La vérité s’impose

Tout porte à croire que les Québécois seront appelés aux urnes ce printemps. Si le gouvernement Marois ne présente pas de budget avant les élections, il se sera écoulé dix-huit mois entre le premier budget Marceau, à l’automne 2012, et celui qui suivra les élections. Dans la conjoncture, c’est trop long !

 

Après une année 2013 décevante sur le plan de la croissance économique au pays, les données publiées vendredi autorisent à peine à plus d’optimisme.

 

Comme les économistes de Desjardins l’ont bien résumé, « en dépit du mouvement en dents de scie, la création d’emplois moyenne s’est chiffrée à 47 800 l’an dernier, une hausse de 1,2 %, et le taux de chômage s’est timidement replié, passant de 7,8 % en 2012̀ à 7,6 % en 2013 ». Et si le nombre d’emplois a crû de 12 700 en janvier, ce sont surtout les travailleurs à temps partiel qui en ont profité puisque l’emploi à temps plein a plutôt décliné au Québec depuis un an.

 

Même si ces chiffres ne sont pas alarmants, certains facteurs négatifs plus fondamentaux méritent d’être soulignés. Parmi ceux-ci, la faible croissance du PIB prévue pour les prochaines années inquiète vraiment.

 

Après des années d’exubérance, les consommateurs ont commencé à payer leurs dettes, ce qui est une bonne chose. En revanche, on ne pourra pas trop compter sur eux pour stimuler la croissance à court terme.

 

Plus troublante est à la chute radicale des exportations québécoises, qui composaient plus de 40 % de notre PIB en 2000 et ne comptent plus que pour le quart aujourd’hui. Or, la plus grande partie de cette baisse est structurelle, puisqu’un grand nombre d’entreprises manufacturières ont fermé leurs portes. Entre 2004 et 2008 seulement, 286 000 emplois manufacturiers ont disparu en Ontario et au Québec.

 

Du côté des investissements des entreprises, autre composante de la croissance, on s’attend à une lente reprise, mais cela ne suffira pas. Et comme il ne faut pas compter non plus sur les gouvernements pour alimenter le feu, tout porte à croire que la croissance ne dépassera pas 1,8 % cette année après avoir été bloquée à 1,2 % l’an dernier.

 

Il n’est donc pas question de récession, mais d’un rythme si lent qu’il place les finances publiques du Québec encore plus à risque.

 

En retardant de deux ans l’atteinte de l’équilibre budgétaire, le gouvernement Marois évite de ralentir davantage la reprise, mais sa seule marge de manoeuvre reste l’endettement. Or le seul paiement des intérêts accapare déjà 11 milliards de revenus par année. À moins, bien sûr, d’entreprendre une révision en règle des programmes…

 

Depuis quatre ans, les Québécois ont subi plusieurs hausses de taxes et d’impôts, et toute augmentation supplémentaire aurait un impact négatif sur l’économie autant que sur leur portefeuille. Rappelons-nous les deux points de TVQ, la taxe santé de 200 $ par personne et l’ajout d’un quatrième palier d’imposition sur les revenus de plus de 100 000 $. Ensemble, ces hausses rapportent 5 milliards de plus cette année, sans compter les impôts locaux et les tarifs d’Hydro-Québec.

 

En se rappelant les promesses extravagantes lancées par tous les partis lors de la dernière campagne électorale, il apparaît évident qu’un gouvernement n’ayant préparé qu’un seul budget depuis son élection, il y a 18 mois, doit refaire l’exercice avant de se représenter devant l’électorat. Un budget transparent, sans astuces, sans leurres et sans cachotteries. Est-ce trop demander à des élus qui disent vouloir faire de la politique différemment ?

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