Le retour du PLC

Certains l’aiment, d’autres l’abhorrent, particulièrement au Québec. Il y a néanmoins un effet Justin Trudeau incontestable sur la politique canadienne qui semble être tout sauf un feu de paille. Il est le phénomène politique de l’année 2013. Saura-t-il poursuivre sur sa lancée jusqu’aux élections de 2015 ?

 

Cet effet Justin Trudeau se mesure à travers l’ensemble des sondages menés depuis son élection à la tête du Parti libéral du Canada le 14 avril dernier. Dès ce moment, les intentions de vote libérales ont bondi de 15 points à 38 %, pour depuis se maintenir autour de 35 %. Des gains réalisés aux dépens d’abord du Parti conservateur, dont la cote s’est stabilisée à plus ou moins 30 % des intentions de vote, puis du NPD, qui lui est passé en troisième place à 24 %.

 

Un tel basculement des intentions de vote est phénomène rare. Il aura fallu une dizaine d’années d’efforts à Stephen Harper pour arriver, d’élection en élection, à former un gouvernement majoritaire. Élu avec 39,6 % des voix le 4 mai 2011, il serait sans aucun doute défait aujourd’hui par le Parti libéral qui probablement formerait alors un gouvernement minoritaire.

 

Littéralement laminé à cette élection de 2011, le Parti libéral vit un moment de grâce depuis le 14 avril. Comme dans le bon vieux temps, il recueille des appuis majoritaires dans presque toutes les régions, en Atlantique, au Québec, en Ontario, au Manitoba et en Saskatchewan. Il fait des gains notables par ailleurs en Colombie-Britannique et, marginalement, en Alberta qui reste le seul château fort conservateur. Il accueille de nouveaux membres et recueille des dons comme jamais. Lui qui comptait traditionnellement sur l’appui financier des grandes entreprises est en train de réussir le passage au financement populaire. En décembre, il a recueilli 2,2 millions, soit 500 000 $ de plus que ne l’a fait le Parti conservateur.

 

Avec Justin Trudeau, le Parti libéral est à réaliser une chose essentielle qui est le passage à une nouvelle génération, ce qu’avait fait à une autre époque son père, Pierre Elliott Trudeau. Celui-ci avait su porter les espoirs de la jeunesse des milieux urbains et se trouvait être la face opposée du Parti conservateur liée aux valeurs traditionnelles. Justin Trudeau à cet égard est d’abord une image. « The medium is the message » selon la formule de McLuhan. Quelqu’un d’autre aurait pu créer le même effet, mais à ce moment-ci, personne d’autre que lui n’avait le charisme communicationnel indispensable à ce job.

 

Savoir si l’effet Trudeau se maintiendra encore longtemps est une question pertinente qui devrait inquiéter les libéraux au plus haut point. Il est évident qu’une large part du succès du nouveau chef libéral revient au premier ministre Stephen Harper et aux difficultés de son gouvernement qui ont occulté les faiblesses et les erreurs de parcours d’un chef encore vert. Ce n’est pas lui faire injure de dire qu’il n’a ni l’envergure intellectuelle de son père ni la vivacité d’esprit d’un Thomas Mulcair.

 

Le défi de Justin Trudeau sera de maintenir sa cote de 35 %, voire de l’augmenter. S’il veut obtenir une majorité, il lui faut s’approcher de la barre des 40 %. Il lui faudra à la fois courtiser l’électorat du NPD de Thomas Mulcair et donner des raisons aux électeurs qu’il a pris aux conservateurs de demeurer avec lui. Bref, remonter au vent en allant tantôt à gauche, tantôt à droite. Définir dans de telles conditions un programme politique cohérent demandera beaucoup d’adresse.

 

Les prochaines élections n’auront lieu qu’en octobre 2015. Tout peut donc arriver. Stephen Harper compte sur la reprise de l’économie et le redressement des finances publiques à temps pour les prochaines élections où il pourra faire campagne en promettant des réductions d’impôt. Entre-temps, il lui faudra néanmoins sortir son gouvernement de la crise du Sénat qui pourra rebondir encore plus haut si la GRC porte des accusations criminelles contre un des protagonistes. L’image de son gouvernement pourrait être irrémédiablement affectée. Si d’ici l’automne prochain il n’arrive pas à reprendre une partie des 10 points perdus depuis mai 2011, il pourrait alors choisir de boire la ciguë, donnant la possibilité au Parti conservateur de refaire son image avec un chef plus jeune, plus dynamique. Un scénario aujourd’hui improbable, mais pas impossible.

