Retour sur une tragédie

Il pourrait sembler redondant de revenir en cette fin d’année sur la catastrophe de Lac-Mégantic. Il le faut pourtant, tant cette tragédie a servi de révélateur du pire et du meilleur de notre société, de sa capacité à faire preuve d’irresponsabilité tout autant que de solidarité et d’exemplarité.


Des catastrophes, le Québec en a connu de nombreuses au fil des ans. Qui ne se souvient du glissement de terrain qui le 4 mai 1971 engloutit le village de Saint-Jean-Vianney ? Ou du déluge du Saguenay qui, au début juillet 1996, a fait des dommages estimés à 700 millions. Ou de la crise du verglas qui paralyse en janvier 2008 la région de Montréal et l’Estrie durant des jours. Trois catastrophes naturelles, hors du contrôle de l’homme, ce que ne fut pas celle de Mégantic, qui est entièrement le fait de la main de l’homme.

 

Les causes directes de cette catastrophe sont connues. Le convoi ferroviaire fou, qui le 6 juillet a déraillé à Mégantic, était une bombe sur roues laissée sans contrôle. Un jour, des accusations pourront être portées, peut-être, mais on sait qui sont les vrais responsables. Ce sont les gouvernements qui, à travers des allégements réglementaires successifs, ont réduit les mesures de sécurité. C’est par ailleurs ce désir immodéré de profit d’entrepreneurs devant ce Klondike qu’est l’exploitation du pétrole. Qu’il soit noir ou jaune, l’or réussit toujours à faire perdre la raison à certains. Avidité et irresponsabilité font un cocktail explosif. Le gouvernement Harper a semblé comprendre et a entrepris de revoir sa réglementation pour le transport du pétrole par rail. Mais le fera-t-il pour tout le reste, notamment pour le secteur alimentaire, qui a connu sa catastrophe en 2012 avec l’abattoir XL Foods en Alberta ?

 

La contrepartie à cette irresponsabilité fut un mouvement de solidarité exceptionnel, inspiré par l’ampleur de la tragédie que vivaient les citoyens de Mégantic. Immédiatement, cette petite communauté isolée devenait le centre du Québec et des préoccupations des Québécois qui auront pris conscience que le Québec n’est pas fait que d’une métropole et d’une capitale, mais aussi de régions trop souvent ignorées. Cette solidarité était aussi portée par la conviction que cette tragédie aurait pu survenir n’importe où ailleurs au Québec, comme dans n’importe quel village ou ville du reste de l’Amérique du Nord. Les Québécois ont partagé non seulement leur tristesse, mais aussi leur révolte devant ce qui n’aurait jamais dû être. Les gouvernements ont fait ce qu’il fallait pour soutenir la communauté méganticoise, y compris le gouvernement Harper, qui à travers cette tragédie a pu mesurer la portée réelle de ses politiques sur la vie des Canadiens. On peut penser toutefois que sa générosité put être empreinte d’un sentiment de responsabilité.

 

Tout aussi exemplaires furent par ailleurs la dignité et le courage des citoyens de Mégantic que personnifia tout particulièrement la mairesse Colette Roy-Laroche. Ses mérites, qui ont été soulignés maintes fois à raison, valent aussi pour les autres élus et les fonctionnaires municipaux, qui, avec les ministres et fonctionnaires québécois, ont assuré une gestion de crise quasi parfaite.

 

Les médias ont fait de Colette Roy-Laroche une icône politique parce qu’on y a vu le modèle du leader politique dont le Québec a besoin. Une leader qui sait rassembler, qui a une vision et une assurance réconfortante quand le malheur arrive. Mais au-delà de cela, elle a incarné ce qu’est la notion de service public et de dévouement gratuit au service des citoyens. Elle fut le contre-exemple de ce qu’ont été les maires Vaillancourt et Marcotte à Laval et Mascouche. À travers le drame qui a frappé sa ville, elle a rétabli l’honneur du métier de politicien. Elle nous a rassurés sur ce que nous sommes comme société.

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