De quoi faire, et vite

Quelques heures après le drame de L’Isle-Verte, des évidences s’imposaient déjà. Elles pointent non pas vers la négligence de personnes mais vers des lacunes réglementaires et un certain aveuglement d’une société qui ne se voit pas vieillir. L’incendie de la Résidence du Havre doit être l’incitatif ultime pour passer à l’action.

 

Il est de mise, quand arrive une tragédie, de dire qu’il faut attendre les conclusions de l’enquête avant d’en tirer des leçons. On peut néanmoins avoir une bonne idée de gestes à poser quand le même genre de tragédie a déjà eu lieu dans le passé et que des recommandations existent pour la contrer.

 

Le terrible incendie qui bouleverse toute la communauté de L’Isle-Verte a ainsi mis en lumière le rôle crucial des gicleurs. Les études démontrent noir sur blanc à quel point ils font chuter la mortalité en cas d’incendie. L’Ontario l’a compris et vient d’élargir leur installation obligatoire dans toutes les résidences de personnes âgées et de soins de longue durée de la province d’ici 2019.

 

Ici, même si cette recommandation a été faite depuis des années par des coroners, des spécialistes de la sécurité et des groupes de gens âgés, on en est encore aux petits pas. Va pour les nouvelles constructions ou là où la perte d’autonomie des résidents est complète. Le drame de la Résidence du Havre le prouve, il faut aller plus loin, sans perdre plus de temps à soupeser les pour et les contre d’une telle option. Les coûts de l’opération ne pèsent pas lourds face à tous ces résidents restés prisonniers des flammes et au choc vécu par ceux qui ont tenté de les secourir ou qui les ont perdus.

 

Mais la prise de conscience doit aller au-delà de la technique. Les alarmes, les gicleurs, les portes coupe-feu, les inspections, les matériaux de construction des résidences sont autant d’éléments à considérer. Il faut toutefois y ajouter un retour sur la conception même de l’autonomie des personnes âgées.

 

Nous avons l’autonomie bureaucratique : elle se mesure au nombre de minutes de soutien dont une personne a besoin au quotidien pour se lever, se laver, se nourrir, se déplacer… À quoi s’ajoutent d’autres minutes pour les soins médicaux. Cette autonomie n’a rien à voir avec la vitalité qui permet de fuir le danger. Une personne âgée peut être parfaitement autonome le jour mais trop assommée la nuit par une médication pour avoir le réflexe de sortir en vitesse du lit si l’alarme de feu est déclenchée. Une marchette n’empêche pas de préparer un repas pour soi, mais certainement de s’échapper d’une chambre enfumée. Et on a beau être un solide vieillard, sauter du deuxième pour fuir des flammes n’a pas les mêmes conséquences à 80 ans qu’à 20.

 

Et l’autonomie, forcément, décline avec l’âge. On peut entrer dans une résidence en s’affichant capable de prendre soin de soi tout seul, et être devenu semi-autonome cinq ans plus tard. Comme la grande majorité des résidences privées du Québec, la Résidence du Havre était destinée à des gens autonomes ou semi-autonomes ; dans les faits, seulement cinq de sa cinquantaine de résidents appartenaient à la première catégorie. Ce n’est pas un cas unique.

 

Tenant compte de cette réalité, nos normes sont-elles appropriées ? Un surveillant par 100 lits la nuit, tel que le prévoit la loi, c’est évidemment insuffisant en cas de pépin ! Un coroner a déjà recommandé un surveillant par 30 résidents en tout temps. Et qu’en est-il des exercices d’évacuation, comme on en fait dans les CPE et les écoles ? On les évite pour les vieux parce que ce serait trop compliqué et qu’on a peur de les traumatiser ! Mais si on a l’obsession de protéger les petits, vulnérables, que dire des aînés qui le sont davantage ? On ne dit rien parce qu’on ne les voit pas. Jusqu’à ce qu’un drame nous ouvre les yeux.

13 commentaires
  • Claude Bélanger - Abonné 25 janvier 2014 07 h 39

    Doit-on construire des résidences combustibles ou incombustibles?

    On parle beaucoup des gicleurs. Mais il faudrait aussi contester cette habitude de construire en bois de si gros immeubles et, en plus, avec des parements extérieurs en plastique. En Europe, toutes les constructions sont incombustibles, même dans les pays qui ont des «PIB par habitant» beaucoup plus faibles qu'au Canada. Une révolution est à apporter dans le monde de la construction résidentielle, afin de relever la qualité des constructions au lieu de camoufler la réalité par des décors de pacotilles.

    • lise pelletier - Inscrit 25 janvier 2014 09 h 47

      Imaginez la qualité des matériaux qui seraient utilisés simplement en faisant de la récupération du 30 à 40% sur les enveloppes brunes du secteur de la construction.

      Un plus pour tous les CHSLD.

  • Josette Allard - Inscrite 25 janvier 2014 07 h 46

    Protéger les...

    La réalité c'est qu'on se fout des vieux. On n'a qu'à voir les pensions de vieillesse qui leur sont versées . Comment se loger , se nourrir et se vêtir , convenablement , avec 15000$ par an?
    Malheureusement ! c'est la réalité de nombreux aînés.

    • Yves Corbeil - Inscrit 25 janvier 2014 12 h 43

      100% d'accord avec vous, les beaux chateaux qui vont etre propose seront a la porte de qui... la realite est qu'avec les revenues de la plupart des gens ages ca leur restera inaccessible. Les gens parlent de gicleurs obligatoires... on va ferme combien de residences prives en appliquant cette mesure car naturellement les proprietaires n'auront pas les moyens d'en faire l'installation et ceux qui le feront demanderont un loyer si eleve par la suite que ces residences se videront faute de clients ayant les moyens de paye.

