Pas de panique!

En octobre dernier, la Banque du Canada faisait l’hypothèse que le dollar canadien se maintiendrait autour de 97 ¢ par rapport à la devise américaine. Hier, il a clôturé la journée à 89,97 ¢. Même si cela fera augmenter le prix de certains produits de consommation, c’est une bonne nouvelle pour notre économie.

 

Malgré la chute récente du dollar canadien par rapport à la devise américaine, notre monnaie se négocie toujours à un niveau élevé comparativement à l’époque pas si lointaine où elle valait 62 ¢.

 

C’est la hausse de la demande pour les ressources à travers le monde, surtout en Asie, qui a propulsé le dollar canadien à la hausse au milieu des années 2000. Après une chute temporaire en 2008, il est reparti à la hausse grâce à la perception qu’on avait du Canada comme endroit sûr où placer son argent.

 

À cause de cette force du dollar qui dure depuis une dizaine d’années, le secteur de la fabrication de biens concentré en Ontario et au Québec a subi d’importantes pertes d’emplois, alors que l’industrie des ressources connaissait des hausses et même une pénurie de travailleurs en Alberta et en Saskatchewan.

 

Malgré cela, le Québec a su tirer son épingle du jeu grâce à la demande accrue pour les biens d’équipements et la machinerie fabriqués ici, sans oublier les investissements massifs des gouvernements dans les infrastructures et ceux des ménages dans la construction résidentielle.

 

Comme une étude de Statistique Canada l’a démontré, l’effet combiné du prix très bas de nombreux produits de consommation importés d’Asie et de l’augmentation des revenus tirés de nos exportations de ressources et de biens d’équipements a permis au Québec d’éviter le scénario catastrophe appréhendé les premières années de hausse du dollar canadien.

 

Cela dit, les choses sont en train de changer. Perçu comme une valeur refuge depuis la crise financière de 2008, le huard a récemment subi les contrecoups du ralentissement de la demande chinoise pour les ressources. Ce à quoi vient de s’ajouter le pari fait par les investisseurs que l’endroit le plus sûr, ce sont à nouveau les États-Unis.

 

Le Canada n’est pas le seul pays à voir sa monnaie subir des pressions à la baisse. Depuis la semaine dernière, plusieurs pays émergents ont encaissé le coup d’importantes sorties de capitaux qui ont ébranlé leurs devises.

 

Mais dans notre cas, un facteur supplémentaire s’est ajouté mercredi dernier quand le gouverneur de la banque centrale, Stephen Poloz, a dit craindre que le trop faible taux d’inflation (0,9 % en 2013) n’incite les consommateurs à reporter certains achats dans l’espoir de payer moins cher plus tard. Un scénario semblable équivaudrait à utiliser les freins dans un contexte de croissance déjà très lente.

 

Vraie ou fausse, une telle perception des intentions de la Banque du Canada suffit pour faire chuter le dollar encore davantage. Et pourquoi pas ? L’important, c’est que la chute ne soit pas trop brutale et que la nouvelle valeur du huard se maintienne par la suite.

 

Une province comme le Québec a besoin de faire des gains de productivité pour rester concurrentielle, mais compte tenu de la forte présence de PME, il est difficile de suivre le rythme des économies dominées par la grande entreprise.

 

C’est pourquoi la baisse actuelle du dollar ne peut qu’aider nos entreprises, petites et grandes, à reprendre des parts de marché perdues au fil des ans. Du moins celles qui ont su profiter d’un dollar fort pour moderniser leurs installations.

12 commentaires
  • Guy Lafond - Inscrit 28 janvier 2014 05 h 39

    Québec sait faire


    Si la Chine va chercher ses minerais ailleurs qu'au Canada, alors utilisons notre bauxite pour mettre sur pied un réseau de trains haute-vitesse qui reliera Montréal, Québec à d'autres grandes villes nord-américaines.

    Nous avons les meilleurs ingénieurs et nous avons une main d'oeuvre instruite et efficace.

