Nelson Mandela - Le Canadien

Nelson Mandela fut en 2001 la première personnalité étrangère à être fait de son vivant citoyen honoraire du Canada. Cette reconnaissance, rarement accordée, témoignait du lien affectif qui l’unissait aux Canadiens et aux Québécois qui, à tous les moments de son combat pour la reconnaissance des droits politiques des Noirs et la fin de l’apartheid en Afrique du Sud, l’avaient suivi et appuyé jusqu’à ce qu’il jette à terre ce régime et devienne le premier président noir de son pays.

 

Le régime d’apartheid installé en 1948 n’a pas d’emblée choqué les esprits au Canada qui étaient témoins du régime de discrimination dans les États du sud des États-Unis et alors qu’ici même existait (et où existe toujours) un tel régime envers les Premières Nations. Néanmoins, des voix s’élevèrent qui vinrent à être entendues à Ottawa. Dès 1961, le Canada se range parmi les pays qui condamnent l’apartheid en appuyant l’expulsion de l’Afrique du Sud du Commonwealth.

 

On se rappelle aujourd’hui avec fierté le geste posé alors par John Diefenbaker, mais ses successeurs libéraux n’eurent pas la même audace. Sous Pierre Elliott Trudeau, qui s’intéressait davantage à la Rhodésie qu’à l’Afrique du Sud, le Canada dénonça du bout des lèvres l’apartheid, se refusant à s’engager dans des sanctions, sauf celles décrétées par les Nations unies. Comme beaucoup d’autres pays libéraux, on jugeait inefficaces les sanctions économiques, postulant plutôt que des relations commerciales ouvertes seraient davantage génératrices de changements. La santé économique du Canada l’emportait sur le sort des Sud-Africains noirs.

 

Élu en 1984, le premier ministre conservateur Brian Mulroney prit pour sa part le relais de John Diefenbaker. L’année suivant son élection, il rompt radicalement avec la politique des libéraux, met en place un premier ensemble de sanctions économiques, puis un deuxième. Il adopte des programmes d’aide et laisse ses diplomates faire de la « diplomatie oppositionnelle » en assistant à des manifestations et à des procès. Avec son ministre des Affaires étrangères, Joe Clark, il mène campagne pour des sanctions internationales, affrontant ses alliés Ronald Reagan et Margaret Thatcher qui ne voient dans Nelson Mandela qu’un terroriste à pendre haut et court.

 

Le Canada ne fut pas le seul à se ranger aux côtés de Mandela. L’Australie, les pays scandinaves en firent autant, sinon plus, mais l’activisme de Brian Mulroney contribua à rallier des appuis à la lutte contre l’apartheid, aussi bien à l’étranger que dans le Canada, comme l’illustre l’exemple de Montréal, qui, sous la gouverne du maire Jean Doré, adopte des politiques d’achat anti-apartheid. C’est ainsi que le combat de Nelson Mandela en vint à être celui de tous les Canadiens au nom d’un devoir humanitaire, ce qui deviendra peu après le devoir d’intervention et changera fondamentalement la politique étrangère canadienne. Sans le chercher, Nelson Mandela aura exercé une influence sur les politiques canadiennes de façon durable.

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