  • France Marcotte - Abonnée 25 janvier 2014 08 h 44

    Laisser parler les choses

    On sait ce qu'il faudrait entendre, ce qu'il faudrait faire.

    Mais que disaient les choses dans leur état avant que ne survienne le drame?

    Elles disaient que si le pire arrivait, on ne pourrait rien faire, des gens mourraient.


    Le genre de choses qu'on ne dit pas aux proches quand ils vous amènent leur parent.

    D'ailleurs les proches ne veulent pas le savoir, n'ont pas les moyens de l'apprendre.

    • Grace Di Lullo - Inscrit 26 janvier 2014 10 h 54

      Madame Marcotte,

      Certains proches ne veulent pas le savoir, n'ont pas les moyens de l'apprendre.

      Vous avez raison, mais il y a aussi des proches qui savent beacoup et qui font beaucoup au point de s'épuiser.

      Je suis l'aidante naturelle de ma mère et je l'ai été pour mon père. Ce dernier est décédé à l'automne 2013. On a fait de notre mieux pour qu'il reste le plus longtemps avec nous, puis à un moment donné, il faut lacher prise et se résigner à le faire héberger.

      J'ai pris part à des ateliers de formation donnés par la Société Alzheimer et des services sociaux. J'ai assisté à d'autres formations portant notamment sur les soins, les loisirs, le réseau de la santé et des services sociaux etc.. J'ai également été présente à des ateliers de formation donnés au CHSLD de mon père.

      Je ne me suis pas limité à ses formations, mais après mes visites au CHSLD et mes séjours dans les hopitaux auprès de mon père, je passais un temps fou à consulter des documents disponibles en ligne ( rapport statistiques sur les chutes, c. difficile, fracture, méthode lean, cycle des repas, qualité des soins et servicces, inaptitude, troubles cognitifs, cancers et autres maladies, professions-infirmières, évaluation de CHSLD, directives, etc.

      Une fois que vous chercher la connaissance et vous voulez la maintenir, il y a quelque chose d'effroyable qui survient chez un aidant que le système qualifie de Présent: l'effroi, l'impuissance, la colère, la culpabilisation, la fatigue dépressive, etc.

      Outre la connaissance,il y a la mise en pratique. J'y allais 4 à 5 fois semaines 6 heures par jour, changé mon horaire de travail, aboli mes loisirs et vacances et lorsque je le quittais c'était la peine, la peur ou la culpabilisation et des questions.

      La vérité c'est que derrière les principes, les politiques, les règlements inappliqués, les budgets, les ressources...

      - Les mots des aidants ne valent rien.
      - Les maux des personnes vulnérables, la société s'en fout.

  • Jean Chenay - Inscrit 25 janvier 2014 10 h 19

    La loterie de la vie

    Nous pouvons chercher à comprendre le pourquoi d'une telle tragédie.Pourquoi l'Ile verte et non Saint Célestin . Il y a de ces évènements qui malgré toutes les précautions écrasent un village,changent des centaines de vies et tuent des gens que l'on aime.

    Il n'y a pas de vraie réponse.C,est ce que l'on peut appeler la loterie de la vie,celle qui permet qu'un enfant de 5 ans soit victime d'un chauffard en état d'ébriété.
    Celle qui permet qu'une personne qui soufrre terriblement de solitude atteignent les 100 ans.La loterie de la vie cette semaine est passée par le bas du fleuve.

  • René Racine - Abonné 25 janvier 2014 10 h 32

    D'abord l'interdiction de fumer

    Je tiens à présenter mes condoléances à toutes les familles éplorées par cette tragédie.

    Rien ne peut empêcher un accident, un incendie causé par un fumeur. C'est bien beau tous les gadgets de protection contre l'incendie et pour empêcher que le feu se propage, le minimun consiste à empêcher de fumer résidents comme employés, à l'intérieur du bâtiment comme à l'extérieur. L'interdiction de fumer et/ou de posséder des articles de fumeur devraient être la norme

    Cependant, avez-vous observé un fumeur à qui on vient de lui interdire de fumer ? C'est pas beau à voir, il va toujours trouver le moyen de se cacher dans un coin pour griller sa cigatette, de jour et de nuit, de préférence la nuit entre deux sommeils. C'est souvent le seul plaisir qu'il leur reste, à ce qu'on entend,

    Jouer au "BIG BROTHER", comme en prison, avec des cameras de surveillance partout, partrout, partout. C'est évidemment impossible d'enfreindre l'intimité des gens 24h sur 24. Les fumeurs sont des dangers publics ambulants qui s'ignorent, même s'ils prennent leur précaution et que l'entourrage fait tout en leur possible que quelqu'un ne mette pas le feu par inadvertance.

    Un feu est toujours allumé par quelqu'un, accidentellement ou volontairement, sauf exception rarissime, selon les rapports d'enquête sur les incendies.

    Des moyens additionnels peuvent être mis en place pour ralentir la propagation d'un incendie. Il ne faut jamais oublier que c'est la fumée qui cause l'asphyxie, donc la mort.

    Un incendie qui se déclare au milieu de la nuit dans une résidence pour personnes âgées en perte d'autonomie tourne facilement à la catastrophe. Le ratio de gardien de nuit par résident est toujours insuffisant pour sauver le plus grand nombre, car évacuer tous ces gens endormis et non mobiles, demanderait un ratio d'un gardien par résident, ce qui est nettement impossible à soutenir financièrement.

    • Gaetane Derome - Abonnée 25 janvier 2014 20 h 27

      Je ne sais pas si l'incendie a ete cause par un fumeur,mais de toute facon comme le dit l'article il faut que les residences aient des gicleurs et des alarmes d'incendie.
      Je ne vois pas pourquoi vous mettez le blame sur les residents ages qui,ici,sont les victimes.