État fragile de l’économie - Méfaits en vue

Pour introduire le sujet du jour, on va emprunter au journal Le Monde un titre tout récent : 2014, année à risques pour l’économie mondiale. En effet, contrairement à ce que laisse présager l’euphorie boursière des dernières semaines, certains faits macroéconomiques réanalysés ces jours-ci sont propres à raviver l’angoisse financière aux quatre coins de la planète au cours des prochains mois. Déclinons.

 

À défaut d’une accélération de l’activité commerciale et plus exactement de la demande aux États-Unis, au Japon et en Europe, il est possible que le monde retombe en crise alors qu’il peine à sortir de celle commencée en 2008. Cette hypothèse repose sur la série de méfaits suivants : le volume des produits dérivés en circulation dépasse celui enregistré à la veille de la crise de 2008 ; après une croissance moyenne de 4,8 % en 2013, les pays émergents vont reculer en bas de 3 % ; l’Europe aligne tous les astres permettant d’avancer qu’elle est engagée sur la voie de la « japonification », ou longue déflation, ce qui d’ailleurs a fait dire à Angela Merkel que la zone euro lui rappelait l’Allemagne de l’Est ! La Chine doit s’appliquer au plus vite à la réduction de la dette astronomique des provinces, municipalités et cantons ; aux États-Unis, la part des bénéfices des entreprises captée par les actionnaires plutôt que partagée entre employés a atteint un niveau historique au troisième trimestre 2013. En fait, pour reprendre la précision de notre collègue Gérard Bérubé, « le salaire réel fait, en définitive, du surplace depuis 1972 ». Reprenons.

 

Dans une analyse publiée le 31 décembre sur le site Project Syndicate, l’économiste Nouriel Roubini souligne que le désinvestissement constant en capital humain et physique des années durant pourrait déboucher sur l’implantation, si l’on peut dire, d’une longue stagnation. Chose certaine, les chiffres de la consommation ici comme outre-Atlantique sont atones et expliquent, par ricochet, le recul des émergents. Selon Roubini, pour ces derniers, l’année 2014 risque d’être d’autant plus cahoteuse financièrement qu’un problème va se greffer aux problèmes d’ores et déjà constatés. En effet, aux déficits, au ralentissement, à l’effondrement de certaines monnaies, notamment la livre turque, voilà que pointe à l’horizon la fin de l’assouplissement monétaire quantitatif de la Réserve fédérale (Fed) qui, toujours d’après Roubini, va heurter le Brésil, l’Inde, l’Indonésie, l’Argentine et consorts. Ce n’est pas tout.

 

Tout un chacun aura compris que la déflation salariale aux États-Unis et en Europe a eu pour conséquence un ralentissement des économies du groupe des émergents alors que les bénéfices récoltés par les actionnaires se conjuguent avec l’énorme, comme d’ailleurs les revenus des patrons. Question logique : où est passé l’argent ? Dans les paradis fiscaux. Et plus particulièrement au Luxembourg, qui a profité de la crise en général, et du contentieux entre les États-Unis et la Suisse concernant l’évasion fiscale des citoyens américains en particulier, pour élargir sa palette de « services ».

 

Toujours est-il que selon un rapport du réseau Eurodad (The European Network on Debt and Development) publié à la mi-décembre et intitulé « Donner d’une main et reprendre de l’autre », le Luxembourg s’est hissé au rang de 2e marché mondial des fonds communs de placement derrière les… États-Unis ! Il est également deuxième pour le lieu de domiciliation des fonds spéculatifs. Il est bon premier pour ce qui est de la gestion de fortune de citoyens de pays qui sont membres de la zone euro. Bref, le petit duché est tout cela parce qu’il gère une quincaillerie fiscale proposant des opérations que même la Suisse n’ose pas afficher sur sa vitrine.

 

Cette histoire est doublement rageante. Un, les chefs d’État n’ont retenu aucune des leçons afférentes à la crise de 2008. Deux, en ce qui concerne le Luxembourg il est, contrairement à la Suisse, membre de l’Union européenne et de la zone euro. Il a donc signé ententes et traités. Qu’attend-on pour lui rappeler la valeur du mot « respect » ? Une autre crise probablement.

18 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 3 janvier 2014 03 h 50

    Morale, moralité, conscience...