22 commentaires
  • Vincent Bussière - Inscrit 4 janvier 2014 01 h 54

    Les paris sont ouverts

    Lorsque Justin Trudeau a affonté l'ex sénateur Brazeau dans un match de boxe, j'ai parié sur lui car je savais qu'il s'entrainait régulièrement et depuis fort longtemps, c'est un sport ou la forme physique est primordiale, il demande de la force et une si grande endurance que peu de sport exige d'un athlète. En politique, Trudeau devra faire face à un adversaire plus corriace que Brazeau, il devra se battre contre Trudeau, contre l'image de son père. Je ne crois pas qu'il parvienne à faire ce que son papa a réalisé. Il n'a pas le même bagage intélectuel ni l'envergure du père, il lui faudra manger quelques croûtes avant d'y parvenir. Le nom peut-être l'aidera mais aura t'il de la substance, je ne pense pas. Les paris sont ouverts. Just watch him!

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 4 janvier 2014 07 h 43

    Tourne la ronde

    Il est probable que les Québécois voteront, une fois encore, pour un des «leurs». L'Histoire est un cercle.

    Desrosiers
    Val David

    • Normand Carrier - Inscrit 4 janvier 2014 11 h 32

      Le seul qui n'est pas un des leurs est Harper mais voteront-ils pour le fils de PET qui nous a rentré de force le rapatriement unilatéral et sa charte fédérale envers et contre tous .... Lire la Bataille de Londres de Frédérick Bastien ....

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 4 janvier 2014 14 h 17

      Il devrait etre evident que les Quebecois voteront pour un des leurs: le Bloc Quebecois.Voter pour le PLC,le PCC ou le NPD c est voter contre nous. J-P.Grise

  • François Dugal - Inscrit 4 janvier 2014 08 h 10

    Image de marque

    Monsieur Justin Trudeau incarne l'image de marque du rêve libéral canadien multiculturel «ad mari usque ad mare».
    «Dans un sommeil que charmait ton image,
    Je rêvais de bonheur, ardent mirage.»
    -Romain Bussine

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 5 janvier 2014 04 h 43

      À M. Grisé

      "Voter pour le PLC,le PCC ou le NPD c est voter contre nous."

      Mais voter pour le Bloc c'est voter pour un parti déjà mort. C'est nous, ça? Notre nous n'existe qu'au Québec. À preuve ces états généraux de l'indépendance que plusieurs souhaitaient, n'ont été, entre les mains du Bloc, qu'un gazouillage dont on n'a même pas eu le moindre écho des conclusions. Le vide intégral. Que peut-on attendre de plus d'un parti moribond?

    • Yvon Giasson - Abonné 6 janvier 2014 10 h 21

      A madame Massicotte,
      Votre commentaire m'a rappelé subitement celui de Pierre-Elliot Trudeau qui, au lendemain d'une certaine élection gagnée avec éclat, déclarait avec enthousiasme que le séparatisme était mort au Québec...

  • Gaston Langlais - Inscrit 4 janvier 2014 09 h 12

    Retour du PLC, retour en arrière.

    Bonjour,

    Justin Trudeau est un enfant d'école en politique. Les vrais dirigeants se manifestent ouvertement depuis quelques mois. Paul Martin et Jean Chrétien sont là pour décider et continuer l'éducation de Justin Trudeau pendant que de gros bonzes du parti, bien engraissés, se cachent dans l'anonymat. Avec le retour du PLC au pouvoir c'est remonter dans le temps, c'est revenir à l'époque des commandites. Justin Trudeau, un simple écran au PLC serait mieux de tenter une carrière à Hollywood avant qu'il ne soit trop tard pour lui.

    Gaston Langlais - Gaspé.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 5 janvier 2014 11 h 08

      En pleijn dans le mille! Cherchez les ficelles et les éminences grises derrière cette image.

  • Gaston Carmichael - Inscrit 4 janvier 2014 09 h 37

    Le programme est secondaire. L'image prime!

    "Définir dans de telles conditions un programme politique cohérent demandera beaucoup d’adresse."

    Un programme banal sans couleur, sans goût et sans saveur suffira. C'est Justin qu'on vendra au canadiens. Pas un programme.

    • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 5 janvier 2014 07 h 19

      Très juste. Des citoyens qui votent pour un programme, c'est ce qu'on enseigne dans les cours de science politique 101. En réalité, l'élection est un moyen par lequel un groupe de mammifères se choisit un chef. Tout le reste est du décor.

      Desrosiers
      Val David