    Qu'attendons-nous? Que le ciel nous tombe sur la tête, par Toutatis?

    • Benoit Martineau - Inscrit 28 janvier 2014 07 h 42

      Le Canada n'est pas un producteur de bauxite !

    • François Dugal - Inscrit 28 janvier 2014 08 h 39

      Nos "meilleurs ingénieurs" font des ponts qui tombent et des routes qui se dégradent. Ce qu'ils font le mieux, c'est l'organisation des élections clef en main.
      Monsieur Lafond, je ne partage pas votre enthousiasme.

    • Guy Lafond - Inscrit 28 janvier 2014 16 h 01

      Monsieur Drouin,

      Merci pour ce lien. En effet, il s'agit d'une alternative fort intéressante.

    • Simon Chamberland - Inscrit 28 janvier 2014 17 h 16

      M. Drouin,

      Plus sûr et plus rentable pour un projet qui n'existe que sur papier, c'est un peu tiré par les cheveux.

      M. Dugal, nous avons de quoi être fiers de nos ingénieurs, qui sont parmis les meilleurs de la planète. Les ponts qui tombent, c'est le pont Champlain, conçu par des ingénieurs Européens, et les routes qui se dégradent, c'est causé par un déficit d'entretien, et ce ne sont pas ingénieurs qui décident des budgets d'entretien.

      Qu'avez-vous conçu de si durable, M. Dugal ?

  • Mireille Bouchard - Abonnée 28 janvier 2014 08 h 06

    Il n'y a pas de bauxite au Québec!

    La bauxite est importée de pays tropicaux. Il y a des alumine rués au Québec parce qu'ils bénéficient de coûts d'électricité très bas.

  • Gilbert Troutet - Abonné 28 janvier 2014 08 h 08

    Un système étrange

    Pas de panique, en effet, comme le souligne Robert Sansfaçon. Je me demande toutefois pourquoi il faudrait s'inquiéter du faible taux d'inflation. Venant du gouverneur de la Banque du Canada, c'est un comble. Comme s'il fallait continuer de gonfler le ballon à l'hélium pour le maintenir en l'air. Comme si l'économie allait s'étouffer faute d'inflation. Nos «économistes», et nos gouvernants qui les écoutent, ne placent leur foi que dans la fuite en avant. Pas étonnant qu'à terme on se retrouve devant un mur ou une falaise.

    • Murray Henley - Inscrit 28 janvier 2014 16 h 44

      Excellent commentaire.

  • Lise Marcotte - Abonnée 28 janvier 2014 08 h 27

    Bauxite

    Il n'y a pas de mines de bauxite au Canada.

  • François Beaulé - Inscrit 28 janvier 2014 08 h 54

    Que faut-il penser du déficit commercial?

    Comment a évolué la balance commerciale du Québec depuis 10 ou 20 ans ?
    L'augmentation du déficit commercial n'est-il pas le symptôme d'un problème?
    La diminution de la valeur de notre monnaie aura-t-elle pour effet de gonfler le prix de nos achats de pétrole?
    Qu'attend le gouvernement du Québec pour annoncer des mesures réalistes pour diminuer notre consommation de pétrole --les objectifs de ventes d'autos électriques (fabriquées à l'étranger) étant très modestes ?

    «le Québec a su tirer son épingle du jeu grâce à la demande accrue pour les biens d’équipements et la machinerie fabriqués ici, sans oublier les investissements massifs des gouvernements dans les infrastructures et ceux des ménages dans la construction résidentielle», écrit M. Sansfaçon.
    Les «investissements en infrastructures routières» concernent des réfections, ils n'augmentent pas notre capacité de production. Si ces «investissements» sont financés par des emprunts faits hors Québec, est-ce que cela a une conséquence? Et les investissements des ménages dans la construction résidentielle se traduisent en endettement des ménages alors que les immeubles sont surévalués, selon certaines études. Aucun accroissement de la capacité à exporter, là non plus.