La soumission

L'entente signée à Moscou entre les présidents Vladimir Poutine et Viktor Ianoukovitch annonce en fait une annexion. Laquelle ? L’économie de l’Ukraine va être métamorphosée, progressivement il va sans dire, en une filiale de la Russie. Cette crainte, tant les porte-parole de l’opposition que des politiciens européens la partagent, en avançant que, sur l’essentiel, les deux chefs d’État ont adopté le principe du motus et bouche cousue.

 

En effet, aucune des conditions afférentes à l’accord n’a été divulguée. Dans quel but ? Faire paraître le voisin russe pour le grand frère bienveillant, très généreux, dénué d’ambitions géopolitiques. On s’explique. Au ras des pâquerettes, l’accord prévoit l’allocation d’un prêt de 15 milliards à très bas taux ainsi qu’une réduction du tiers du prix de vente du gaz. En échange de quoi, s’attend-on ici et là, Ianoukovitch va céder le contrôle du pipeline qui traverse le pays avant de poursuivre sa route plus avant, et notamment, pour ne pas dire surtout, en… Allemagne ! On doit souligner que cet aspect du dossier présente toutes les caractéristiques du cauchemar aux yeux d’Angela Merkel. Cette dernière appréhende, en cas de grincements politiques entre l’Allemagne et la Russie, que Poutine fasse ce qu’il a fait à l’Ukraine et à la Géorgie, soit couper la distribution du gaz.

 

Chose certaine, la poignée de mains entre les autocrates russe et ukrainien confirme, d’ailleurs avec force, que les autorités de Kiev penchent définitivement pour le partenariat eurasien que Poutine a élaboré. L’objectif de ce dernier est aussi simple qu’inquiétant : Moscou entend soumettre certaines des anciennes républiques de l’Union soviétique. Et ce, pour contrarier le désir d’Europe, pour rester pondéré, qui habite la majorité des citoyens de ces nations, et en particulier ceux de l’Ukraine qui considèrent d’ailleurs qu’Ianoukovitch a paraphé cette semaine « la mise en gage » de leur pays.

 

Cette histoire a ceci de quelque peu désolant que l’Europe s’est inscrite aux abonnés absents. Le soutien aux opposants a l’écho du murmure. La critique de la position de Poutine, celui de l’indifférence. Bref, Bruxelles, Paris et Berlin font, si l’on peut dire évidemment, de la figuration. Comme si l’aspiration à la démocratie était à ranger au rayon des caprices, comme s’il fallait la réduire à un élément de langage. Il y a quelque chose de désespérant dans ce dossier.

 

D’autant que les divers irresponsables qui se sont succédé à la tête de l’Ukraine n’ayant jamais effectué les réformes nécessaires découlant de la sortie de l’orbite soviétique en 1991, le pays est condamné à subir une médecine de cheval. Administrée par qui ? Moscou, et non Bruxelles.

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