Retraites - Ottawa dit non aux provinces

Les ministres des Finances des provinces n’ont pas réussi à convaincre leur homologue fédéral, Jim Flaherty, de la nécessité de poursuivre les études en vue de bonifier le régime public des rentes au pays. À l’évidence, la solution de l’épargne volontaire et privée est la seule qui soit acceptable pour le gouvernement Harper.

 

Il ne faut pas s’attendre à des changements au Régime des rentes du Québec (RRQ) ni à son pendant, le Régime de pension du Canada (RPC), tant que les conservateurs seront au pouvoir. Même si les dix provinces s’entendent pour poursuivre l’analyse du dossier, et une majorité d’entre elles pour réformer le système, Ottawa refuse carrément d’aller plus loin sous prétexte que toute hausse des cotisations constituerait « une taxe qui tue l’emploi ».

 

Le ministre des Finances du Québec, Nicolas Marceau, s’est dit « déçu » du « manque de flexibilité » du fédéral, mais, honnêtement, il doit se sentir soulagé. Après tout, le premier choix du gouvernement Marois va aussi à une solution privée par l’entremise des futurs régimes volontaires auxquels les entreprises devront inscrire leurs employés sans avoir à y contribuer elles-mêmes.

 

Il faut rappeler qu’à cause de la croissance moins rapide du nombre de travailleurs actifs par rapport aux retraités, les salariés québécois subissent depuis 2012 une hausse annuelle de leurs cotisations de 0,15 point qui portera le taux à 10,8 % en 2017 partagé également entre les employés et les employeurs.

 

On comprend la réticence du gouvernement Marois, mais il ne fait pas de doute que le Québec devra prendre le train, un jour ou l’autre, à cause des avantages indéniables d’une solution collective et publique aux lacunes du système actuel. Après tout, l’amélioration du RRQ sera toujours moins coûteuse en frais de gestion, et plus rentable pour les retraités grâce à la participation obligatoire des employeurs aux coûts du régime.

 

Depuis que les provinces, l’Ontario et l’Île-du-Prince-Édouard en tête, sont revenues à la charge, il y a quelques mois, Ottawa s’est montré plus réticent que jamais à les accompagner. À l’écoute des milieux d’affaires, le ministre Flaherty, qui s’était déjà montré favorable à une réforme, ne cesse désormais de répéter que la conjoncture interdit d’ajouter une « nouvelle taxe ». Réponse essentiellement idéologique puisque les cotisations au RRQ-RPC, comme à tout autre régime de retraite, constituent une forme d’étalement du revenu sur la vie bonifié d’un taux de rendement et d’un report d’impôt.

 

Si M. Flaherty est revenu sur ses positions pour préconiser la formule du choix individuel par l’entremise du REER, des régimes volontaires et même du CELI, c’est moins pour des raisons d’efficacité économique qu’à cause des pressions exercées par les milieux d’affaires, de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante au Conseil du patronat en passant par les banques et les compagnies d’assurances qui se battent bec et oncles pour conserver la gestion des épargnes.

 

Alors qu’on croyait la réforme du régime public des retraites remise à l’ordre du jour depuis la menace de l’Ontario d’agir seule en cas d’échec, voilà que la classe moyenne qui éprouve le plus de difficultés à épargner devra se faire à l’idée : seule une discipline de fer lui permettra de combler le manque à gagner nécessaire à une vie décente après ses quarante ans de travail. Dommage !

8 commentaires
  • Francine La Grenade - Inscrite 17 décembre 2013 01 h 13

    Une taxe?!

    On pourrait penser que nos conservateurs, champions auto-proclamés de l'économie, confondent épargne et taxe. Mais la confusion est volontaire.

    Une chose excite les harperiens plus que tout: la croissance du sacro-saint PIB. Le reste est sans importance: dégradation environnementale, répartition équitable des revenus, qualité de la vie démocratique, aide internationale, etc.

    En décourageant l'épargne, une plus grande portion du revenu disponible est alloué à la consommation, soit le moteur du PIB. Achetons plus et gavons-nous encore davantage: le PIB augmentera, les emplois se multiplieront, et tous seront heureux d'avoir participé à cette grande orgie collective. Au diable le futur: vivons dans le présent!

    Dans le monde harperien, tout ce qui ne contribue pas à accroître la consommation est une taxe, tenons-nous le pour dit.

  • Normand Ouellet - Inscrit 17 décembre 2013 07 h 05

    Une économie anémique


    Docteur Éconoscienti continue sa médecine pour enrayer l'anémie, il faut consommer. Alors, toute forme d'épargne des consommateurs ou de ponctions dans les poches des producteurs (ponction de RRQ ou RPC auprès des employeurs) constituent une menance à la récupération de l'anémique économie. Il faut que les profits grimpent allégrement les pentes abruptes des montagnes avec des sommets de projection. Il faut consommer surtout pendant les fêtes.