    Des mots «tirés en l'air» et qui n'ont qu'à occuper, sans déranger, des espaces chez ceux qui les ont définis ? Je pense à «mon ami» Aristide Quillet, à son confrère Larousse, à leur consoeur De Villers, à monsieur du Chazaud et autres grammériens qui ont questionné sens et valeurs des mots. C'est à lire votre fort descriptif tableau, monsieur Truffaut, que ces mots: «morale, moralité, etc.» me sont montés au coeur et à l'esprit. Quand est-ce qu'une action devient-elle indécente? Et que dire du mot «dignité» dans tout ce que vous décrivez si bien, vous et vos références?
    J'espère et plus m'exprimer dans une rectitude. Cette dernière dont j'ai pris conscience derrière des barreaux de prison et de pénitenciers. Endroits porteurs de vertueux questionnements dont ceux sur «morale, moralité, conscience....et combien d'autres comportements retors.
    Gaston Bourdages,
    Simple cityen - ex-bagnard - écrivain - conférencier - maintenant chroniqueur.
    www.unpublic.gastonbourdages.com
    Saint-Mathieu de Rioux, Qc.

  • Marc Lacroix - Abonné 3 janvier 2014 06 h 12

    Un court commentaire!

    Les pays vivraient au-dessus de leurs moyens selon une certaine propagande de droite et il devient donc normal de "serrer la vis" particulièrement aux fonctionnaires et autres travailleurs syndiqués. Pendant ce temps, on démolit les structures étatiques qui pourraient s'attaquer à l'évitement fiscal et à la fraude sous prétexte de diminuer les déficits et de hausser la "productivité" selon des critères... au fait, selon quels critères ?

    Et pendant ce temps : http://www.ledevoir.com/economie/actualites-econom "Les 100 patrons les mieux payés au Canada gagnent en moyenne 171 fois le salaire moyen des travailleurs qu’ils emploient."

    Qu'ils sont méchants ces syndicats !

    • Guy Vanier - Inscrit 3 janvier 2014 08 h 07

      Ne pas oublier que ces patrons aurons gagnés le salaire moyen de leurs employés au retour du lunch de leur premier jour de travail!
      Le capitaliste sauvage nous mène à notre perte en plus de détruire la planète.
      Le nouveau paradim des riches est maintenant
      < je ne serai plus la et toi non plus.......>
      Réveillons nous!

    • Jacques Morissette - Inscrit 3 janvier 2014 08 h 24

      Il ne faudrait pas confondre les versions que l'on se fait des choses à partir des journaux de droite que nous lisons et la réalité des faits. Il y en a qui sont dérangés par les syndicats qui ont leur place dans la société.

      Ceux qui sont dérangés par eux ont souvent les moyens de faire de la propagande pour colorer les problèmes sociaux de la couleur qu'ils faut pour faire croire que ce sont eux les méchants.

      Quand on tombe dans ce genre de piège, on risque confondre la réalité avec celle que certains voudraient bien nous faire avaler comme autant de couleuvres factices qu'on ne prend pas le temps de digérer.

  • Jacques Beaudry - Inscrit 3 janvier 2014 09 h 20

    une lettre quotidienne économique gratuite

    Plutôt rare de lire un texte sur l'économie actuelle qui repose sur la connaissance des faits. Les journalistes de ces journaux qui barbouillent sur l'économie jour après jour nous habituent à gober la salade pourrie de Wall Street. J'encourage les lecteurs à s'abonner à la lettre quotidienne économique "La chronique Agora". C'est gratuit et vous lirez des textes où la langue de bois est absente. En cette ère de tromperie patentée par les institutions financières et gouvernementales vaut mieux diversifier ses sources d'information. Bonne lecture

  • Éric Thiffault - Abonné 3 janvier 2014 09 h 37

    bonne année 2014

    Et si au lieu de se souhaiter " santé " pour la prochaine année on rajoutait " et surveille les finances "!! peut être que La santé globale de notre société se porterait mieux ;-)

  • simon villeneuve - Inscrit 3 janvier 2014 13 h 01

    solution ?

    Une solution pour empecher ces oligopoles de grossir et de recuperer un peu de cet argent provenant des paradis fiscaux, ou du moins pour les attenuer,imposer une taxes sur les plus riches au moment de leur deces.

    Une taxes sur l'heritage de quelques % sur les fortunes enormes semble etre une avenue qui ciblerait a mon avis , un certain retour d'equite envers la societe...

    • Guy Vanier - Inscrit 4 janvier 2014 19 h 17

      Le nouveau il maire de New York a trouvez une solution, taxer les riches!
      Il va présenter une taxe pour tout les riches qui gagnent plus de 500,000$ et plus par année.
      C'est un bon commencement et ça pourrait faire boule de neige.
      A suivre.....