Sommet de l’OMC à Bali - Le faux-semblant

Rien de tel que d’employer les grands mots, ceux plus précisément de l’emphase, lorsqu’on veut à tout prix sauver les apparences. Prenons le dernier sommet de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui s’est déroulé à Bali. Au terme de cette rencontre, à laquelle ont participé 159 négociateurs représentant autant de pays, les dirigeants de l’OMC ont qualifié le sommet en question d’historique. Le lendemain tous les journaux du monde, ou presque, titraient que l’accord en question était « a minima ».

 

Si tant de quotidiens ont pris le contrepied de la position de l’OMC, c’est tout simplement parce que, parmi le nombre de dossiers discutés, un seul s’est véritablement conclu par une entente. En effet, l’Inde a obtenu le maintien des subventions à la production agricole au nom de la « sécurité alimentaire. » Seule obligation imposée aux autorités indiennes, elles devront informer les nations concurrentes, les nations qui cultivent peu ou prou les mêmes produits, sur les volumes confectionnés.

 

De ce dossier, un fait doit être retenu et souligné, car il est très révélateur des changements qui se présentent à l’horizon du commerce international en général et de la mondialisation en particulier. Le fait en question ? Les États-Unis, qui se sont toujours opposés avec force aux subventions dans le secteur agricole, ont laissé faire parce qu’ils constatent que la mondialisation traverse une période d’essoufflement. Plus précisément, Washington ainsi que la grande majorité des membres de l’Union européenne (UE), sans oublier le Japon, jugent que le Brésil, l’Inde et surtout la Chine ne renvoient pas l’ascenseur. Si l’architecture économique et juridique mise en place dans le cadre du GATT, prédécesseur de l’OMC, pour asseoir le libre-échange a permis à 800 millions de sortir de la pauvreté, elle a simultanément produit des cohortes et des cohortes de chômeurs. De fait, les États-Unis, l’UE et le Japon ont demandé une modification de l’architecture en question. En vain.

 

Cela étant constaté, les États-Unis et les autres nommés s’emploient désormais à multiplier les traités régionaux de libre-échange. Par exemple, Washington entend enclaver la Chine en signant un traité de ce type avec les nations « du » Pacifique, Canada compris, et un autre avec l’Europe. Quoi d’autre ? Depuis 2012 les vingt-trois nations signataires du Trade in Services Agreement (TSA) travaillent à libéraliser davantage le commerce des services. On retiendra qu’aucun pays émergent ne fait partie du TSA, mais que les États-Unis, le Japon et les Européens l’ont signé. Peut-être sommes-nous en train d’assister à un autre bouleversement du paradigme de « l’économie-monde ».

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