    Cela ressemble à la vieille médecine des saignées des siècles derniers. Tous les médecins de l'époque étaient convaincus de l'efficacité des saignées!

  • Martin Simard - Inscrit 17 décembre 2013 07 h 28

    Si 2015 peut finir par arriver...

    Pour qu'on puisse jeter aux ordures le gouvernement Harper

    • Murray Henley - Inscrit 17 décembre 2013 14 h 25

      Pour le remplacer par quoi?

      Bien que la défaite des Conservateurs apparaisse inévitable, il est prévisible que leurs successeurs vont décevoir.

      Pensons à tous les espoirs fondés sur Barack Obama. Et aujourd'hui? Quel flop... Un vrai gauchiste, devenu le plus grand destructeur des libertés civiles et droits de la personne de l'histoire des États-Unis.

  • Jean-Yves Arès - Abonné 17 décembre 2013 09 h 22

    On peut parler de taxe, en effet.

    Ce qui peut distinguer une taxe d’une épargne c’est le chemin prévu aux sommes amassée. Si vous parlez d’épargne le retour de cette épargne revient au déposant et il doit y avoir un lien étroit entre les dépôts et les retraits.

    Dans le cas présent une RRQ est bien autre chose qu’une simple épargne. Hormis son volet, peu discuté, de rente en cas d’invalidité ou décès, et qui devrait être séparé d’un régime de retraite, tout calcul de la rente qui s’éloigne de l’effort de participation éloigne du principe de l’épargne pour migrer vers le principe de taxation. A la RRQ la redistribution ne se fait pas sur la strict participation mais bien selon certaines formules qui sont plus favorable pour les régimes a prestations déterminées, mise en place avant la création de la RRQ, et pour les carrières avec salaire en crescendo garantie et retraites en bas âge.

    A contrario les carrières longues et dont le parcours est non-garantie, ce qui est le cas pour la plus grande partie de la population, elles pâtissent avec leur fin de vie active a salaire moindre qui entraine une réduction disproportionnée de leurs rentes.

    Au final il y a bonus pour le mieux nanti, et malus pour le moins nanti…


    Alors oui on peut dire qu’il y a forme de taxe à la RRQ avec sa redistribution inéquitable.

    D’ailleurs cette pression de demande de "bonification" de la RRQ vient de ceux qui voient un bonus pour eux-mêmes dans la RRQ, pas de ceux qui subissent le malus. C’est pour cela qu’il faut revoir de façon plus fondamentale nos régimes public et privés et sortir de cette attitude opportuniste bien insouciante d’équité.

    • Jacques Patenaude - Abonné 17 décembre 2013 13 h 33

      Je ne comprend pas grand chose à votre boniment mais je sais qu'au moins ce que j'ai payé à la RRQ je l'ai à ma retraite ou mes héritiers l'auront à mon décès alors que ce que j'ai mis dans mon REER a autant de chance de finir dans les poches des spéculateurs que dans les miennes comme l'a montré en autre la crise financière de 2008. De plus je ne sais pas si c'est un bonus ou un malus que j'ai (je ne suis pas riche) mais je sais que si rien n'est fait, j'aurai à payer des impôt et des taxes plus importantes pour supporter les vieillard indigents que nous nous préparons en ne faisant rien. Comme je ne suis pas riche je sais aussi que je ne pourrai utiliser les paradis fiscaux pour me soustraire à mes obligations de solidarité envers mes concitoyens.

  • Jacques Patenaude - Abonné 17 décembre 2013 13 h 39

    Aller de l'avant

    Ce projet doit aller de l'avant sinon la surcosommation d'aujourd'hui se traduira en crise économique dans au plus 20 ans. Les légions de retraités qui n'ont pas les moyens de maintenir leur niveau de vie tuerons les marchés dans quelques années en plus d'obliger des hausses d'impôts nécessaire à supporter toutes ces personnes devenues pauvres. Le fédéral depui qu'Harper est au povoir ne se gêne pas pour agir unilatéralement, aux provinces de lui appliquer sa médecine, qu'ils changent le régime unilatéralement comme l'Ontario le propose. Voilà tout.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 19 décembre 2013 04 h 21

      Attendez une minute ! Y a t'il quelqu'un qui est en train de se rendre compte que les pensions servent à autre chose que d'appauvrir le payeur de taxes ?

      Y a t'il quelqu'un qui se rend compte maintenant que si vous en mettez pas de côté, vous n'en aurez pas ???

      La lumière allume finalement ?

      Allez-vous sacrer patience aux Boomers qui l'ont fait, maintenant ?

      PL