Les secrets du succès

Les études le démontrent: le Québec est moins prospère que ses voisins canadiens et américains. Une fois qu’on a dit cela, faut-il en déduire qu’il est plus paresseux que les autres ?

On se souviendra de la sortie de l’ancien premier ministre Lucien Bouchard appelant les Québécois à travailler davantage pour améliorer leur sort. Travailler plus d’heures par semaine, par exemple, et surtout plus longtemps dans sa vie.

 

Bien sûr, le nombre d’heures travaillées influe sur la quantité de biens produits dans une société. À l’inverse, plus une société vieillit, plus elle fait reposer son développement sur les épaules d’un nombre réduit de personnes. Pourtant, il serait simpliste d’en déduire que le temps de travail constitue le facteur déterminant. Car si c’était le cas, les pays où les gens travaillent de l’enfance à la mort seraient les plus riches…

 

Le niveau de vie qui prévaut dans un pays est plutôt le résultat de facteurs complexes, dont certains sont plus importants que d’autres.

 

Dans une étude publiée par le Centre sur la productivité et la prospérité de HEC Montréal, on apprend que le Québec se classe au 16e rang des pays de l’OCDE pour son niveau de vie, devant le Japon et l’Italie, mais derrière les États-Unis et six des neuf autres provinces canadiennes.

 

Parmi les causes recensées, ni le nombre d’heures travaillées ni le taux d’emploi ne figurent en haut de la liste des facteurs déterminants. En revanche, la productivité, c’est-à-dire la valeur totale des biens produits par heure travaillée, expliquerait l’essentiel des écarts.

 

Et qu’est-ce qui explique le faible taux de productivité du Québec ?

 

On constate d’abord qu’au Canada, les provinces de tête sont celles qui possèdent d’importantes ressources pétrolières, dont l’extraction exige d’énormes investissements et relativement peu de main-d’oeuvre. Ce sont l’Alberta, la Saskatchewan… et Terre-Neuve, où le taux de chômage dépasse pourtant toujours les 12 %.

 

Mais il y a un autre facteur déterminant dont l’étude de HEC Montréal ne parle pas : la taille des sociétés. En effet, plus une entreprise est grande, plus elle investit dans la machinerie et la technologie et plus son chiffre d’affaires par heure travaillée est élevé.

 

C’est ainsi que deux études récentes de Statistique Canada nous apprennent que l’essentiel de l’écart de productivité qui sépare le Canada des États-Unis tient au fait que les sociétés américaines de plus de 500 employés ont été à l’origine de 54 % de la production de ce pays entre 2002 et 2008 comparativement à seulement 46 % pour l’ensemble des sociétés canadiennes de même taille.

 

Ce constat n’explique-t-il pas une partie de l’écart qui existe entre le Québec et l’Ontario, provinces dont le développement ne repose pas sur le pétrole ?

 

L’Ontario héberge la totalité des grands constructeurs d’automobiles, d’importants fabricants de médicaments génériques, d’équipements industriels et la plupart des sièges sociaux du commerce, des communications et de la finance. Autant de secteurs à forte valeur ajoutée contrôlés par un Canada anglais qui a fait de l’Ontario son centre économique et politique.

 

Toutes les recherches pour tenter d’expliquer l’écart du niveau de vie des Québécois par rapport à leurs voisins canadiens et américains en arrivent à la même conclusion : si le Québec veut améliorer sa position concurrentielle dans le monde, il doit devenir plus productif. Le problème, c’est que personne n’a la recette !

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25 commentaires
  • Jules Langlois - Inscrit 4 février 2014 06 h 40

    Une suggestion

    Des frontières peut-être ? Avec des lois et une monnaie ...

  • Guy Vanier - Inscrit 4 février 2014 07 h 05

    Pourquoi?.

    Oui, pourquoi vouloir imiter tout ces champions de la productivité à tout prix? Le success économique est une leurre pour faire courir l'écureuil dans sa cage,toujours plus vite (2 à 3 % de plus chaque année). Un équilibre doit être trouvé entre bien être et travail, et je crois que les québécois sont sur la bonne voix de trouvez la bonne formule. Bien sur il y a certaine choses à peaufiner mais nous y parviendrons si les capitalistes peuvent nous foutent la paix.
    Vous n'êtes pas tanné de mourir bande de caves....

