Trop pudique!

Pour la première fois dans son histoire, la Commission européenne (CE) s’est appliquée à sculpter le profil de la bête corruption. Après avoir fait l’inventaire des méfaits dont beaucoup d’entre eux portent l’empreinte des mafias, la CE a calculé que ceux-ci totalisent 180 milliards de dollars ! Bizarrement, les auteurs de l’étude font preuve d’une pudeur inexplicable, pour ne pas dire lâche. En effet, ils prennent un soin méticuleux à ne pas nommer les États où ce fléau est plus prononcé qu’ailleurs. Bref, ils ménagent les susceptibilités nationales à un point qui frise le ridicule.

 

À preuve, à la page 22 on peut lire : « dans les États membres où la criminalité organisée pose des problèmes considérables, la corruption sert souvent à faciliter les choses […] dans un autre État membre, la criminalité organisée exerce son influence à tous les niveaux […] ce pays était réputé avoir le taux d’économie souterraine le plus élevé de tous les États membres de l’UE. » Il s’agit évidemment de l’Italie, où les activités mafieuses et le marché noir totalisent 25 % du PIB officiel.

 

Cet essor du vice a été largement favorisé par la crise de 2008. Partout en Europe, les mafias d’Italie, de Russie, de Géorgie, d’Arménie, de Bulgarie, de Grèce et de Roumanie ont profité du chaos financier pour acquérir à petits prix les entreprises fragilisées ou celles qui avaient déclaré faillite. Ce faisant, ils ont atteint un double objectif : blanchir l’argent sale, notamment celui de la drogue et de la prostitution, et pénétrer le territoire de l’économie légale. Ce n’est pas tout.

 

Les capacités financières des adjudants de la voyoucratie étant énormes, ceux-ci ont consenti des investissements massifs afin de réduire la concurrence à un rôle de figuration. Cet assèchement a eu pour conséquence que sur bien des fronts de l’activité économique, dans le sens le plus large du terme, les architectes de la truanderie ont raflé quantité d’appels d’offres. Bref, la mafia s’est retrouvée en situation de quasi-monopole ici et là.

 

Dans son livre remarquable, Gomorra. Dans l’empire de la Camorra, le très courageux journaliste Roberto Saviano souligne notamment que la Cosa Nostra napolitaine a si bien infiltré l’administration de la CE qu’elle détient pratiquement le monopole pour tout ce qui a trait au recyclage des déchets industriels. Ce faisant, ce journaliste sous la protection de la police depuis des années fait la démonstration que les mafieux ont mis à profit la crise de 2008, mais également le culte de la CE pour la déréglementation tous azimuts.

 

C’est peut-être pour cela que le rapport de la CE a été conjugué selon les canons de la pudeur. Espérons que le prochain sera déployé à l’enseigne de la réalité. Simple et brutale.

1 commentaire
  • François Dugal - Inscrit 13 février 2014 23 h 08

    Ménageons

    Ménageons la chèvre, le choux et le parmeggiano.