Affaire Villanueva - Les blâmes

Cinq ans, quatre mois et sept jours plus tard nous parvient enfin le rapport de l’enquête du coroner sur l’affaire Villanueva. Le juge André Perreault, qui a dirigé l’enquête, arrive à la conclusion que le policier Jean-Loup Lapointe, qui le 9 août 2008 a tiré à bout portant sur Fredy Villanueva, n’est pas un assassin. Pour autant, ce dernier « ne méritait pas de mourir », nous dit-il. Un constat on ne peut plus triste sur une affaire on ne peut plus bête.

 

Ce qui s’est passé le 9 août 2008 à Montréal-Nord représente l’essence même d’un drame, l’enchaînement banal d’événements conduisant à un dénouement tragique qui aurait pu être évité… si le policier était intervenu autrement, si le groupe de jeunes qui accompagnait Freddy Villanueva avait obtempéré au policier, si… Il n’y aurait pas eu de mort, ni cette explosion de violence qui a donné un caractère politique à ce qui est devenu l’affaire Villanueva.

 

Les circonstances de ce drame étaient pour l’essentiel connues. Le mandat du coroner était de confronter les versions opposées des témoins, soit celle des victimes dénonçant pour leur part la violence policière et le profilage racial et celle de la police manifestant de son côté un esprit de corps pour protéger ses membres. Le coroner Perreault blâmera le caractère téméraire de la résistance de Dany Villanueva, le frère de Freddy, qui a été l’élément déclencheur de l’incident. Ce fut un mauvais réflexe de sa part. Quant au policier, il souligne que d’autres modes d’intervention auraient été possibles, mais qu’il a probablement craint pour sa vie, même si la preuve tend à démontrer que personne n’a tenté d’aller jusque-là.

 

Cela dit, le coroner se refuse à recommander des mesures de nature judiciaire ou extrajudiciaire, comme retirer au policier Lapointe son droit de porter l’uniforme ou expulser du Canada Dany Villanueva. Il a raison. Il n’en résulterait pas une meilleure protection de la vie humaine. Le vrai problème est ailleurs. Les vraies causes du drame de Montréal-Nord sont d’abord la pauvreté et l’exclusion sociale. Puis les modes d’intervention policière, dont cet « enseignement controversé » aux policiers de tirer toujours sur le haut du corps. Freddy Villanueva n’est pas la première victime de cette méthode.

 

Ceux qui doivent entendre le message de ce rapport sont d’abord les policiers, qui ont à faire ce mea-culpa qu’ils se sont refusé de faire tout au long de l’enquête. Leur réflexe initial a été de vouloir protéger les leurs plutôt que la population. Ils ont multiplié les entraves à la recherche de la vérité. Sur ce point, le coroner ne pouvait faire de recommandations puisque cela ne relevait pas de son mandat. Heureusement, les modes d’enquête sur les « bavures » policières changeront bientôt.

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