Livre beige, livres roses

Un colloque a célébré jeudi et vendredi la mémoire du regretté Claude Ryan, à l’occasion des 10 ans de sa mort. Plusieurs textes ont été publiés à cette occasion. On a notamment tenté d’imaginer la position que l’ancien directeur du Devoir et ancien chef du Parti libéral aurait eue sur le thème qui kidnappe tous les débats politiques et conversations ces jours-ci : la charte des valeurs. Il s’y serait opposé au nom des droits et libertés, ont répondu plusieurs, et ceux-ci ont sans doute raison.

 

Malheureusement, pas ou peu de choses ont filtré sur la place publique quant à la pensée de l’homme sur le fédéralisme canadien, un des sujets qui l’ont le plus occupé.

 

Or, dans ce domaine, il essuya un grand échec. C’est un lieu commun de dire que la carrière politique de René Lévesque est ponctuée d’un revers proéminent, celui du oui au référendum de 1980. La mémoire collective semble toutefois en train d’occulter que Claude Ryan, même chef du camp victorieux, aura subi un revers important. D’abord lors du rapatriement de 1982, qui consacrait une réforme du Canada contraire à celle qu’il avait prônée dans son Livre beige (pourtant victorieux à 60 % en 1980). Ensuite lors de la mort de Meech en 1990, et du non à Charlottetown en 1992, qui visaient précisément à réparer l’affront de 1982.

 

Lorsqu’il a quitté la politique, M. Ryan a continué de s’intéresser au fédéralisme canadien, à y prôner l’« asymétrie ». Mais il sembla concéder la victoire au trudeauisme, abandonna la vision forte et nuancée du Livre beige. Il eut même de bons mots pour la Charte canadienne des droits et libertés, notamment dans son précis sur les valeurs libérales. (C’est peut-être ce qui explique que la pensée soi-disant fédéraliste, au Québec, aujourd’hui, produit surtout des « livres roses » sur le Canada.)

 

Dans ce même ouvrage, peut-être M. Ryan a-t-il simplifié le « courant rouge », censé selon lui incarner l’ensemble du parcours libéral au Québec depuis le XIXe siècle. Ce courant verrait « dans la défense des libertés individuelles le fondement principal de la démocratie ». Cela, comme l’a déjà fait remarquer l’historien Éric Bédard, n’évacue-t-il pas trop aisément le sentiment national qui a habité les libéraux, d’Honoré Mercier à Robert Bourassa, en passant par Jean Lesage ? Dans « Maîtres chez nous », il y avait bel et bien un « nous », notait Bédard. Le chef libéral actuel, Philippe Couillard, ne semble pas trop s’en souvenir lui non plus.

11 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 15 février 2014 08 h 21

    La rengaine

    "Nous irons vous défendre aaaaaaaatawa", ont dit tous les chefs du PLQ.
    Question de privilège: pourquoi est-on obligé de se défendre quand on va aaaaaaatawa?

  • Carole Dionne - Inscrite 15 février 2014 09 h 24

    On est cultivé au Québec

    On fait beaucoup de livres

  • Pierre Grandchamp - Abonné 15 février 2014 10 h 03

    Ryan:le prototype parfait du perdant et de l'impossible réforme de la constitution

    En fait, le sympathique Claude Ryan s’est fait rouler dans la farine par Trudeau.

    Bourassa a failli réussir à Meech. C'est justement Trudeau qui a déclenché la campagne anti-Meech avec d'autres libéraux fédéraux.

    S'il est vrai que les indépendantistes ont perdu 2 fois(1980 et 1995), les fédéralistes québécois(mais en fait, sommes-nous dans une Confédération que le 1er juillet?) ont échoué maintes fois,depuis quelque 50 ans ,à réformer la canadian constitution.

    Voici la liste des échecs::Fulton Favreau(1964), Victoria(1971), Ottawa(1982),Meech 1(1987),Meech 2(1990), Charlottetown(1992), Calgary(1998)....

    Voici la liste partielle des Commissions et Comités, créés là dessus,
    depuis plus de 50 ans:Tremblay,Laurendeau Duntonsur bilinguisme et biculturalisme.....Pépin Robarts......Livre beige du PLQ
    sous Ryan.....Commission Bélanger Campeau....Beaudoin Dobbie.....Rapport
    Allaire du PLQ....Commission Spicer...Comités mixtes et sénatoriaux des
    Communes.....Propositions Courchesne 1998.....

    Bourassa au soir de l'échec définitif de Meech(23 juin 1990):" Le Canada anglais a raté une chance incroyable. On ne peut se fier à eux dans une négociation". Ryan dira la même chose.

  • Colette Pagé - Abonnée 15 février 2014 10 h 43

    Claude Ryan la souveraineté du Québec et la Charte.

    Contrairement au chef actuel du Parti libéral Claude Ryan avait une culture politique et une connaissance fine du fédéralisme qu'il souhaitait asymétrique. Vu l'échec de ses propositions de réforme du fédéralisme et l'absence de volonté politique permettant au Québec d'adhérer au Pacte constitutionnel il est raisonnable de penser que le temps faisant son oeuvre Claude Ryan de même que Léon Dion auraient pu en arriver à la conclusion que la seule voie possible reposait sur la souveraineté. Indépendants d'esprit et intellectuels engagés, ils auraient été capables d'effectuer ce virage.

    Quant à la Charte je ne souscris pas à l'opinion à l'effet que Claude Ryan s'y serait opposée. Car, en constatant les dommages collatéraux du multiculturalisme et du gouvernement des juges, Claude Ryan respectueux du rôle des élus, n'aurait pas apprécié cette dérive sans omettre que la montée de l'intégrisme l'aurait incité à favoriser l'adoption de mesures concrètes.

  • Gilles Théberge - Abonné 15 février 2014 10 h 47

    C'est parfois répugnant

    Faire parler les morts et leur faire dire ce que l'onpense soi-même en s'appuyant sur ce que peut-être d'autres diraient pour donner du poids à ses propres opinion, moi ça m'écoeure.

    • Cyril Dionne - Abonné 15 février 2014 16 h 06

      D'accord avec vous M. Théberge. Laissons les morts en paix.

    • Denis Marcoux - Abonné 16 février 2014 20 h 41

      On le fait pour les philosophes décédés, ici dans Le Devoir. L'exercice est-il moins répugnant parce que ce ne sont pas des politiciens?

      Allons, allons...