Des «caves» corrosifs

À Québec, il y a longtemps que les citoyens se montrent exaspérés de voir un des principaux symboles de leur ville négligé de manière honteuse. En fin de semaine, un couple de Lévis, Georges et Thérèse Lacroix, est allé jusqu’à payer une publicité-choc dans Le Soleil pour exprimer son inquiétude. Paraphrasant Claude Péloquin du Grand Théâtre, ils donnèrent la parole au pont : « Continuez à me délaisser jusqu’à ce que je tombe, bande de caves… »

 

La structure du lien entre les rives nord et sud à Québec est, semble-t-il, moins préoccupante que celle du pont Champlain à Montréal. Le pont de Québec, de loin le plus vieux des deux, merveille d’ingénierie, ne devrait pas s’effondrer une troisième fois (comme en 1907 et en 1916, lors de sa construction)… du moins pas à court terme. Malgré tout, la corrosion le ronge à une vitesse accélérée, comme s’en inquiétait en 2009 la firme Delcan dans un rapport.

 

Le pont Champlain a été affreusement négligé, mais au moins, on savait que le gouvernement fédéral en était responsable. Le pont de Québec, lui, est en quelque sorte orphelin depuis le début d’une déplorable querelle de juridiction dont il fait l’objet. Cédé en 1993 au Canadien National pour 1 $, il a quatre ans plus tard fait l’objet d’une entente de réfection tripartite : le CN mettrait 36 millions ; Québec, 18 millions et le fédéral, 6. Depuis 2005, le programme est suspendu. Raison officielle : explosion des coûts causée par des normes environnementales plus exigeantes.

 

Depuis, c’est l’impasse. Le CN reproche aux gouvernements de ne pas avoir payé leur dû. Le fédéral reproche au CN de ne pas avoir respecté ses obligations contractuelles. Québec est d’accord. Et tout ce monde embauche des armées d’avocats qui luttent vaillamment devant les tribunaux en multipliant les heures facturables… Les procédures furent entamées il y a quelque huit ans. Mais le procès ne commencera que le 5 mai prochain ! Les (ir)responsables ont l’excuse idéale : « On ne peut commenter le dossier, il est devant les tribunaux. » Pendant ce temps, la corrosion fait son oeuvre sur le joyau, dont le tiers seulement aura été repeint.

 

L’erreur aura été la privatisation de 1993. Déjà, en 2005, la Vérificatrice générale du Canada condamnait celle-ci, soutenant que Transport Canada l’avait mal effectuée. Le fédéral, sans attendre la fin du procès, devrait racheter l’ouvrage et le restaurer comme il le mérite. Il a après tout été désigné « lieu historique national » par le ministère fédéral du Patrimoine il y a près de 20 ans.

5 commentaires
  • Claude Boucher - Abonné 7 janvier 2014 22 h 49

    Ah! Non!

    Rien contre le texte, si ce n'est de la conclusion.

    Depuis quand Le Devoir sombre-t-il dans le trudeauisme primaire pour demander l'intervention "salvatrice" d'Ottawa? D'autant que les résultats sont tellement probants dans l'interminable dossier du pont Champlain, où le seul fait d'ouvrir un bureau de projet commun est l'équivalent de trois visites chez le dentiste!

  • Jean Martinez - Inscrit 8 janvier 2014 08 h 13

    Le coût du fédéralisme

    Le pont de Québec est un autre exemple du coût de l'appartenance du Québec au Canada. Si cet ouvrage patrimonial qu'est le pont de Québec était à Toronto ou Vancouver, ces bons Canadiens qui travaillent au CN ou au fédéral auraient pris tous les moyens pour qu'il soit propre comme un sou neuf.

    La seule solution adéquate à ce problème honteux est de céder la gestion à Québec avec les fonds nécessaires. Ce devrait être la même chose avec le pont Champlain à Montréal, autre gâchis fédéral.

    • Jean Richard - Abonné 8 janvier 2014 10 h 45

      Je suis loin d'être un fédéraliste canadien, mais de là à proposer de confier le pont Champlain à Québec...

      Tout projet montréalais qui passe par Québec se termine soit par un abandon, soit par un retard de plusieurs années assorti d'un dépassement de coût astronomique.

      Quelques exemples : il y a longtemps que les premières voitures du métro auraient dû être remplacées et à un coût beaucoup moindre que celui que nous devrons payer. Il y a longtemps que la ligne d'autobus rapides sur Pie IX aurait dû être remise en service, mais il semble que nous devrons encore attendre quelques années et les dernières estimations des coûts pourraient voisiner le demi-milliard. Ajoutons la rue Notre-Dame, l'échangeur Décarie, le CHUM...

      Bref, quand Québec met les pieds à Montréal, ça se termine plus souvent qu'autrement par un fiasco. On n'a pas à s'étonner du fait que Montréal n'ait pas encore donné à un gouvernement souverainiste le feu vert pour se débarrasser d'Ottawa.

  • Normand Murray - Inscrit 8 janvier 2014 11 h 16

    L'histoire est...

    Que peu importe le projet un fait demeure constant lorsque le PQ est au pouvoir le fédéral est fermé sur toute coopération avec Québec.Lorsque les Libéraux provinciaux sont au pouvoir on profites du fait pour finalisés des règlements à la baisse ou tout simplement discuté et en discuté encore et encore pour finalement bâtir que du vent.

  • Daniel Gagnon - Abonné 8 janvier 2014 19 h 20

    Un pont empaqueté

    L’artiste Christo devrait empaqueter notre pont de Québec comme il a enveloppé le Pont-Neuf à Paris... cela donnerait à notre pont une grande publicité mondiale, avant qu'il ne tombe...