L’espionnage de la NSA - Localiser, localiser

Après l’appel d’Angela Merkel, les conversations entre mandarins de l’Union européenne, les us et coutumes observés quotidiennement par les Britanniques et après bien d’autres faits qui sont autant de négations de la vie privée, voilà que le Washington Post révèle que la National Security Agency (NSA) a confectionné un programme qui lui permet, depuis belle lurette, de géolocaliser tout cellulaire. En tout temps et n’importe où.

 

Autrement dit, jour après jour, la NSA espionne ou plus exactement est en mesure de suivre à la trace les déambulations physiques de millions d’individus. Selon les données contenues dans les disquettes d’Edward Snowden, et gérées cette fois-ci par le Washington Post, la somme des données afférentes à la géolocalisation est plus ou moins égale à celle du Library of Congress. Pour bien mesurer l’amplitude des appétits de la NSA, mentionnons qu’un ordinateur géant est en cours de construction au Tennessee. Signe très révélateur de la volonté de puissance de la NSA, sa consommation d’énergie sera égale, dit-on, à celle de Washington.

 

La volonté évoquée est en fait l’effet miroir du principe, a-t-on appris grâce à une enquête du magazine Rolling Stone, établi par Michael Hayden, général qui fut patron, dans les années 2000, de la NSA d’abord et de la CIA ensuite. Principe qui stipule que la NSA se doit de devenir la propriétaire d’Internet. Lorsqu’à cet objectif on greffe celui conceptualisé par John Poindexter dès janvier 2002, soit la connaissance totale de l’information, on accouche d’un État policier.

 

Cette histoire a ceci de terrible que les personnes élues démocratiquement aux États-Unis, au Royaume-Uni et ailleurs ne font rien, à l’exception notable de l’Allemagne, pour défendre la… démocratie ! À preuve ce qui s’est passé avant-hier dans l’enceinte de Westminster, à Londres. Lors de sa comparution devant les parlementaires britanniques, Alan Rusbridger, l’éditeur du quotidien The Guardian, a été dans l’obligation, au demeurant hallucinante, de montrer des gages de patriotisme. Car selon les députés, les élus, en agissant comme il a agi, autrement dit en rendant publiques des informations d’intérêt très public, Rusbridger a affaibli le cordon sécuritaire du pays. La meilleure…

 

La meilleure, pour ce qui a trait à la sécurité et au combat contre le terrorisme, est la précision suivante : la NSA a hiérarchisé, selon le Washington Post, les données découlant de la géolocalisation en accordant la priorité aux rendez-vous d’affaires, suivis des visites médicales et des hôtels. Bref, le combat contre les terroristes s’est avéré le combat contre tous. Ou presque.

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