Pure propagande!

En moins de 24 heures, deux personnalités influentes du cercle conservateur ont dénoncé le niveau élevé de la péréquation fédérale en faveur des provinces moins riches, dont le Québec. À deux semaines du budget en cette année de renouvellement du programme, il n’y a pas de fumée sans feu!

En 2013-2014, Ottawa a transféré 45 milliards aux dix provinces pour sa participation aux programmes de santé et de services sociaux, et 16 milliards supplémentaires pour la péréquation.

 

La péréquation est inscrite dans la Constitution comme moyen de réduire l’écart de capacité fiscale qui découle de la situation économique de chaque province.

 

Dans une lettre ouverte parue cette semaine, le lieutenant des conservateurs aux Québec, Denis Lebel, y va d’un plaidoyer pour l’exploitation des ressources comme moyen de réduire la « dépendance économique du Québec envers le reste du pays ». Cette dépendance, le ministre Lebel la voit précisément dans les 9,3 milliards que la province recevra l’an prochain en péréquation du fédéral.

 

Vingt-quatre heures plus tôt, un autre conservateur influent, le politologue albertain Tom Flanagan, y allait aussi d’un plaidoyer contre la péréquation fédérale dans le Globe and Mail. Pour le professeur et militant Flanagan, des provinces comme le Québec refusent de façon frivole d’exploiter leurs ressources dans le but de profiter de l’actuelle formule de péréquation. Baissez vos impôts, Québécois, puisque vos programmes sociaux nuisent à votre économie, réduisent les revenus de votre gouvernement et coûtent cher aux autres Canadiens !

 

Sa conclusion : Ottawa doit modifier unilatéralement le programme de péréquation qui arrive à terme en mars prochain, comme il l’a fait pour la santé.

 

Traditionnellement, tous ces transferts fédéraux faisaient l’objet d’une entente avec les provinces. Depuis l’arrivée des conservateurs, Ottawa a pris l’habitude de fixer lui-même les termes de sa participation. Il l’a fait en santé, il veut le faire en formation de la main-d’oeuvre… pourquoi pas la péréquation ?

 

16 milliards, c’est beaucoup d’argent, certes, mais ce n’est quand même que 6 % des dépenses fédérales, et le quart des transferts totaux aux provinces. Les trois autres quarts sont versés au prorata de la population et n’ont donc aucun effet redistributif.

 

En 2012, la péréquation équivalait à 0,99 % du PIB canadien, soit moins que la moyenne historique de 1,02 % calculée de 1967 à 2012. Cette année-là, même l’Ontario a reçu 3,2 milliards à cause de sa performance économique décevante.

 

L’an prochain, le Québec recevra 9,2 des 16 milliards de péréquation, soit 1129 $ par habitant comparativement à rien du tout pour l’Alberta, la Colombie-Britannique, la Saskatchewan et Terre-Neuve, mais à 2210 $ pour le Nouveau-Brunswick, 1730 $ pour la Nouvelle-Écosse, 1367 $ pour le Manitoba et 145 $ pour l’Ontario, des provinces qui n’ont ni gaz ni pétrole, ou très peu.

 

Soyons clairs : la vaste majorité des Québécois souhaitent améliorer leur sort par la voie du développement économique, dont l’exploitation responsable des ressources comme ce fut le cas depuis le début de la colonie.

 

En revanche, prétendre que l’exploitation immédiate et intensive du gaz des basses terres du Saint-Laurent ou du pétrole d’Anticosti ferait une grande différence au plan économique et fiscal, voilà qui est pure propagande en faveur de nouvelles baisses d’impôts pour les plus riches aux dépens des habitants des régions moins prospères.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

29 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 31 janvier 2014 07 h 59

    Oubli

    Dans votre liste vous oubliez l'île du Prince-Édouard qui reçoit encore plus que toutes les autres per capita; la péréquation y représente à peu près le MOITIÉ de son budget. On peut dire c'est normal, c'est une minuscule province sans ressources et coupée du reste du Continent, mais alors, on peut en dire autant des Îles de la Madeleine.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 31 janvier 2014 12 h 48

      Vous avez tout à fait raison; l’Île-du-Prince-Édouard recevra 2 404$ par personne, soit plus que toute autre province.

      Les territoires recevront encore davantage, selon un mécanisme différent de la péréquation et qui est appelé "Formule de financement des territoires". Les Territoires du Nord-Ouest, le Yukon et le Nunavut recevrons 3,3 milliards$, soit 29,650$ par personne.

      Jean-Pierre Martel, blogueur

  • François Beaulé - Inscrit 31 janvier 2014 08 h 02

    Très bon éditorial, encore une fois

    Concision, précision et rationalité. On reconnaît la prose au service de la pensée juste du meilleur éditorialiste du Québec.

  • Charles F. Labrecque - Inscrit 31 janvier 2014 08 h 06

    La vraie raison

    Il est vraie, que les conservateurs ont comme politique le principe "moins de gouvernement" et c'est aussi un espoirs de bien des canadiens. Sauf que la majorité des québécois croient l'inverse et semblent toute attendre du gouvernement. Depuis plusieurs années, il faut bie reconnaître que beaucoup de canadiens (RoC) prétendent qu'ils ont la responsabilités peut-être a tard de payer avec la péréquation les services additionnels qu'eux ne reçoivent pas. . Or cette prétention n'est pas sans sonner aux oreilles des conservateurs qui demandent pas mieux de plaire aux canadiens. Il ne faudra pas s'attende que nous l'aurons facile la prochaine fois si ils reviennent au pouvoir l'an prochain.

  • Jocelyne Bédard - Inscrite 31 janvier 2014 08 h 13

    Un exemple de justice immanente...

    J'aime bien l'idée qu'une partie de l'argent gagné par l'Alberta en polluant soit remise au Québec pour être investie dans, entre autres, l'électrification des transports....

  • Jean-Sébastien Rozzi - Inscrit 31 janvier 2014 09 h 02

    exploitation responsable ?

    «Soyons clairs : la vaste majorité des Québécois souhaitent améliorer leur sort par la voie du développement économique, dont l’exploitation responsable des ressources comme ce fut le cas depuis le début de la colonie.»

    En fait, l'exploitation des ressoucres (humaines comme naturelles) ne fut pas responsable, justement. À cet égard, la forêt en est un exemple éloquent.

    • Nicole D. Sévigny - Inscrite 31 janvier 2014 10 h 18

      Très bon texte de M. Descôteaux ...comme dans tous ses textes d'ailleurs...
      sauf que je considère ,comme M. Rozzi le dit, que l'exploitation des ressources (naturelles) ne fut pas toujours un exemple à suivre.
      Prendre le cas de nos forêts dévastées après la "conquête"...et le début de l'ère industrielle...
      et celui de Duplessis qui a vendu nos ressources "pour quelques cennes noires" dans les années de son "règne"...

    • Nicole D. Sévigny - Inscrite 31 janvier 2014 10 h 18

      Très bon texte de M. Descôteaux ...comme dans tous ses textes d'ailleurs...
      sauf que je considère ,comme M. Rozzi le dit, que l'exploitation des ressources (naturelles) ne fut pas toujours un exemple à suivre.
      Prendre le cas de nos forêts dévastées après la "conquête"...et le début de l'ère industrielle...
      et celui de Duplessis qui a vendu nos ressources "pour quelques cennes noires" dans les années de son "règne"...

    • Raymond Turgeon - Inscrit 31 janvier 2014 12 h 33

      En effet. Et que dire du désastre écologique et patrimonial de la rivière Romaine, un projet aussi couteux qu'inutile qui ne sera pas rentable de si tôt.

      Rturgeon