    • Jean-Philippe Delorme - Abonné 4 février 2014 14 h 42

      J'abonde dans votre sens M. Vanier. Mais je formulerais les choses ainsi: La croissance économique est le voile indispensable pour masquer le scandale de
      l'inégalité des richesses. Mon pari: On n'est pas "à veille" de ne plus entendre parler de croissance économique.

      Jean-Philippe Delorme

  • Pierre Couture - Inscrit 4 février 2014 07 h 10

    Même explication pour la générosité

    Merci M. Sansfaçon de rappeler ces vérités élémentaires, souvent oubliées pour des raisons idéologiques à courte vue.

    Mais ne pourrait-on pas avancer les mêmes raisons lorsque des insulteurs accusent les Québécois d'être moins généreux que leurs voisins.

    Vous avez signalé la forte concentration de grosses entreprises et de leurs sièges sociaux en Ontario.

    N'est-ce pas là que se concentrent aussi les gros dons - ceux qui rapportent beaucoup en déductions fiscales et en retombées publicitaires?

    Et ces gros dons n'améliorent-ils pas mécaniquement les statistiques de dons de tous les Ontariens?

    Le Québec - riche surtout en PME et pauvre en milliardaires - est mal armé pour jouer ainsi les statistiques.

    Moins généreux, non! Moins équipé, oui!

    • Nicolas Vincent - Inscrit 4 février 2014 12 h 16

      Vous faites fausse route, ce qui démarque principalement les Québécois ce sont les niveaux de dons des ménages. C'est connu depuis belle lurette. Voici des chiffres récents sur le sujet: le ménage québécois médian donne 75$ par année, deux fois moins qu'en Ontario.
      http://www.statcan.gc.ca/pub/11-008-x/2012001/c-g/

      Les raisons? Complexes, mais selon moi elles ont beaucoup à voir avec une vision différente du rôle de l'état: nous avons plus tendance que nos voisins à penser que le rôle joué par les organisations charitables devraient plutôt être du ressort de nos gouvernements, et que nous contribuons déjà à travers nos impôts.

    • Marc Bergeron - Inscrit 4 février 2014 18 h 49

      Après le référendum de 95 le plan B. Un grand nombre d'organismes OSBL
      qui répondaient aux normes d'organismes de charité ont été exclus. Je l'ai vécu et pourtant mon organisme n'était aucunement politique et c'est la raison pour un refus. Le canada anglais donne en échange de reçu pour fin d'impôt. J'ai toujours pensée que c'était une raison ajouter au fait que notre culture est différente. Voir la différence entre anglais et français du Québec. Ici tout allait au clergé.

  • Bernard Terreault - Abonné 4 février 2014 08 h 16

    Pas de recette ?

    Persone n'a la recette dit le chroniqueur. Bien sûr, la recette ne s'applique pas par magie, mais elle est connue. (Il faut mettre de côté les pays producteurs de pétrole, ils ne méritent pas leur richesse, et celle-ci sera aussi éphémère que celle du Pérou au 16ième siècle quand il était le plus grand producteur d'or du monde). Nous ne sommes pas non plus un pays comme les ÉU avec un marché intérieur de 300 millions de consommateurs et des dépenses de R&D militaires gigantesques, ce qui favorise à la fois la taille des entreprises et leur sophistication technologique. Mais il y a des tas de petits pays riches en Europe du Nord et maintenant en Asie et la recette est toujours la même : éducation, innovation technologique, et indépendance politique.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 4 février 2014 11 h 08

      Oui, il y a une recette. La recette pour augmenter la productivité : améliorer l’instruction et la formation données aux jeunes et aux adultes, et investir en recherche et développement.

  • Denis Paquette - Abonné 4 février 2014 08 h 59

    Voila le traite mot

    Disons-le clairement, c'est culturel, ca dépend de la place que l'on occupe dans le monde, les anciens avaient l'habitude de dire que c'est avec de l'argent que l'on fait de l'argent et ils n'avaient pas tords. Au Québec a quoi ressemble nos millionnaires, vous le savez autant que moi, vous savez autant que moi a quoi ils ressemblent. Il n'y a aucuns pays de prospères en développant une dynamique de convoitise, voila le traite mot