patrick Boulanger - Abonné 22 février 2014 18 h 50

      Voici certains passages des fameuses écoutes électroniques : « Le PQ ne touchera pas à ça. Je vais parler à Pauline», dit Michel Arsenault . Le président de la FTQ ajoute qu'il a «un deal avec Blanchet», afin que le PQ, qui formait l'opposition officielle, ne se mêle pas du débat. [c'est-à-dire demander une enquête sur l'industrie de la construction] (Le Devoir) »

      Voir: http://www.ledevoir.com/societe/justice/397839/la-

  • Céline A. Massicotte - Inscrite 22 février 2014 06 h 45

    Le bonbon...

    M. Descôteaux a tout vrai, sauf lorsqu'il écrit "jusqu’à ce que devant la commission Charbonneau on entende le président de la FTQ évoquer un « deal avec Blanchet » pouvant servir de levier pour convaincre le PQ de s’opposer à la tenue d’une enquête publique sur la construction. Il semble oublier qu'avant et après ce prétendu deal, le P. q. n'a jamais eu de cesse de demander, d'exiger cette enquête publique.

    Ça fait que... le bonbon de M. Descôteaux est un peu dur à avaler ce matin. À moins que ce Blanchet ait eu une très mauvaise connaissance de sa femme, et encore...

  • Normand Carrier - Inscrit 22 février 2014 07 h 15

    Un autre virement de Couillard ....

    La semaine dernière Philippe Couillard , a la même demande de la CAQ , disait non a une commission parlementaire pour convoquer le couple Marois-Blanchet sous prétexte que c'est a la commission Charbonneau de régler ces probèmes .... Mais la ferveur électorale lui a permit un joyeux flip-flop contraire a ses <principes> disait-il !
    Michel Arseneault , suite a son pétage de bretelles , a répéter deux fois par jour qu'il n'y avait pas eu de deal et que son conseiller Audet l'a convaincu du ridicule d'essayer de parler a madame Marois de refuser une commission d'enquête .... Ce n'est qu'une bassesse politique venant de deux partis désespépés et il est surprenant que l'éditorialiste en fasse cas ...
    Imaginons le PQ au pouvoir convoquant en commission parlementaire tous les députés et anciens ministres libéraux car leurs noms seraient mentionnés a la commision Charbonneau sans aucune preuve que leur témoignage .... Que dirait monsieur Descoteaux ? Insensé et ridicule ... Alors ...

  • Sylvain Rivest - Abonné 22 février 2014 10 h 16

    Petite politique...

    Les libéraux font tout ce qu'ils peuvent pour démontrer que le PQ est aussi corrompu qu'eux.
    Le problème est qu'à la commission Charbonneau ce sont des proches des libéraux qui s'y présentent. Qu'il y ait quelques pommes pourites chez les autres partis je n'en serait pas surpris mais c'est tout de même les libéraux qui gagnent la palme et haut la main en ce qui a trait à la corruption. Même choses pour les fédéralistes et là que ce soit conservateurs ou libéraux ils ont droit au podium à juste titre.

    • J-F Garneau - Abonné 22 février 2014 13 h 01

      Donc, à vous lire c'est classé. Fédéralistes et/ou Libéraux : coupables. Péquistes ou autres souverainistes : absolution sans confession. Pas de questions.

    • Sylvain Rivest - Abonné 22 février 2014 19 h 26

      J-F Garneau vous êtes vites! Et oui, c'est comme ça. Sortez moi les noms de tous ceux qu'on a reconnu comme ayant magouillé ou fermé les yeux qui ce sont présenté à la commission Charbonneau... Une majorité des gens étaient des proches des libéraux et des fédéralistes. Et le lien est tellement facile à faire. Regardez les gens qui sont approché chez le les libéraux/fédéralistes soit des avocats ou des gens d'affaire. Contrairement, à ceux que courtise le PQ, des intellectuelles et des universitaires. Chez les conservateurs c'est encore pire. Alors, quand un parti politique s'acoquine avec des avocats et des gens d'affaire y a des chances que ce parti s'enfonce dans la corruption et les magouilles de tous genres.

  • Dominik Waterkeyn - Inscrit 22 février 2014 10 h 45

    Incompréhensible !

    S´ils n´ont rien à se reprocher ,au lieu de faire taire toutes les rumeurs en acceptant la convocation à la commission parlementaire, le couple Marois -Blanchet en se défilant vont amplifier ces rumeurs.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 22 février 2014 17 h 49

      D'accord avec vous.