Réduit au silence

Le gouvernement de Stephen Harper n’en rate vraiment pas une : qui lui déplaît n’a qu’à bien se tenir, il finira par en pâtir. Les journalistes le savent depuis longtemps, les groupes de femmes, ceux voués à l’aide internationale, les écologistes ne cessent de le découvrir, et les employés de l’État, scientifiques en tête, se pincent chaque jour du contrôle qu’on leur impose. S’ajoute maintenant à cette liste le directeur général des élections (DGE).

 

Le projet de loi conservateur réformant la Loi électorale du Canada, présenté mercredi dernier, le relègue désormais au strict rôle d’organisateur de scrutin, version « louons des locaux et vérifions les cartes d’identité ». Plus question d’inciter les gens à voter, plus question d’enquêter. À eux seuls, ces changements (il y en a d’autres, certains bienvenus, d’autres douteux, d’autres tricotés exprès pour les conservateurs) atrophient le rôle d’Élections Canada.

 

Les enquêtes d’abord : le commissaire aux élections qui en est chargé à Élections Canada passera sous la responsabilité du Directeur des poursuites pénales (DPP). Ce passage n’est pas seulement nominatif : le DGE relève directement du Parlement, le DPP du gouvernement. À l’ère Harper, cela n’a rien d’anodin. Les conservateurs ont eu maille à partir avec Élections Canada en raison de leurs stratagèmes en matière de financement. Furieux d’être l’objet d’enquêtes, pourtant justifiées, ils ont multiplié les insinuations à l’encontre de l’actuel DGE, Marc Mayrand. Quel curieux hasard qu’ils lui fassent maintenant perdre des pouvoirs alors qu’il en réclamait davantage !

 

Quant à la publicité jusqu’ici faite par Élections Canada, les conservateurs l’estiment inutile. Aux partis d’inciter les gens à voter, pas à quelqu’un au-dessus de la mêlée ! Au vu de leur comportement impitoyable envers leurs adversaires politiques, au point d’avoir déjà dirigé les électeurs vers des bureaux de vote inexistants, ce soudain souci d’animer la démocratie et d’en écarter le principal arbitre, qui ne pourra plus que discuter de points très techniques, fait peur.

 

À la divulgation du projet de loi, auquel il n’a pas été associé, Me Mayrand avait fait savoir qu’il voulait en lire les 242 pages avant de réagir. Mais cette sage position n’a pu tenir longtemps la route, le gouvernement ayant décidé de faire adopter son projet à toute vapeur, en limitant les débats. Marc Mayrand y est donc allé d’une dénonciation en règle sur la place publique. Un sursaut nécessaire avant que les limites à sa liberté d’expression ne se déploient dans cet Ottawa où l’indépendance d’esprit se meurt chaque jour davantage. Rageons. Encore.

4 commentaires
  • Marc Bergeron - Inscrit 10 février 2014 02 h 23

    Inquiétant toutes ces manipulations des élus

    autant à Québec qu'à Ottawa. Ceci est encore un bel exemple. Même à Québec, si le DGE semble avoir carte blanche dans les faits ce n'est pas le cas. Quand le DGE a voulu améliorer la justice dans la répartition des cartes électorales les élus ont fini par faire reculer la démarche qui améliorait la justice démocratique pour les électeurs. À Québec depuis 15 ans allez demander des informations avec le droit d'accès....deux ans et plus souvent des journalistes refusaient de faire la démarche tout simplement. Est-ce de la transparence ou acceptable...?

  • Jean-Marc Simard - Inscrit 10 février 2014 07 h 52

    Attention ! Démocratie en danger...

    Harper semble tout faire pour se maintenir au pouvoir coûte que coûte...Serait-il en train de préparer l'instauration de la première grande dictature canadienne ? Ses multiples interventions manipulatrices semblent aller en ce sens...Attention ! Danger !

    • Luciano Buono - Abonné 10 février 2014 11 h 36

      En fait, je pense que c'est plutot un systeme a l'albertaine que les conservateurs veulent. Ou un seul parti peut dominer une province pendant 40-50 ans, virtuellement sans opposition.

    • Marc Bergeron - Inscrit 10 février 2014 21 h 35

      Et que dire des libéraux qui ont régnés majoritairement au Canada? Un seul point positif avec les conservateurs c'est que j'ai reçu aucune augmentation ou taxe mais plutôt le contraire. Il est vrai que les dossiers les plus coûteux sont aux provinces mais quand même la tentation était peut-être grande d'aller en chercher encore plus. c'est un point favorable à ce parti avec le souci et l'amélioration de règlementation pour la pollution de l'air (attention et non des Gaz à effet de serre (GES) 2 dossiers très différents) Plus dangereux de voir la mafia s'installer en politique que Harper dictateur. Quand même, ils ont un penchant à droite disons. Il faut être vigilant et ne pas prendre pour acquis que la gauche, veut nécessairement dire honnête. Autant les deux extrêmes sont à se méfier.