Trois de trop

Une autre fois, un policier s’est cru en danger, a sorti son arme et a fait feu au « centre masse » d’un homme en état de crise. Une autre fois, la victime est un itinérant avec des problèmes de santé mentale. En trois ans, c’est le troisième incident à survenir à Montréal. Ce n’est pas une fois de trop, mais trois de trop.

 

Beaucoup de questions se posent à la suite de ce nouvel incident tragique qui a entraîné la mort d’Alain Magloire. On se gardera de juger le policier qui est responsable de sa mort, trop d’informations manquent à ce moment-ci. Ce qui est en cause est moins la responsabilité du policier qui a jugé nécessaire de faire feu que les politiques et directives qui régissent les interventions policières auprès d’itinérants ayant des problèmes de santé mentale.

 

Le nombre d’itinérants ainsi catégorisés est élevé. Près d’un sur deux, note Matthew Pearce, le directeur de la Mission Old Brewery. C’est le résultat de la politique de désinstitutionnalisation qui a envoyé à la rue des êtres instables. Les ressources adéquates n’ont jamais suivi pour assurer des interventions là où se trouve cette clientèle, c’est-à-dire dans la rue et dans les refuges. Une récente expérience mise en place par le CHUM et la Mission Old Brewery trace une piste à suivre.

 

Mieux suivre et soigner les itinérants qui ont des problèmes de santé mentale réduira la probabilité que des confrontations surviennent avec des policiers. Mais parce qu’on sait que de nouveaux incidents surviendront, il faut s’interroger sur le modus operandi de ceux-ci en de telles circonstances.

 

Le policier en cause aurait voulu avoir sous la main un Taser. Il en a fait la demande, mais la situation a dégénéré avant que le pistolet électrique arrive. On peut se demander si les policiers, du moins ceux patrouillant dans le centre-ville, là où l’occurrence d’incidents est la plus élevée, ne devraient pas avoir ces armes dans leurs voitures. De même, ne serait-il pas temps de remettre en question cette directive de faire feu au « centre masse », c’est-à-dire au tronc, ce qui annihile à coup sûr la menace, la mort étant presque certaine. La question a été posée dans l’affaire Villanueva. Il faut la reposer, mais pas aux policiers, car on connaît déjà leur réponse.

 

Le maire Denis Coderre a fait preuve de sensibilité au sort des itinérants. Il a augmenté de 1 million le budget consacré à l’itinérance. Il est de sa responsabilité d’interroger le Service de police pour que soient revues ses pratiques et ses directives à l’égard des itinérants qui, on le sait, ont peur de la police. Établir de bonnes relations avec les itinérants, leur donner un sentiment de sécurité serait le premier pas à faire.


 
7 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 5 février 2014 08 h 12

    Pas admissible

    Il n'est pas admissible que les policiers utilisent une arme à feu contre des personnes qui n'ont pas d'arme. Au pire, ils risquent quelques ecchymoses. Ils ont leur bâton, et éventuellement le taser, c'est amplement suffisant.

    • Francis Laurin - Abonné 5 février 2014 09 h 23

      La mort de quelqu'un, quel qu'il soit est toujours un échec déplorable. Par-contre M.Bernard Terreault je ne sais pas ce que vous considéré comme une arme? Dans les trois événements fâcheux, deux étaient armé d'un couteau (dont un à blessé un policier) et le dernier M.Magloire était armé d'un marteau. La dernière chose qu'un policier veux faire est d'utiliser son arme à feu mais quand viens le temps de proteger la vie d'autruis ou sa propre vie, la décision est malheureusement parfois inévitable.

  • André Le Belge - Inscrit 5 février 2014 10 h 55

    Je me pose des questions

    Je me pose des questions quant à la formation des policiers. Il me semble qu'il y a une dérive à la mode américaine: ne pas hésiter à tirer...

  • Florence Péloquin - Abonnée 5 février 2014 11 h 24

    Ce ne sont pas que les balles .....

    ... des policiers qui ont tué cette infortunée victime. Ce qui n'excuse pas ce qui s'est passé.
    On peut lire dans un journal ce matin que "Selon sa soeur et son frère, sa vie a basculé au milieu des années 2000 après qu’il a consommé une substance illicite lors d’une fête. « Un jour, il est allé dans un party rave. Quelqu’un lui a refilé de l’ecstasy. Probablement de la scrap, et ça lui a endommagé le cerveau. (...)"
    Cette salopperie l'a aussi tué. Elle est complice de ces balles. Ceux qui la fabriquent, ceux qui la vendent, ceux qui assoiffés de richesse facile organisent ces 'fêtes' où notre jeunesse s'exposent à l'enfer de la droque, ceux qui s'installent impunément près de nos écoles secondaires et initient les jeunes aux paradis factices de ces substances et leur ouvrent la voie de la dépendance et parfois même de la prostitution juvénile, voilà autant de "responsables" de la triste et inutile mort d'Alain Grégoire.
    Oui, c'est "trois de trop". On va (et il le faut) ouvrir une enquête sur ces quelques minutes tragiques de la rue Berri. On va chercher s'il y a matière à blâme à l'endroit des policiers impliqués. Mais à quoi cela servira-t-il si on ne pointe pas aussi du doigt les véritables marchands de mort que sont les traffiquants de drogues de tous acabits qui empoisonnent les cervaux de nos jeunes et moins jeunes? Si on continue à les tolérer dans nos rues? Si on continuent à payer parfois leurs avocats (aide juridique) quand ils se font prendre?
    Il serait temps que nos "faiseurs d'opinion", nos grandes vedettes, nos grands "comiques" élèvent la voix contre les responsables de ce fléau en espérant ainsi contribuer à une nécessaire mobilisation. Et qu'on vienne pas me dire que les "responsables" c'est nous tous, c'est "la société". Trop facile .....

  • Yvon Bureau - Abonné 5 février 2014 17 h 10

    Viser les jambes

    ou le bas du corps, bref viser dans des parties du corps non vitales... si vraiment urgence...

  • Roland Berger - Inscrit 5 février 2014 22 h 13

    Tirer sur le « centre mass »

    Tirer sur le « centre mass » est sans doute la meilleure façon de ne pas avoir de témoin gênant si enquête a lieu. Les absents ont toujours tort.